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    Technologies en éducation

    Une tendance «irréversible»

    23 août 2014 | Réginald Harvey - Collaborateur | Éducation
    Thierry Karsenti
    Photo: ACFAS Thierry Karsenti

    Au collégial et à l’universitaire, le sac d’école a été remplacé par la tablette tactile ou le portable ; c’est devenu la norme. Au primaire et au secondaire, une enquête conduite auprès de 6057 élèves et de 302 enseignants dans 18 écoles du Québec révèle que les technologies de l’information (TI) sont bien en selle et gagnent sans cesse du terrain : là comme ailleurs, l’envahisseur est intraitable et s’installe irréversiblement. Pour le meilleur ou pour le pire ?

     

    Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche sur les technologies en éducation et professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, est l’auteur de cette recherche, qui est une sorte de work in progress et dont le rapport porte le titre : L’iPad à l’école : usages, avantages et défis. Qu’en est-il de la présence des TI dans le système d’éducation québécois, selon les résultats de son travail ? « Il faut d’abord comprendre que c’est une situation à géométrie variable ; il y a des écoles qui sont très bien nanties dans ce domaine et d’autres qui le sont un peu moins. »

     

    Ce constat posé, il lance : « J’affirme par contre que c’est une tendance provinciale, nationale et planétaire nord-américaine qui fait en sorte que, dans un avenir rapproché, tous les élèves auront leur appareil mobile, que ce soit une tablette, un ordinateur ou quelque chose de plus petit ; voilà vers quoi tend l’avenir. » Et il tient des propos non équivoques à ce sujet : « On a eu de plus en plus de classes, au Québec, où chaque élève avait son ordinateur, quand on parle du primaire et du secondaire. »

     

    Des données fournissent la preuve de ses avancées : « Il y a plus de 70 000 élèves au Québec qui utilisent chacun au quotidien leur tablette en salle de classe. Il y en a 50 000 autres qui sont en mesure de recourir à leur ordinateur portable à tout moment. C’est là une tendance montante et irréversible, parce qu’on se rend compte que les technologies représentent un potentiel immense pour les élèves. »

     

    L’apprentissage en mode techno

     

    Le chercheur aborde l’autre facette de la techno en éducation : « Selon moi, ce qui n’est pas irréversible, c’est de guider les élèves vers les bons usages. Le défi consiste à les amener à utiliser les technologies pour réellement apprendre et non pas pour socialiser via les réseaux sociaux ou pour s’amuser avec des jeux, ce dans quoi ils sont déjà très bons. »
     

    Il déboulonne un mythe à ce sujet : « Je suis totalement contre les gens du monde de l’éducation qui me disent que ce sont les enfants du piton parce qu’ils ont grandi avec la techno. Le piton pour jouer n’est pas le même que celui pour apprendre. Je m’évertue à freiner cette croyance : il y a tout un monde de différence entre socialiser ou jouer et faire une recherche pour un travail écrit dans le Net. »

     

    Il s’est produit un phénomène qu’il décrit dans l’évolution des TI : « Quand on parlait de fracture numérique il y a plusieurs années, elle existait entre les jeunes qui avaient un bon ordinateur et ceux qui n’en avaient pas ; par la suite, elle s’est produite entre ceux qui en possédaient un bon et un moins bon ; maintenant, mes observations et recherches indiquent que la fracture se laisse voir chez ces jeunes qui arrivent à l’université et qui n’ont jamais appris à apprendre avec les technologies. » Il y a ceux qui savent les utiliser et ceux qui l’ignorent.

     

    Thierry Karsenti relève une gamme d’avantages que procurent les technologies en classe, en même temps qu’elles posent des défis : « Il y en a peut-être une trentaine, mais le principal, c’est l’intérêt des jeunes pour l’école qu’elles procurent. Et le deuxième, c’est le potentiel pour apprendre ; le jeune se retrouve avec la capacité d’acquérir beaucoup plus de connaissances qu’auparavant avec les moyens traditionnels. » L’enseignant est en mesure de lui faire vivre des situations réelles par rapport aux réalités et aux phénomènes qui modulent la vie planétaire sous plusieurs de ces aspects.

     

    Le temps venu de lui demander de se faire l’avocat du diable et de cerner les désavantages des outils numériques, le prof se mouille : « Le premier, comme le montrent toutes nos recherches, c’est la tentation de distraction, qui est un enjeu de chaque instant. On est en présence de ces jeunes qu’on a tellement encadrés à l’école et à qui on a donné tellement peu d’autonomie, et voilà qu’on leur confie un outil à l’aide duquel ils peuvent aller dans Internet, là où ils peuvent s’adonner à des jeux et faire plein de choses. »

     

    Il enchaîne sur le même registre : « Oui, on a besoin d’autonomie à ces âges-là, mais quand on n’en a jamais eue et qu’on en obtient trop tout d’un coup… Ouf ! C’est difficile à gérer et ils nous le disent une fois qu’ils sont rendus à la deuxième année d’usage : « J’avais du mal à me contrôler, mais me voilà rendu bon ; il y a des moments où je fais des devoirs et d’autres pendant lesquels je peux jouer. » Les jeunes arrivent à maîtriser cette autonomie, mais il est nécessaire d’avoir un accompagnement de l’école et des parents derrière cela. »

     

    Et les impacts des technos en éducation dans l’avenir, de quelle façon les envisagez-vous, M. Karsenti ? « On va avoir des salles de classe où chaque élève aura son outil. Le défi sera d’amener les jeunes à apprendre le plus avec ce dernier. On parle d’une société de l’information dans laquelle il faudra leur montrer comment bien chercher celle-ci, comment évaluer ce qu’ils ont trouvé et quelle est la valeur des sites visités. On va redonner du pouvoir à l’élève. »

     

     













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