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    Les bibliothèques scolaires privées de financement

    L’industrie du livre, fortement dépendante des achats scolaires, lance un cri d’alarme

    21 août 2014 |Mélanie Loisel | Éducation
    Les bibliothèques scolaires, parfois déjà dégarnies, écopent des coupes imposées aux commissions scolaires.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les bibliothèques scolaires, parfois déjà dégarnies, écopent des coupes imposées aux commissions scolaires.

    La grande majorité des bibliothèques scolaires du Québec risque de voir leur budget d’achat de livres diminué de moitié, voire entièrement coupé pour l’année 2014-2015. Selon ce qu’a appris Le Devoir, les commissions scolaires ne sont maintenant plus obligées d’injecter le 7 $ par élève exigé auparavant par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) pour l’acquisition de livres. Et nombreuses sont celles qui ont choisi de ne plus investir, au point de faire craindre le pire à l’industrie du livre au Québec.

     

    « Le portrait semble catastrophique à l’échelle du Québec, plusieurs commissions scolaires ont choisi de couper quasi entièrement les sommes attribuées à l’acquisition de livres dans leurs bibliothèques », rapporte Lyne Rajotte, qui siège au conseil d’administration de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec.

     

    Dans la foulée des compressions budgétaires, les commissions scolaires ont dû couper, ces dernières semaines, dans divers programmes, dont le Plan d’action sur la lecture mis sur pied en 2005. Dans ce plan, le gouvernement s’était engagé à offrir une enveloppe de 8,3 millions de dollars par année, en plus d’exiger aux commissions scolaires d’en faire autant pour regarnir les bibliothèques. Dans les faits, le ministère donnait 9 $ par élève aux commissions scolaires si elles investissaient, elles aussi, 7 $ par élève pour l’achat de livres destinés à leur bibliothèque.

     

    Or, cette condition ne s’applique plus si on se fie au document Règles budgétaires pour l’année scolaire 2014-2015 des commissions scolaires. « On s’était battu ces dernières années pour avoir une enveloppe dédiée à l’achat de livres. Mais ce sont maintenant les commissions scolaires qui vont décider ou pas d’investir »,note Marie-Hélène Charest, présidente de l’Association pour la promotion des services documentaires scolaires.

     

    Budgets amputés

     

    Ce changement de réglementation fait en sorte que les bibliothèques scolaires voient leur budget sérieusement amputé. Des sources nous ont indiqué que certaines bibliothèques scolaires pourraient aussi se retrouver sans aucun budget d’acquisition pour la prochaine année. Même si le ministère confirme qu’il maintiendra ses 8,3 millions de dollars pour l’achat de livres, des commissions auraient refusé l’argent du ministère pour réduire cette somme des compressions qu’elles sont forcées d’effectuer.

     

    « C’est catastrophique », lance Katherine Fafard, la directrice générale de l’Association des libraires du Québec. « Non seulement on va appauvrir les écoles qui n’étaient déjà pas dotées de bibliothèques bien garnies, mais on affecte aussi les librairies, les éditeurs, les auteurs, alors qu’on devrait trouver des solutions pour les aider », déplore-t-elle en ajoutant que l’achat de livres dans les bibliothèques scolaires représente parfois jusqu’à 50 % des revenus de plusieurs librairies.

     

    Des trous dans le budget

     

    Le propriétaire de la Librairie Sainte-Thérèse, Luc Lavoie, confirme d’ailleurs qu’au moins une commission scolaire lui a déjà signalé que ses bibliothèques n’auraient aucun budget pour l’achat de livres cette année. « J’ai reçu un courriel pour m’informer que la Commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles avait refusé la subvention du gouvernement de 383 000 $ pour l’achat de livres. Ce client représente environ 8 % de mon chiffre d’affaires, et si on ajoute les autres commissions scolaires, c’est presque 14 % de mon chiffre d’affaires qui va disparaître », affirme-t-il.

     

    Avec de telles compressions, l’industrie du livre s’inquiète pour sa survie. M. Lavoie soutient que des emplois seront inévitablement perdus, que des librairies vont devoir fermer leurs portes et que la littérature jeunesse va écoper. À sa librairie, par exemple, il vend en moyenne entre 30 000 et 40 000 livres aux bibliothèques scolaires, dont 60 % sont d’auteurs québécois.

     

    « Même des auteurs jeunesse connus comme Gilles Tibo ou Dominique Demers vont en souffrir. Il faut ramener les budgets, sinon on va tuer les créateurs et les artisans »,avance-t-il.

     

    À l’Association nationale des éditeurs de livres, le président Richard Prieur trouve aussi que la situation est « dramatique ». Il jette en partie le blâme sur le gouvernement Couillard alors que les ministères de l’Éducation et de la Culture ne semblent pas se parler. M. Prieur fait notamment remarquer que d’un côté,le ministère de la Culture affirme qu’il va chercher des solutions pour soutenir l’industrie du livre, et que de l’autre, le ministère de l’Éducation force les commissions scolaires à couper les budgets des bibliothèques scolaires.

     

    Malgré les tentatives du Devoir de joindre la ministre de la Culture Hélène David, il a été impossible mercredi d’obtenir une entrevue. Le ministère de l’Éducation n’a pas non plus donné suite à notre demande d’information.

     

    « Mais ultimement, ce qu’il faut se demander est : veut-on vraiment encourager les jeunes à lire ? »,lance M. Prieur, qui déplore le peu d’investissement dans le contenu littéraire dans les écoles. Sa consoeur Katherine Fafard trouve aussi que les récentes décisions du gouvernement vont à l’encontre des défis à relever. « On dit qu’on a un problème de lectorat au Québec, et là, on coupe le budget d’acquisition des bibliothèques scolaires, il y a comme un non-sens. »













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