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    Formation collégiale

    Jusqu’où réviser?

    Le premier ministre Philippe Couillard a dit non, et la porte s’est refermée sur l’idée d’abolir les cégeps. Mais l’esprit derrière cette proposition des jeunes libéraux flottera-t-il quand le ministre de l’Éducation entreprendra sa révision des programmes collégiaux, ignorant l’étude qui déjà existe ?


    L'argumentaire du président de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec, Nicolas Perrino, était si mince que, dans un travail de session, il n’aurait pas récolté la note de passage : l’heure est venue d’« envoyer un signal clair qu’on veut une modification dans le système d’éducation au Québec », a-t-il dit. Pourquoi ? Parce qu’il est trop éloigné des besoins des entrepreneurs. Quelles analyses permettent une telle conclusion ?… Néant.

     

    Et quelle est la modification à faire ? L’abolition des cégeps. Pourquoi ? Parce que « certaines personnes disent : “On perd notre temps au cégep” ». Ouf ! Mais qui, où, comment, combien ?… Néant.

     

    « Du vent », avait rétorqué, avec raison, le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne, aussitôt rendues publiques les propositions de l’exécutif de la Commission-Jeunesse, jeudi dernier. Juste une envie de brasser la cage (eh, quoi, on est jeunes), sans souci de s’appuyer sur des études actuelles ou passées.

     

    Relire le document gouvernemental qui, il y a vingt ans, avait permis à Lucienne Robillard, alors ministre libérale de l’Enseignement supérieur et de la Science, de rejeter le démantèlement des cégeps aurait pourtant été des plus pertinents. Le constat était implacable : « infaisable sur le plan technique, sans intérêt pédagogique, problématique au chapitre des ressources humaines, trop coûteux et sans intérêt financier », avait résumé Le Devoir quand, en 2004, il avait mis la main sur ce document interne.

     

    Le débat avait eu beau cette année-là être ravivé par le ministre de l’époque, le libéral Pierre Reid, guidé par son envie d’imiter le voisin américain, les conclusions n’avaient pas varié, la liste des points forts des cégeps s’étant même allongée. Le cégep donne aux jeunes de tout le Québec accès, à faibles coûts, à une éducation post-secondaire, remplissant ainsi pleinement son rôle de démocratisation de l’enseignement. Il est un pôle culturel et social, particulièrement structurant dans les régions.

     

    Il est aussi exactement ce que le rapport Parent souhaitait qu’il devienne : un lieu de choix. Aucune option professionnelle n’est définitive à 16 ou 17 ans. Ailleurs, le système scolaire enferme le jeune dans des filières, et le retour aux études en cas d’erreur de vocation est bien difficile, voire impossible. Rien de tel au Québec, et ce n’est pas une faiblesse : changer d’option au cégep a moins d’impact qu’à l’université, et limite le décrochage qu’on pourrait associer à un secondaire prolongé. Et puis, plus qu’un lieu d’apprentissage pédagogique, le cégep est aussi celui de l’autonomie : la mission à cet égard est bellement accomplie, comme le démontre la chercheuse Alexandra Juliane Law dans un article publié dans le collectif Guy Rocher, Le savant et le politique, consacré à celui qui fut l’un des auteurs du rapport Parent.

     

    C’est sans doute là trop de sociologie pour des jeunes libéraux en mal d’utilitarisme, mais comme leur chef Philippe Couillard a à cet égard un plus grand sens des perspectives, l’étroit simplisme d’abolir les cégeps peut être retourné aux oubliettes. Sauf qu’il témoigne d’un état d’esprit dont on ne peut faire l’économie alors même que le nouveau ministre de l’Éducation, Yves Bolduc, veut apporter des changements à la formation collégiale. De quoi donc sera-t-il question ? En entrevue à La Presse, le ministre jure que la philosophie et l’éducation physique seront encore au programme, que la révision envisagée est simplement logique puisque la dernière date de 1993. Il mettra donc sur pied des comités de travail pour lui faire des recommandations.

     

    Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il a déjà un rapport entre les mains, entièrement consacré aux cégeps : le rapport Demers, issu des travaux du Sommet sur l’enseignement supérieur tenu au début 2013 par le gouvernement du Parti québécois pour mettre le point final au printemps érable. Cinq chantiers avaient alors été constitués, dont l’un consacré à l’offre de formation collégiale.

     

    En février dernier, le ministre de l’époque, Pierre Duchesne, avait présenté le rapport d’étape de ce chantier, dont la solidité et la pertinence furent saluées de tout le milieu. Le rapport final devait être remis au plus tard en juin. Mais le ministre entre-temps a changé et c’est comme si le rapport, qui cause de baisse démographique, de mobilité étudiante, de processus d’autorisation des programmes, tout à coup n’existait plus. Que M. Bolduc nous épargne de nouvelles consultations et qu’il rende public ce qui déjà existe et qui semble fort sérieux. Sinon, l’on croira qu’il veut de fait en mettre plus large sur la table.













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