CEST et SAAQ - Des organismes gouvernementaux s'intéressent au contenu des cours
Applications pratiques et théorie de l'éthique
L'éthique décrit un comportement face au monde. Mise en pratique, elle permet d'initier une réflexion qui englobe les banques génétiques et... la sécurité routière. Les initiatives de la Commission de l'éthique de la science et de la technologie et de la Société de l'assurance automobile du Québec.
«Il faut apprendre tôt ce qu'est la bioéthique, ne pas attendre d'être confronté à un dilemme», dit Michèle Jean, membre de la Commission de l'éthique de la science et de la technologie (CEST), un organisme mis sur pied par le gouvernement du Québec. Souvent encore loin des situations charnières de ces dilemmes (naissances, décès), les étudiants des universités et des cégeps sont l'auditoire clé du nouveau dépliant de la CEST.
Celui-ci, prêt en janvier 2004, «va expliquer dans un langage très simple les enjeux liés aux banques génétiques», dit Michèle Jean. Une sorte de synthèse du rapport produit en février 2003 par la CEST. L'organisme, créé en septembre 2001 par le ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie, y avait émis ses recommandations sur différentes questions, dont le consentement, la discrimination et le partage des bénéfices.
Les enjeux éthiques se prêtent à de multiples usages pédagogiques: sélection du sexe de l'enfant, microtechnologie, suivi du patrimoine génétique des donneurs... D'après
les commentaires recueillis par Mme Jean auprès des profs de philo, les jeunes s'y intéressent beaucoup. Surtout quand ils peuvent participer activement. «C'est quand les jeunes montent des projets que ça marche le plus fort», dit-elle. Également présidente du Comité international de bioéthique de l'Unesco, Michèle Jean trouverait d'ailleurs opportun que le Québec développe un concept comme les «Journées d'éthique de la Belgique» où les étudiants peuvent rencontrer des sommités et participer à des ateliers.
Colloques, avis, débats publics, conférences: la Commission jouit d'une grande marge de manoeuvre pour rejoindre la population et les organismes. D'autres démarches, liées cette fois aux cours de bioéthique, pourraient être entreprises, en vertu de l'«approche intégrée» du comité de la CEST sur l'information, la sensibilisation et l'éducation de la population. Question de varier la formule. «Vous pouvez faire tous les rapports du monde, mais si personne ne les lit...», explique Michèle Jean, pragmatique.
Conduite dangereuse: hédonisme vs humanisme
Les 16-24 ans ont le pied pesant. Cinquante pour cent des infractions de vitesse et 40 % des infractions de grande vitesse (plus de
45 km/h au-dessus de la limite) impliquent des jeunes. Dans les groupes de discussion animés par la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), Suzanne Sanschagrin, conseillère en communication, a entendu des propos qui donnent froid dans le dos. «Pour eux, rouler trop vite, c'est
240 km/h, dit l'ancienne travailleuse sociale. À la rigueur, 200 km/h, ils trouvent ça acceptable.»
C'est pour contrer cette «insécurité routière» que la SAAQ lançait en mars dernier un document intitulé Philosophie et sécurité routière, destiné aux enseignants du cours collégial obligatoire «Éthique et politique». «On ne peut pas, par la publicité seule, concurrencer le message du fabricant qui dit au jeune: "Vas-y, éclate-toi!"», dit Mme Sanschagrin.
Quatre courants philosophiques sont abordés dans le document par le biais d'exemples tirés du contexte routier: subjectivisme, hédonisme, libertarisme et humanisme. On y incite clairement l'étudiant à critiquer un raisonnement purement fondé sur ces trois premiers courants. Raisonnement que les fabricants automobiles, selon Suzanne Sanschagrin, essaient de vendre aux jeunes au coût de 200 millions par année. Plusieurs exemples émaillent d'ailleurs les feuillets thématiques, élaborés avec des enseignants en philosophie: «Êtes-vous fait pour Volkswagen?» (subjectivisme), «Le bonheur de conduire» (hédonisme)...
Les comportements routiers dangereux sont abordés par le biais de questions visant à démontrer l'absurdité de l'individualisme propre aux trois doctrines. «L'hédonisme est une doctrine éthique qui prend pour principe de l'action la recherche du plaisir. [...] Si un individu affirme que l'action de rouler les phares éteints, le soir[...] procure un plaisir intense [...] nous serons obligés d'admettre comme étant parfaitement acceptable l'action de rouler le soir tous phares éteints.»
Puisqu'il s'agit de contrer l'égocentrisme et de sensibiliser les jeunes aux autres usagers de la route, le document affiche clairement son courant philosophique préféré. «De toutes les doctrines qui sont proposées dans cette série de feuillets thématiques, seul l'humanisme est apte à fournir, de manière conséquente, les fondements d'un Code de la sécurité routière qui soit vraiment viable.» À bas Épicure, vive Érasme!
«Il faut apprendre tôt ce qu'est la bioéthique, ne pas attendre d'être confronté à un dilemme», dit Michèle Jean, membre de la Commission de l'éthique de la science et de la technologie (CEST), un organisme mis sur pied par le gouvernement du Québec. Souvent encore loin des situations charnières de ces dilemmes (naissances, décès), les étudiants des universités et des cégeps sont l'auditoire clé du nouveau dépliant de la CEST.
Celui-ci, prêt en janvier 2004, «va expliquer dans un langage très simple les enjeux liés aux banques génétiques», dit Michèle Jean. Une sorte de synthèse du rapport produit en février 2003 par la CEST. L'organisme, créé en septembre 2001 par le ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie, y avait émis ses recommandations sur différentes questions, dont le consentement, la discrimination et le partage des bénéfices.
Les enjeux éthiques se prêtent à de multiples usages pédagogiques: sélection du sexe de l'enfant, microtechnologie, suivi du patrimoine génétique des donneurs... D'après
les commentaires recueillis par Mme Jean auprès des profs de philo, les jeunes s'y intéressent beaucoup. Surtout quand ils peuvent participer activement. «C'est quand les jeunes montent des projets que ça marche le plus fort», dit-elle. Également présidente du Comité international de bioéthique de l'Unesco, Michèle Jean trouverait d'ailleurs opportun que le Québec développe un concept comme les «Journées d'éthique de la Belgique» où les étudiants peuvent rencontrer des sommités et participer à des ateliers.
Colloques, avis, débats publics, conférences: la Commission jouit d'une grande marge de manoeuvre pour rejoindre la population et les organismes. D'autres démarches, liées cette fois aux cours de bioéthique, pourraient être entreprises, en vertu de l'«approche intégrée» du comité de la CEST sur l'information, la sensibilisation et l'éducation de la population. Question de varier la formule. «Vous pouvez faire tous les rapports du monde, mais si personne ne les lit...», explique Michèle Jean, pragmatique.
Conduite dangereuse: hédonisme vs humanisme
Les 16-24 ans ont le pied pesant. Cinquante pour cent des infractions de vitesse et 40 % des infractions de grande vitesse (plus de
45 km/h au-dessus de la limite) impliquent des jeunes. Dans les groupes de discussion animés par la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), Suzanne Sanschagrin, conseillère en communication, a entendu des propos qui donnent froid dans le dos. «Pour eux, rouler trop vite, c'est
240 km/h, dit l'ancienne travailleuse sociale. À la rigueur, 200 km/h, ils trouvent ça acceptable.»
C'est pour contrer cette «insécurité routière» que la SAAQ lançait en mars dernier un document intitulé Philosophie et sécurité routière, destiné aux enseignants du cours collégial obligatoire «Éthique et politique». «On ne peut pas, par la publicité seule, concurrencer le message du fabricant qui dit au jeune: "Vas-y, éclate-toi!"», dit Mme Sanschagrin.
Quatre courants philosophiques sont abordés dans le document par le biais d'exemples tirés du contexte routier: subjectivisme, hédonisme, libertarisme et humanisme. On y incite clairement l'étudiant à critiquer un raisonnement purement fondé sur ces trois premiers courants. Raisonnement que les fabricants automobiles, selon Suzanne Sanschagrin, essaient de vendre aux jeunes au coût de 200 millions par année. Plusieurs exemples émaillent d'ailleurs les feuillets thématiques, élaborés avec des enseignants en philosophie: «Êtes-vous fait pour Volkswagen?» (subjectivisme), «Le bonheur de conduire» (hédonisme)...
Les comportements routiers dangereux sont abordés par le biais de questions visant à démontrer l'absurdité de l'individualisme propre aux trois doctrines. «L'hédonisme est une doctrine éthique qui prend pour principe de l'action la recherche du plaisir. [...] Si un individu affirme que l'action de rouler les phares éteints, le soir[...] procure un plaisir intense [...] nous serons obligés d'admettre comme étant parfaitement acceptable l'action de rouler le soir tous phares éteints.»
Puisqu'il s'agit de contrer l'égocentrisme et de sensibiliser les jeunes aux autres usagers de la route, le document affiche clairement son courant philosophique préféré. «De toutes les doctrines qui sont proposées dans cette série de feuillets thématiques, seul l'humanisme est apte à fournir, de manière conséquente, les fondements d'un Code de la sécurité routière qui soit vraiment viable.» À bas Épicure, vive Érasme!
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