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Édition - Pour initier la réflexion

Ulysse Bergeron   15 novembre 2003  Éducation
«C'est le désir de comprendre qui engendre la pensée», avançait Plotin, philosophe alexandrin du IIIe siècle. Pour les professeurs de philosophie du niveau collégial, c'est ce «désir de comprendre» qu'il faut transmettre aux étudiants. Tous s'entendent sur cet objectif. Toutefois les opinions divergent sur les moyens à utiliser pour l'atteindre: les ouvrages didactiques de philosophie aident-ils à la compréhension de la matière?

«Pour différentes raisons, j'ai énormément de réticences à l'égard des manuels de philosophie. Ceux-ci donnent régulièrement une fausse impression de connaissance. Par leurs simplifications, ils projettent une image stéréotypée des grands courants de pensée», exprime Pierre Bertrand, professeur au Collège Édouard-Montpetit et auteur de plusieurs ouvrages en philosophie.

Selon lui, la réflexion, qui est sans contredit le principal élément de la démarche philosophique, échappe aux manuels. «Ce type de livre donne-t-il le goût d'apprendre? Certainement pas. Il ne suscite pas la réflexion. Il ne permet pas de piquer la curiosité des jeunes et de leur inoculer le goût de la culture», précise-t-il.

Pourtant, depuis plus d'une décennie, l'édition de manuels connaît une hausse notable. Laurent-Michel Vacher, qui a enseigné au Collège Ahuntsic de 1966 à 2001, se souvient que l'utilisation de ce type d'ouvrage était marginale il y a près de 20 ans: «Au cours des années 1970, les professeurs souhaitaient couper avec l'approche conservatrice. Et dans le contexte de l'époque, les manuels étaient perçus par plusieurs comme étant conservateurs. Toutefois, au cours des années, le programme s'est précisé. Il est maintenant plus encadré et mieux structuré. Cette situation a certainement favorisé la publication d'ouvrages didactiques.»

Aujourd'hui, près de 700 professeurs enseignent la philosophie aux 45 000 étudiants qui entrent chaque année dans les cégeps. «De ce nombre, un peu moins de la moitié ont recours à des manuels», avance Michel Poulin, éditeur responsable de la philosophie chez Chenelière Éducation. Ces chiffres pourraient bien augmenter au cours des prochaines années avec la retraite de la première génération d'enseignants. «Les ouvrages de ce type sont plus utilisés par les jeunes professeurs», assure l'éditeur.

La maison d'édition, qui a récemment fait l'acquisition de Gaëtan Morin éditeur, publie actuellement huit manuels destinés aux trois cours de philosophie obligatoires, soit deux publications pour Introduction à la philosophie, deux autres pour L'Être humain et quatre pour Éthique et Politique. «La grande majorité des enseignants utilisent ceux-ci dans le cadre du premier cours», confirme-t-il en précisant qu'il s'agit avant tout d'assurer la transition entre les lectures faites au secondaire et celles demandées au cégep.

Dans cette perspective, les manuels — qui présentent les principaux courants et concepts philosophiques — doivent avant tout être perçus comme des outils qui appuient une démarche pédagogique. Michel Poulin admet que «la partie la plus difficile est certainement d'amener les étudiants à réfléchir sur le contenu de ces livres. C'est d'ailleurs le principal défi des professeurs».

La philosophie au cégep

Ce défi, les enseignants du collégial le relèvent constamment, comme en fait preuve un collectif publié l'an dernier aux Éditions Liber. Pratiques de la pensée regroupe les témoignages de professeurs qui ont enseigné — ou enseignent toujours — la philosophie au cégep. L'ouvrage brosse le portrait des différentes réalités vécues par cinq philosophes: Pierre Bertrand, Robert Hébert, Jacques Marchand, Michel Métayer et Laurent-Michel Vacher. On y découvre des visions optimistes à l'égard d'une matière qui a dû, au fil du temps, se transformer et s'adapter aux nouvelles réalités de l'éducation québécoise.

L'ancien directeur général du Cégep Ahuntsic, Paul Inchauspé, écrit en préface du collectif que «la philosophie n'est pas faite pour atteindre la tranquillité mais au contraire pour entretenir l'inquiétude et la vitalité». À la lumière de ces propos, force est d'admettre que les divergences d'opinion qui entourent l'utilisation d'ouvrages didactiques attestent qu'après 35 ans d'existence, la philosophie au collégial est toujours bien vivante.

Pratiques de la pensée
Philosophie et enseignement de la philosophie au cégep
Éditions Liber
Montréal, 2002, 191 pages
 
 
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