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    Enseignement - Penser par soi-même

    «Permettre un jugement rationnel sur le monde qui nous entoure»

    15 novembre 2003 |estelle zehler | Éducation
    Pierre Després, professeur de philosophie au Collège Montmorency et président du Comité des enseignantes et enseignants de philosophie. Source Collège Montmorency.
    Photo: Pierre Després, professeur de philosophie au Collège Montmorency et président du Comité des enseignantes et enseignants de philosophie. Source Collège Montmorency.
    Au niveau collégial, l'enseignement introduit à une philosophie qui, rationnelle, outille les étudiants; attentive, écoute leurs préoccupations; polyglotte, ignore les frontières et visite de nombreuses cultures. Mais aussi une philosophie qui est de son temps et s'inquiète des questions éthiques soulevées par le développement des sciences et des technologies. Pierre Després, professeur de philosophie au Collège Montmorency et président du Comité des enseignantes et enseignants de philosophie, témoigne.

    Cantonnée par les collèges jésuites à une propédeutique de la théologie, la philosophie devait en premier lieu se libérer du dogme avant de s'émanciper de la mainmise élitiste et uniformisante cautionnée par la société. Période d'expérimentation, les premières années d'enseignement dans les cégeps se sont concentrées surtout sur l'abolition de son servage et la consolidation de son autonomie. Aujourd'hui, dans sa phase de maturité, elle bénéficie d'un programme national unifié et cohérent. Considérée comme la discipline de la critique par excellence, elle a pour mandat de former tous les étudiants du collégial appréhendés tant comme des futurs professionnels que comme des citoyens.

    «La philosophie, précise Pierre Després, entend former des citoyens responsables en développant la capacité de penser par soi-même, en permettant un jugement rationnel sur le monde qui nous entoure.» Pour parvenir à cet objectif, la philosophie a établi une dialectique équilibrée qui s'appuie tant sur la tradition philosophique que sur le développement d'habiletés intellectuelles. Aussi sont présents, entre autres, Platon, Socrate, Descartes, Rousseau, Marx, Freud, Marcuse, Sartre... Trois cours sont offerts aux étudiants.

    Philosophie et rationalité

    Le premier, «Philosophie et rationalité», constitue une introduction. «On y enseigne les premiers rudiments du langage philosophique, ce qu'est un concept, une thèse, une argumentation. Il est demandé aux étudiants de produire des textes argumentatifs, dans lesquels ils doivent montrer leur capacité, à partir des textes de l'histoire de la philosophie, à analyser un problème et à prendre position.» Ce cours met l'accent sur la période grecque, en visitant plus particulièrement les textes de Platon, de Socrate et d'Aristote, mais invite également d'autres auteurs plus modernes tels Descartes et Kant.

    Ces auteurs sont visités à travers des problématiques actuelles. Dans les salles de cours, des jeunes de 17-18 ans. Aussi n'est-il pas question de donner un enseignement qui soit élitiste et coupé des intérêts des étudiants. Parmi leurs préoccupations se distinguent les thèmes de la vérité et de l'obéissance aux lois. «Comment distinguer une recherche authentique de la vérité d'une argumentation sophiste?» Ils sont initiés à reconnaître les sophismes qui, bien qu'utilisant les règles de la logique, n'ont d'intérêt que pour convaincre, et ce, au détriment de la vérité. Les réalités contemporaines, telles que la publicité et le monde médiatique, sont utilisées en guise de matière d'expérimentation. «D'autre part, à travers des dialogues de Platon actualisés, des discussions se développent quant à l'obéissance aux lois, question à laquelle ils sont sensibles.» Qu'est-ce qui fonde notre position sur les lois? Quelles conséquences sont attachées à telle ou telle position?

    Être et éthique

    Le deuxième cours, quant à lui, présente et compare différentes conceptions philosophiques liées à l'être humain. Des auteurs plus contemporains — Sartre, Freud, Rousseau — sont appelés pour aborder notamment les thématiques du travail, de la famille, de la différence sexuelle et de la liberté. Le dernier cours, «Éthique et politique», propose «une réflexion philosophique sur le développement des sciences et de la technologie. Celle-ci n'a jamais été aussi indispensable. Le philosophe Francis Fukuyama affirmait dans son dernier livre, La Fin de l'homme, que c'est notre conception fondamentale de l'être humain qui risque d'être progressivement dénaturée.» Non seulement, la réflexion philosophique permet une meilleure connaissance des enjeux sociaux et éthiques qui y sont rattachés, mais elle peut également conscientiser davantage les élèves relativement à la nécessité d'un jugement éclairé sur ces questions en essor.

    Ce besoin d'un regard conscient et réfléchi est nécessaire à divers égards. La société ne cesse de se complexifier. Dans la sphère protégée de l'individu s'immiscent les questions internationales. Les problèmes environnementaux ne cessent de croître et appelleront des prises de position majeures de la part des générations à venir. Pour une évolution viable, la cité réclame donc des êtres pensants à même de la soutenir. Dans cette perspective, la démocratisation de la discipline philosophique ne peut que se poursuivre. Aussi, les enseignants ont développé une didactique qui tient compte des besoins et des goûts des jeunes afin de proposer un contenu signifiant pour eux. Des moyens ont également été élaborés pour soutenir les élèves plus faibles académiquement dans la réussite de leurs cours de philosophie. Ainsi, au Collège Montmorency, le programme «philo-aide» a été instauré.

    Dès la cinquième secondaire

    Le succès de l'expérience collégiale a poussé la Commission scolaire de Montréal (CSDM) à initier un nouveau projet au niveau secondaire 5. Depuis septembre, un cours de préparation à la philosophie est diffusé dans cinq écoles montréalaises à titre expérimental. «La philosophie est perçue par la CSDM comme une discipline permettant de combler le vide laissé par la fin de l'enseignement religieux dans les écoles du Québec.» Naturellement, il n'est pas question d'un enseignement magistral. À partir de faits d'actualité qui intéressent les jeunes, des mises en situation sont proposées. L'objectif visé est le développement de la capacité à débattre de façon rationnelle, donc le dépassement de la simple expression d'une opinion. «Ils font également l'expérience d'une communauté de discussion, ce qui les prépare au rôle de citoyen qu'ils seront appelés à jouer rapidement.»

    La philosophie n'est plus la transmission d'un dogme réservé à une élite. Au contraire, elle concerne aujourd'hui l'ensemble de la société. Loin d'un savoir intrinsèquement rhétorique, elle s'entend comme l'insufflation d'une attitude responsable et rationnelle développant l'autonomie de pensée grâce à l'analyse et la critique.












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