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    Université Concordia

    La PARMI veut rendre les ordinateurs plus «humains»

    «Nos recherches portent surtout sur l’aspect logiciel, plutôt que sur le développement de matériels»

    22 février 2014 |Claude Lafleur | Éducation
    Le professeur Suen œuvre dans la branche de l’informatique liée à la reconnaissance des formes et à l’intelligence artificielle. Selon lui, il y a aussi une foule d’applications pour le traitement des documents, imprimés ou écrits à la main, entre autres.
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le professeur Suen œuvre dans la branche de l’informatique liée à la reconnaissance des formes et à l’intelligence artificielle. Selon lui, il y a aussi une foule d’applications pour le traitement des documents, imprimés ou écrits à la main, entre autres.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Quiconque a eu affaire à un système téléphonique de reconnaissance de la parole sait quels défis relève l’équipe du CEPARMI dirigée par Ching Suen, professeur au Département de génie informatique de l’Université Concordia. Alors qu’il est assez facile pour nous de comprendre ce que quelqu’un nous dit, c’est une tout autre affaire pour un ordinateur ! Pourtant, la reconnaissance de la parole — ou plutôt la reconnaissance des formes, comme le disent les spécialistes — offre de prodigieuses applications.


    On recourt de plus en plus aux ordinateurs pour reconnaître et synthétiser la parole, identifier les individus (reconnaissance des visages, des empreintes digitales, de l’iris de l’oeil, etc.), analyser des images (à des fins de météorologie, d’agriculture et d’urbanisme ou de surveillance militaire), de même que reconnaître des mots et des caractères imprimés (entre autres pour numériser des documents ou permettre à des ordinateurs de lire à voix haute).

     

    Toutefois, ces applications représentent d’immenses défis, surtout parce que nos ordinateurs ne sont pas encore suffisamment intelligents, constate Ching Suen.

     

    Originaire de la Chine et immigré à Vancouver en 1968 en vue d’obtenir son doctorat, le professeur Suen se passionne pour la reconnaissance des formes et l’intelligence artificielle depuis plus de 45 ans. « Ma thèse de doctorat, à l’Université de la Colombie-Britannique, portait sur la conception d’une machine à lire pour les aveugles, dit-il. On se confrontait alors à des problèmes de reconnaissance des mots imprimés ainsi qu’à la conversion de ceux-ci en sons. Et je poursuis depuis 1972 mes travaux à Concordia. »

     

    Le professeur Suen oeuvre en fait dans la branche de l’informatique dite PARMI, pour Pattern Recognition and Machine Intelligence, c’est-à-dire la reconnaissance des formes et l’intelligence artificielle. Celle-ci englobe entre autres les systèmes automatisés de reconnaissance de la voix, des objets (notamment les formes humaines) et l’écriture. Il dirige en fait une équipe de chercheurs qui comprend notamment des ingénieurs de l’École polytechnique et de l’École de technologie supérieure et qui a reçu le nom de CEPARMI (pour CEnter for PARMI).

     

    « La reconnaissance des formes peut servir à l’identification des visages et de la voix, dit-il.
    Il y a aussi une foule d’applications pour le traitement des documents, imprimés ou écrits à la main… »C’est dire que c’est à PARMI qu’on doit la capacité de certains blocs-notes électroniques à déchiffrer une écriture manuscrite.

     

    En pratique, l’équipe CEPARMI effectue de la recherche fondamentale et tente de résoudre de grands problèmes théoriques. « Nous faisons de la recherche fondamentale, mais nous avons un plan pour diffuser nos résultats, dans la mesure du possible, auprès des entreprises », précise Ching Suen.

     

    À la recherche de la beauté féminine !

     

    Plus spécifiquement, son équipe concentre ses travaux sur la reconnaissance de l’écriture manuscrite par ordinateur ainsi que sur la reconnaissance des visages humains et la détermination de l’âge. « Nos recherches portent surtout sur l’aspect logiciel, plutôt que sur le développement de matériels », indique-t-il.

     

    Fait inusité, son équipe se penche également sur l’analyse informatisée de la beauté humaine ! « Nous travaillons sur un système d’analyse de la beauté du visage des jeunes femmes, révèle M. Suen. Nous étudions des aspects comme la texture de la peau, la forme de la bouche, du nez et des yeux, ainsi que celle du visage en général. »Cette recherche, qui peut sembler incongrue, permet en fait aux chercheurs d’explorer la troisième dimension, c’est-à-dire l’analyse d’un objet en trois dimensions (plutôt que des objets plats comme des lettres et des mots). « Nous cherchons à créer un système qui pourrait estimer, de façon objective, les critères de beauté », précise-t-il. En quelque sorte, ces travaux joignent l’utile à l’agréable dans le développement de systèmes informatiques capables d’identifier les êtres humains.

     

    Des ordinateurs plus intelligents que nous ?

     

    « L’aspect le plus difficile de mon travail est de trouver des façons de rendre les ordinateurs plus intelligents que maintenant », lance l’ingénieur informaticien. En fait, constate-t-il, la grande différence entre un ordinateur et nous, c’est que, tous les jours, nous apprenons de nos expériences et de l’environnement dans lequel nous évoluons — ce qui n’est évidemment pas le cas des ordinateurs, si puissants soient-ils. Voilà qui explique, par exemple, que nous acquérons la capacité de comprendre ce qu’on nous dit malgré les accents ou la mauvaise prononciation de la part de nos interlocuteurs. De surcroît, selon le contexte, nous comprenons des propos qui seraient autrement inintelligibles.

     

    C’est donc à cette difficulté que se butent sans cesse les spécialistes de la PARMI : faire en sorte que les ordinateurs en viennent à apprendre par eux-mêmes.

     

    « Pour le moment, il faut toujours procéder au transfert des connaissances humaines vers les ordinateurs », constate le professeur Suen. Celui-ci espère toutefois disposer un jour d’ordinateurs aussi intelligents que nous.

     

    En fait, il caresse le rêve de concevoir des ordinateurs plus intelligents que nous. « J’aimerais mettre au point des ordinateurs plus puissants que les êtres humains », dit-il en riant, ce qui ouvrirait des possibilités extraordinaires dans son champ d’application. « Voilà le défi que j’aimerais relever », ajoute-t-il.

     

    Quant aux risques que pourraient représenter de telles machines, le spécialiste ne semble pas s’en inquiéter outre mesure. « Ce n’est en fait,dit-il, qu’une question de contrôle : qui sera aux commandes ? Il faudra avoir une méthode pour contrôler l’ordinateur… Mais de telles machines nous seraient tellement utiles pour une foule de choses… », laisse-t-il filer, rêveur.

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