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    Anglophone à l’UdeM : souplesse appréciée

    31 janvier 2014 | Michael Milech - Diplômé de l’Université de Montréal en communication et science politique | Éducation

    Avant de resserrer sa Politique linguistique, comme l’a récemment exigé Vincent Blais-Fortin dans les pages du Devoir de mercredi, l’Université de Montréal (UdeM) devrait considérer les conséquences pratiques d’une telle décision. J’offre mon expérience en tant qu’étudiant anglophone à l’UdeM à titre de mise en garde.

     

    Lorsque j’ai décidé de faire mes études universitaires en français, après avoir passé toute ma vie au sein du système anglophone, plusieurs de mes amis trouvaient que mon choix se situait quelque part entre le courage et la folie. En revanche, j’avais toujours bien réussi dans mes cours de français langue seconde au secondaire et au cégep et je tenais à mieux connaître la culture majoritaire de ma province natale.

     

    J’ai fait le saut bourré de confiance et j’avais l’intention de faire tous mes travaux en français sans problème. Cependant, au bout d’un trimestre, je me trouvais confronté aux pires notes que je n’avais jamais reçues.

     

    J’étais capable de communiquer adéquatement par écrit en français et j’aurais pu donc réussir le test de français international proposé par M. Blais-Fortin pour évaluer le besoin d’accommodement linguistique. Sauf que, avec quatre ou cinq devoirs à faire en même temps, je consentais beaucoup d’efforts supplémentaires afin de trouver les mots justes, je perdais des heures à feuilleter mon dictionnaire et mon Bescherelle, et je finissais par manquer de temps. Par conséquent, j’étais souvent incapable de soumettre des travaux de haut calibre.

     

    J’avais l’impression d’avoir échoué, et je songeais sérieusement à mettre fin à l’expérience et à transférer vers une université anglophone. Mais après avoir demandé, avec hésitation, la permission de rédiger quelques-uns de mes travaux en anglais, c’était comme si on venait de m’enlever un grand poids de sur les épaules. J’ai continué à faire certains travaux en français selon le sujet ou, par exemple, s’il s’agissait d’un travail en équipe, mais j’étais finalement capable de gérer la charge.

     

    En général, mes professeurs et mes compagnons de classe ont démontré beaucoup de compréhension. Dans un cas, une professeure voulait d’abord s’entretenir avec moi pour s’assurer que je faisais des efforts afin d’améliorer ma capacité de travailler en français, et que je ne choisissais pas tout simplement la solution facile. À mes yeux, ses questions étaient tout à fait raisonnables.

     

    Sentiment d’appartenance

     

    J’ai fini par obtenir mon baccalauréat dans ma langue seconde, et je suis aujourd’hui très à l’aise dans les milieux francophones. Je sais qui sont Louis-José Houde et Véronique Cloutier, je lis Le Devoir, et j’ai un sentiment d’appartenance beaucoup plus fort qu’auparavant à l’ensemble de la société québécoise.

     

    Mais ce qu’il faut retenir, c’est que sans la souplesse dont mes professeurs à l’Université de Montréal ont fait preuve, tout ça ne se serait jamais produit. J’aurais été qu’un autre Anglo avec un français décent et un attachement limité envers le Québec francophone.

     

    Comme décrit par M. Blais-Fortin, l’un des objectifs de la loi 101 est d’assurer que le français soit « la langue normale et habituelle du travail ». Soit. Mais loin de faire avancer ce but, les universités francophones le mineraient en mettant en place des politiques linguistiques qui décourageraient les anglophones d’y étudier.

     

    De telles politiques risqueraient d’endurcir le clivage linguistique au Québec. À la limite, elles pourraient même contribuer à une anglicisation des lieux de travail, parce que les cégeps et universités anglophones continueront d’attirer les francophones en grand nombre.

     

    Effectivement, lorsque j’étudiais au collège Dawson, il y avait des étudiants dans mes classes avec, au départ, une faible connaissance de l’anglais. Mais comme on leur permettait de travailler dans leur langue maternelle, ils pouvaient baigner dans un environnement anglophone sans être défavorisés au point de vue scolaire.

     

    Leur expérience et leur exemple ont contribué à ma décision de me mettre au défi de façon similaire, et je suis très heureux de l’avoir fait. J’espère que l’UdeM continuera d’accorder aux étudiants anglophones la même ouverture dont j’ai bénéficié, et que de plus en plus de membres de ma communauté linguistique en profiteront pour aller à la découverte d’une langue, une culture, et une population qui nous sont si proches, mais desquelles nous sommes souvent, et malheureusement, déconnectés.


    Michael Milech - Diplômé de l’Université de Montréal en communication et science politique

     
     
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