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    Dérive vers l’anglais à l’UdeM?

    Des étudiants dénoncent le laxisme dans l’application de la Politique linguistique

    29 janvier 2014 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    De l'avis de Vincent Blais-Fortin, de plus en plus d’enseignants qui avaient à coeur le français ont abandonné la lutte, d’autres militent carrément pour le libre-choix.
    Photo: François Pesant - Le Devoir De l'avis de Vincent Blais-Fortin, de plus en plus d’enseignants qui avaient à coeur le français ont abandonné la lutte, d’autres militent carrément pour le libre-choix.

    Des étudiants dénoncent l’anglicisation galopante à l’Université de Montréal et le laxisme dans l’application de la Politique linguistique qui consacre pourtant la prédominance du français. Selon eux, les règles encadrant la langue d’enseignement, la diffusion du matériel pédagogique et la remise des travaux sont trop librement interprétées par les professeurs.

     

    « Au début de mon baccalauréat, dans un de mes cours, une de mes profs avait dit que le travail qu’on devait faire pouvait être remis en anglais ou en français, au choix », raconte Vincent Blais-Fortin, étudiant à l’Université de Montréal, qui signe une lettre déplorant ce « laisser-aller » dans le mensuel étudiant Le Pigeon dissident, reprise dans notre page éditoriale. « Depuis le début, j’ai l’impression que c’est laissé au libre arbitre de l’enseignant d’appliquer ou non la politique linguistique ».

     

    M. Blais-Fortin, qui est étudiant en 3e année au baccalauréat en droit et vice-président de l’Association des jeunes péquistes de l’UdeM, ne peut toutefois confirmer combien d’étudiants ont effectivement remis des travaux dans une autre langue que le français. Mais à son avis, de plus en plus d’enseignants qui avaient pourtant à coeur le français ont abandonné la lutte, d’autres militent carrément pour le libre-choix. Adoptée en 2001, la Politique linguistique de l’UdeM statue que « sous réserve des dispositions particulières applicables », les examens sont passés en français et les travaux, mémoires et thèses sont rédigés dans cette même langue.

     

    Étudiante au baccalauréat sciences politiques et en droit, Catherine Fournier a aussi remarqué que certains enseignants laissaient le choix à l’étudiant de la langue de rédaction des travaux. « L’enseignant a dit à toute la classe “ faites ce que vous voulez. ” Comme si l’université était bilingue. » Selon l’étudiante de 2e année, cette banalisation livre un mauvais message aux étudiants étrangers qui ont fait le choix d’une université francophone. « Ils vont penser que le français n’est pas si important que ça. »

     

    Mme Fournier, qui est à la tête du Mouvement des étudiants souverainistes, dénonce aussi la place grandissante qu’occupe l’anglais dans les bibliographies des plans de cours des professeurs. À sa dernière session, sur cinq cours, trois présentaient des ouvrages exclusivement en anglais. La Politique linguistique stipule pourtant que le matériel pédagogique doit être en français « dans la mesure du possible », à moins qu’il n’existe aucun équivalent de qualité dans cette langue. « Tout particulièrement au premier cycle », l’usage du français doit être favorisé. « J’ai de la difficulté à croire qu’il n’y avait pas un seul livre en français pour parler des systèmes électoraux », note Mme Fournier.


    Politique à géométrie variable

     

    Le doyen de la Faculté de droit de l’Université de Montréal, Guy Lefebvre, reconnaît que l’application de la politique peut être à géométrie variable. C’est pourquoi les membres de sa faculté ont décidé de se doter d’un guide d’application de la Politique linguistique, une tâche sur laquelle planche actuellement le vice-doyen. « Dans un bureau de doyen, on ne voit pas tous les documents qui sont remis aux étudiants, on ne sait pas tout ce que font les profs. Ils peuvent de bonne foi accorder une permission, mais maintenant on aura des règles claires et précises, connues de tous », a-t-il insisté. « On veut déterminer ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Est-ce qu’un prof dans son bureau a le pouvoir de dire qu’il accepte telle ou telle chose ? Le règlement dit qu’on peut faire des mesures d’accommodements pour les étudiants, mais ça va jusqu’où ? »

     

    Environ 50 % des étudiants à la maîtrise et au doctorat en droit viennent de l’étranger, a-t-il ajouté. Et 5 % d’entre eux rédigent leur thèse ou mémoire en anglais. Au premier cycle, toutefois, le français prédomine, assure-t-il. Et il revient au doyen de chaque faculté de décider des arrangements qu’il fait avec ses étudiants qui ne maîtrisent pas le français de prime abord.

     

    En haut lieu, c’est le vice-rectorat aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels qui est chargé de veiller à l’application de la Politique linguistique. Jusqu’ici, il n’a reçu aucune plainte, a indiqué un porte-parole. Selon, Tiago Silva, secrétaire général de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’UdeM (FAECUM), les étudiants se découragent souvent de formuler des plaintes, car le fardeau de la preuve leur incombe. « Mais on travaille à publiciser le formulaire de plainte et on va lancer une campagne de sensibilisation avec un site Web », a-t-il précisé.

     

    Vincent Blais-Fortin veut un engagement ferme pour régler le problème, allant même jusqu’à interpeller le ministre de l’Enseignement supérieur. « J’invite le ministre Pierre Duchesne à exercer son pouvoir discrétionnaire, prévu dans la Charte de la langue française, qui lui permet de demander aux universités de produire un rapport faisant état de l’application de leur politique linguistique»,écrit-il dans sa lettre ouverte.

     
     
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