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    Enseignement de l’histoire - L’instrumentalisation n’est pas là où on la croit

    4 décembre 2013 | Raymond Bédard - Enseignant et président de la SPHQ et Félix Bouvier - Historien, didacticien et vice-président de la SPHQ | Éducation
    Le programme d’enseignement actuel n’accorde pas suffisamment de place à l’histoire politique, selon la Société des professeurs d’histoire du Québec.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le programme d’enseignement actuel n’accorde pas suffisamment de place à l’histoire politique, selon la Société des professeurs d’histoire du Québec.
    Samedi, nous avons été surpris de lire l’article « Un cours d’histoire trop “orienté” au goût des profs », en manchette s’il vous plaît du journal Le Devoir. Madame Lise Proulx, présidente de l’Association des enseignants en univers social (AQEUS), y est présentée comme la seule représentante des enseignants d’histoire. C’est une erreur, d’une part. La Société des professeurs d’histoire du Québec (SPHQ) représente des centaines d’enseignants d’histoire. D’autre part, les positions étayées par madame Proulx sont discutables à plusieurs égards. Ce texte constitue une réponse à cet article et aux arguments qu’on y retrouve.

    Depuis plus de 50 ans, la SPHQ travaille à promouvoir l’enseignement de l’histoire au Québec, sous tous ses aspects, auprès de ses membres et de la population en général, et contribue largement à assurer l’information dans notre domaine et le développement professionnel de ses membres. À cette fin et par son expertise, elle joue un rôle majeur dans le débat actuel sur le réaménagement du programme d’histoire du Québec.

    Réforme

    La SPHQ a suivi de près la réforme des programmes d’histoire au primaire et plus particulièrement au 2e cycle du secondaire survenue dans la foulée du renouveau pédagogique amorcé en 2006 à ce cycle d’enseignement. Satisfaite de l’augmentation du temps prévu à l’enseignement de l’histoire du Québec et ouverte à certaines approches pédagogiques nouvelles, la SPHQ est restée cependant vigilante — et surtout critique — quant à son application dans les classes. Rapidement, des irritants majeurs sont apparus. Ainsi, la décision ministérielle d’imposer une approche chronologique en 3e secondaire suivie d’une approche thématique en 4e secondaire s’est avérée particulièrement difficile à vivre pour les enseignants et les élèves. En 3e secondaire, il faut, avec des élèves plus jeunes qu’auparavant, voir toute l’histoire du Québec en une seule année, y compris 0 des « Ailleurs » (histoire d’autres pays à titre comparatif). Cette conception ne permet pas d’approfondir la matière et la période contemporaine est souvent vue en rafale. Par ailleurs, l’approche thématique en 4e secondaire a un effet de redondance auprès des élèves, qui entraîne un désintérêt pour l’histoire. Toujours à l’écoute des enseignants, la SPHQ a dénoncé dès le début ces dérapages de la réforme de 2006.

    Où étaient alors les représentants de l’AQEUS ? Dirigée par des conseillers pédagogiques et autres tenants de la réforme à tout prix, l’AQEUS a laissé entendre que les enseignants ne compre­naient pas la réforme. Pourtant, c’est en toute bonne foi que ces mêmes enseignants, parfois fort expérimentés, ont tenté d’appliquer cette approche thématique. Finalement, conscient qu’il y a péril en la réforme, le MELS arrive en 2011 et propose une solution bancale appelée « la progression des apprentissages » qui consiste à partager les notions entre les deux niveaux pour tenter de minimiser la redondance. La belle affaire, il en résulte un appauvrissement des notions en 3e secondaire qui mine l’analyse historique de base pour comprendre une époque. Encore une fois, l’AQEUS a applaudi pendant des années sans écouter les enseignants qui n’étaient souvent pas dupes.

    Il est pour le moins curieux de voir aujourd’hui la présidente de l’AQEUS approuver la position de la SPHQ sur l’enseignement de l’histoire chronologique sur deux ans, alors que cette association nie depuis le début les problèmes que les enseignants dénoncent. Le dogmatisme pédagogique de cette association envers l’application du programme n’a pas permis une telle position. La SPHQ, à l’écoute des enseignants, a pour sa part rapidement dénoncé ce problème.

    Sur le plan de l’évaluation, il y a un même constat. L’évaluation de la compétence liée à la citoyenneté pose problème. La SPHQ soulève cet aspect mais, encore une fois, l’AQEUS prétend que les enseignants ne comprennent pas bien cette compétence. Pourtant, après de vaines tentatives, le MELS met fin à l’évaluation de cette compétence dans une épreuve unique de juin. De plus, depuis 2011, le MELS permet aux enseignants d’entrer un seul résultat par élève devant faire la synthèse des trois compétences.

    Question nationale

    L’AQEUS tente de détourner toutes ces questions par l’argument de l’instrumentalisation de l’histoire à des fins politiques. C’est insultant pour le professionnalisme des enseignants qui sont conscients que l’histoire est interprétation et qui abordent les différents points de vue dans leur enseignement. C’est d’ailleurs ce que la SPHQ défend comme position depuis des années. De plus, donner sa juste place à la question nationale dans un cours d’histoire nationale n’est pas une déviance menant à l’instrumentalisation, comme le dit Lise Proulx, ce n’est qu’un pas nécessaire vers une saine objectivité. Et cet objectif, à rechercher en enseignement de l’histoire, ne peut être atteint qu’en donnant une place appropriée à l’histoire politique, ce que le programme actuel ne fait pas assez. Il s’agit là d’un des principaux reproches qu’on lui fait depuis les premières tentatives d’avril et juin 2006 où le MELS a tenté de mettre sous le boisseau la question nationale et politique en enseignement de notre histoire. Depuis, ce programme a été rapiécé à quelques reprises, ce qui, entre autres, justifie qu’on le revoie en lui assurant une intelligibilité qu’il a trop peu actuellement.

    Oui, la question nationale et ses différents volets peuvent très bien servir de trame de fond à un cours d’histoire du Québec et du Canada, noms propres qui représentent aussi bien notre présent que notre histoire et que l’on devrait retrouver dans le titre du nouveau cours à scinder chronologiquement en 1840, à la fin de la troisième année du secondaire. De plus, notre longue expérience en enseignement de l’histoire nationale nous indique que les élèves aiment beaucoup qu’on traite à sa juste mesure de la question nationale. Cela permet de mieux comprendre nombre d’enjeux actuels par une couverture historique appropriée où les aspects politique, social, économique, culturel et parfois religieux sont couverts. Ce faisant, l’enseignant amène l’élève vers une objectivité essentielle à l’étude de l’histoire. Ne pas le faire suffisamment constitue de l’instrumentalisation. Et c’est ce que l’AQEUS cautionne depuis des années.

    Avant la sortie de son texte dans Le Devoir du samedi 30 novembre dernier, la journaliste Lisa-Marie Gervais aurait dû contacter aussi la SPHQ afin d’obtenir un tableau plus juste de la situation. Nous représentons beaucoup d’enseignants et aborder l’article ou sa manchette en laissant entendre que Lise Proulx s’exprime au nom de l’ensemble des enseignants d’histoire est une sérieuse entorse à la réalité.

    Le comité formé pour le renforcement de l’enseignement de l’histoire nationale au primaire et au secondaire, coprésidé par Jacques Beauchemin et Nadia Fahmy-Eid, consulte le milieu de l’éducation pour corriger et améliorer la situation. La SPHQ (membre de la Coalition pour l’histoire) est favorable à cette remise en question du programme. Enfin, force est de constater que, grâce à sa vigilance et à son esprit critique, la SPHQ a contribué à faire avancer le dossier pour un meilleur enseignement de l’histoire du Québec et du Canada.


    Raymond Bédard Enseignant et président de la SPHQ et Félix BouvierHistorien, didacticien et vice-président de la SPHQ












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