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    Doctorat - Les grandes bourses d’excellence ne garantissent pas la réussite

    9 novembre 2013 |Marie Lambert-Chan | Éducation
    Les mesures pour favoriser l’intégration à la recherche sont cependant difficiles à mettre en place, car elles sont fortement liées aux traditions de chaque discipline.
    Photo: UQO Les mesures pour favoriser l’intégration à la recherche sont cependant difficiles à mettre en place, car elles sont fortement liées aux traditions de chaque discipline.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    La statistique n’est que trop bien connue dans le monde universitaire : un étudiant au doctorat sur trois abandonne ses études avant d’obtenir son diplôme. « Des tonnes de raisons expliquent ce triste phénomène, à commencer par l’argent », affirme Vincent Larivière, professeur à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal, qui a découvert que le lien entre le financement et la réussite au doctorat est plus complexe qu’il n’y paraît.

     

    Dans une étude publiée dans La revue canadienne d’enseignement supérieur, Vincent Larivière démontre que les étudiants québécois inscrits au doctorat entre 2000 et 2007 qui détenaient une bourse d’excellence des organismes subventionnaires fédéraux ou provinciaux étaient plus susceptibles de terminer leurs études que leurs collègues qui n’en avaient pas.

     

    Logique ? Oui, à une exception près. « Le montant de la bourse n’influe pas sur la probabilité de décrocher le diplôme », déclare M. Larivière. Autrement dit, le taux de réussite demeure le même, qu’un étudiant reçoive une bourse Vanier d’une valeur de 50 000 $, renouvelable pendant trois ans, ou une bourse doctorale du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada de 21 000 $ par année, pour la même période.

     

    Malheureusement, le fédéral donne dans la surenchère de bourses, observe le professeur. « Une des façons les plus concrètes et les plus immédiates de mieux soutenir les étudiants au doctorat consiste à redistribuer ces fonds de manière plus égalitaire, plaide-t-il. Bien entendu, c’est un geste beaucoup moins spectaculaire que d’annoncer un petit nombre de superbourses offertes à la crème des étudiants. Mais, au moins, on assurerait la réussite d’un plus grand nombre de doctorants. Le gouvernement s’adonne plutôt à un mélange des genres imbuvable, où il remet une somme qui ressemble davantage à un prix et dont le montant - non imposable - est souvent supérieur au salaire de départ d’un professeur ! »

     

    L’intégration à la recherche

     

    On pourrait croire que l’argent est le nerf de la guerre. Or, M. Larivière a constaté que les futurs docteurs ayant publié au moins un article scientifique au cours de leurs études étaient plus susceptibles d’achever leur programme, qu’ils soient boursiers ou non. « Les étudiants qui ont signé entre un et cinq papiers et qui, pourtant, n’ont pas reçu de bourse sont même plus nombreux à obtenir leur diplôme », précise-t-il.

     

    Cela lui fait dire que l’intégration à la recherche aurait un impact peut-être plus important que celui des bourses d’excellence. « Un doctorant qui publie dans une revue scientifique ne le fait jamais seul, remarque M. Larivière. Cela signifie qu’il fait sans doute partie d’un laboratoire ou d’un centre de recherche, qu’il côtoie des professeurs et des étudiants qui partagent ses intérêts de recherche et qu’il assiste à des séminaires. De cette façon, il participe à une vie intellectuelle lui permettant de briser l’isolement qui caractérise les études doctorales. »

     

    Les mesures pour favoriser l’intégration à la recherche sont cependant difficiles à mettre en place, car elles sont fortement liées aux traditions de chaque discipline. « En sciences biomédicales, par exemple, les étudiants font leurs activités de recherche dans des laboratoires. Leur projet de thèse est souvent associé à d’autres études en cours. Ça se déroule dans un mode collaboratif. Du côté des humanités, les doctorants travaillent davantage en solo et ils ne sont pas systématiquement rattachés à un centre de recherche », illustre Vincent Larivière.

     

    Pas facile, le doctorat!

     

    Il propose la création de comités de thèse - comme cela se fait déjà dans son département - afin de pallier le manque d’interactions dont pourraient souffrir certains étudiants. « Ce groupe comprend trois ou quatre professeurs, dont le directeur de thèse du doctorant, et a pour objectif de fournir un meilleur encadrement, explique le chercheur. On sort ainsi de la dyade étudiant-directeur, où se créent des tensions à l’occasion. »

     

    Si des doctorants ont du mal à se voir attribuer le fameux titre de Philosophiae doctor, c’est aussi parce qu’ils n’ont peut-être pas les compétences nécessaires, laisse tomber Vincent Larivière. « On l’oublie trop souvent : faire un doctorat n’est pas facile. Ce n’est pas tout le monde qui a ce qu’il faut pour y parvenir. »

     

    « C’est malheureux, mais l’absence de barrières à l’entrée de plusieurs programmes de doctorat explique le taux élevé d’abandons », croit-il.

     

    Cette situation ne permet pas de soutenir adéquatement tout un chacun, ajoute-t-il. « Ce n’est pas tout d’accepter tout le monde. Encore faut-il, par respect pour ces étudiants, leur offrir certaines ressources financières, comme c’est le cas dans les universités finlandaises, où les conditions d’entrée sont sévères, mais les bourses, systématiques et généreuses. »


    Collboratrice

    Les mesures pour favoriser l’intégration à la recherche sont cependant difficiles à mettre en place, car elles sont fortement liées aux traditions de chaque discipline. Un étudiant au doctorat sur trois abandonne ses études avant d’obtenir son diplôme.












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