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    Didactique - «Il y a encore une révolution à faire»

    La diplomation en science est en nombre nettement insuffisant

    21 septembre 2013 |Claude Lafleur | Éducation
    ​Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le rapport Parent marque sans aucun doute d’immenses progrès pour la société québécoise, car il a fait en sorte que tous et chacun bénéficient d’une éducation de base. Pourtant, la formation professionnelle ou l’enseignement des sciences ne bénéficient toujours pas de l’engouement que connaissent les autres disciplines.

     

    « Dans l’esprit du rapport Parent, personne ne devait sortir de l’école sans avoir une formation professionnelle, qu’elle soit de niveau secondaire, collégial ou universitaire », rappelle Henri Boudreault, professeur de didactique à l’UQAM.

     

    « De ce point de vue, on peut dire que ç’a été un grand succès, puisqu’il n’y a à peu près plus personne au Québec qui échappe au système scolaire, enchaîne son collègue Patrice Potvin. C’est une belle réussite ! Toutefois, il y a encore une révolution à faire en ce qui a trait à un meilleur accès aux connaissances et au savoir. Il y a là encore beaucoup à faire. »

     

    Ce qui intéresse un didacticien comme M. Boudreault, c’est de rendre accessibles les apprentissages difficiles. « La didactique vise à faire en sorte que les élèves ne fassent pas plus d’efforts qu’il ne le faut, dit-il. Il s’agit de rendre l’apprentissage le plus économique possible en matière d’énergie et d’effort : comment donc favoriser le potentiel de chacun des étudiants ? »

     

    Selon ces deux chercheurs, on a cependant commis, sans le savoir, quelques erreurs d’importance dans l’application du rapport Parent et il est temps de corriger le tir. « Il faudrait peut-être un deuxième rapport Parent ! », lance en souriant M. Potvin.

     

    Dévalorisation, accidentelle, de la formation professionnelle

     

    C’est ainsi qu’Henri Boudreault, qui suit de près la formation professionnelle depuis quatre décennies, observe qu’on a commis l’erreur de jumeler celle-ci à la formation générale au secondaire. « Ce qu’on a fait à la suite du rapport Parent, ç’a été de regrouper sous un même toit la formation générale et la formation professionnelle au secondaire, en créant les polyvalentes. On pensait alors qu’on valoriserait cette dernière, ce qui n’a pas été le cas… bien au contraire ! »

     

    De fait, explique-t-il, lorsque les directions d’école éprouvent des difficultés avec certains élèves - dues à un manque de motivation, à des capacités limitées, etc. - elles ont tendance à les envoyer en formation professionnelle. « On a ainsi fait entrer le plus grand nombre possible d’élèves en formation professionnelle parce qu’on n’était pas capable de les placer ailleurs, ce qui a stigmatisé cette clientèle », déplore-t-il.

     

    Voilà qui a, du coup, dévalorisé la formation professionnelle. Or, fait remarquer M. Boudreault, la majorité des travailleurs au Québec ont une formation professionnelle de niveau secondaire. « On a besoin de plombiers, de mécaniciens, de carrossiers… compétents qui aiment leur métier et qui ne le font surtout pas en désespoir de cause, dit-il. On a donc tort de dévaloriser la formation professionnelle en y envoyant n’importe qui. »

     

    Pour cette raison, le didacticien préconise de faire en sorte que ceux et celles qui accèdent à une formation professionnelle possèdent les préalables. « Ce n’est pas une voie d’évacuation, dit-il, mais bien une sortie vers de bons emplois et professions. »

     

    Heureusement que, à partir du milieu des années 1980, on a entrepris de « sortir la formation professionnelle des polyvalentes » pour créer des écoles spécialisées, fait valoir M. Boudreault. Il reste maintenant à valoriser cette formation aux yeux de tous et chacun !

     

    La science: intéressant… mais pas à l’école!

     

    Pour sa part, Patrice Potvin suit de près l’intérêt que portent les élèves à la science et il observe de curieux paradoxes. « On constate une diminution de l’intérêt envers les sciences chez les jeunes au fur et à mesure qu’ils grandissent, dit-il. Ce désintérêt progresse régulièrement jusqu’à la fin du secondaire. » C’est dire que, comme tout parent l’observe aisément, bon nombre d’enfants s’intéressent naturellement aux sciences, ce qui n’est plus le cas à l’adolescence.

     

    Or ce qui étonne les chercheurs, c’est que, en réalité, les jeunes s’intéressent toujours autant à la science en général… mais de moins en moins à celle enseignée à l’école. « La science en général garde la cote, indique M. Potvin, mais pas ce qu’on enseigne à l’école ! »

     

    Pour expliquer ce curieux phénomène, le chercheur note que l’apprentissage des sciences à l’école est ardu, surtout lorsqu’on monte en grade. « Il faut être “ fait fort ” pour traverser les cours de science et technologie », résume-t-il en riant. De surcroît, tout prof de science se fait poser la question : qu’est-ce que ça donne d’étudier les sciences… à quoi ça sert ? !

     

    La conséquence de ce désintérêt pour les sciences est la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée dont on a tant besoin. « Dans la plupart des pays membres de l’OCDE, on a observé, ces 20 dernières années, une explosion des populations universitaires, mais un plafonnement en science », indique Patrice Potvin. Le nombre absolu de diplômés en science reste le même, alors que les autres disciplines universitaires ont doublé et parfois même triplé. Or les besoins en personnel hautement qualifié sont de plus en plus grands et on arrive difficilement à les combler.

     

    « Nous savons que, parmi les facteurs susceptibles d’intéresser les élèves, il y a la nécessité de contextualiser les notions de science qu’on enseigne, indique le didacticien. Cela peut vouloir dire qu’il s’agit de prendre un problème du quotidien des élèves et de chercher à le résoudre par les moyens de la science, ou de prendre des exemples qui sont dans la réalité et de les explorer avec une lunette scientifique. »

     

    Quant à l’intérêt, ou au manque d’intérêt, des jeunes pour les sciences au Québec, M. Potvin observe qu’« on est pas mal normal » ! On est peut-être même un peu mieux que certains autres États, puisque nous produisons un bon nombre absolu de diplômés, ajoute-t-il. « Voilà qui témoigne peut-être que nos professeurs font, malgré tout, du bon travail ! »

     


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