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    Collège Stanislas - Il y a 75 ans, un collège «laïque» et «français» s’implantait à Montréal

    L’établissement accueille aujourd’hui 2980 élèves affichant 67 nationalités différentes

    14 septembre 2013 |André Lavoie | Éducation
    Philippe Warin, un ancien élève de Stanislas, a été directeur adjoint pendant neuf ans avant de devenir le directeur général de l’établissement en 2011.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Philippe Warin, un ancien élève de Stanislas, a été directeur adjoint pendant neuf ans avant de devenir le directeur général de l’établissement en 2011.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Qu’ont en commun Jacques Parizeau, Anaïs Barbeau- Lavalette, Joseph Facal, Claude Poissant, Alain Dubuc, Charles Binamé, Jacques-Yvan Morin et… Valéry Giscard d’Estaing ? Ce sont tous des anciens du collège Stanislas de Montréal, un établissement d’enseignement fondé en 1938. Ses racines sont françaises, mais, depuis 75 ans, son âme est résolument québécoise.

     

    C’est un mélange de courage et d’insouciance qui animait les fondateurs de Stanislas à Montréal, eux qui ont rêvé de transplanter ici un collège d’esprit catholique et d’enseignement français dans la tradition du célèbre collège Stanislas de Paris.

     

    Celui-ci, fondé au début du XIXe siècle et dont le nom évoque le prénom de baptême du roi Louis XVIII, faisait l’envie de quelques esprits éclairés au Canada, dont le sénateur Raoul Dandurand, un avocat dynamique qui souhaitait ouvertement « créer une brèche dans le réseau, incroyablement puissant et uni, des collèges classiques du pays ».

     

    Ces paroles, rapportées par deux des premiers professeurs de la version québécoise de Stanislas, les Français, devenus plus tard québécois, Jeannette et Guy Boulizon (Stanislas : un journal à deux voix, 1938-1950, Flammarion, 1988), illustrent bien l’ampleur de la tâche dans une province où l’éducation n’était pas accessible à tous, dominée par le clergé, et où il était impensable que des femmes puissent enseigner aux niveaux supérieurs.

     

    Implantation

     

    En s’installant d’abord dans les locaux vétustes d’un immeuble qui appartenait à la compagnie de téléphone Bell (cédé pour un dollar) puis, en 1941, dans l’édifice qu’il occupe encore aujourd’hui, boulevard Dollard (eh oui !), dans l’arrondissement Outremont, le collège Stanislas de Montréal a entrepris une longue mais solide implantation dans le paysage scolaire québécois.

     

    Cet établissement, que Maurice Duplessis considérait de façon simpliste comme un repaire de « socialistes athées », était surtout guidé par un esprit d’exigence, porté par des valeurs humanistes et déterminé à reproduire la marque de commerce de son pendant français : « Faire la guerre à la facilité ».

     

    Cette bagarre amicale continue toujours et s’étend de la prématernelle au collégial. Le collège Stanislas offre aux élèves une éducation qui combine le meilleur des programmes des établissements français et québécois et leur permet ainsi d’accéder aux universités nord-américaines et européennes.

     

    Philippe Warin, directeur général de Stanislas depuis 2011, connaît bien cet établissement où il a oeuvré également comme directeur adjoint pendant neuf ans, étant lui-même « un ancien de Stan », comme ils se plaisent souvent à se nommer. Fier de diriger une école qui compte « 2530 élèves à Montréal, 450 à Québec [ouverte en 1989], de 67 nationalités différentes », cet ambassadeur de la philosophie d’ouverture et d’exigence de son établissement souligne sa double nationalité - il est né à Montréal de parents français - comme « un symbole de cette alliance qu’on retrouve à Stanislas ».

     

    Intégration

     

    Pour lui, la réussite de ce jumelage culturel et pédagogique est inscrite dans les gênes du collège. « Les fondateurs ne sont pas arrivés ici avec une attitude colonialiste, souligne Philippe Warin. Ils offraient de la nouveauté et des méthodes différentes, mais ils avaient un véritable esprit d’intégration. Ç’a été la clé du succès : un apport extérieur, mais avec l’intelligence de s’intégrer dans la vie du quartier, de la ville, de la société. Stanislas, ce n’était pas et ce n’est pas un ghetto, ni une bulle totalement à part. »

     

    Cette attitude d’ouverture, il la recherche également au sein de son personnel, un savant mélange de Québécois et de Français, parfois déstabilisés par la philosophie de Stanislas à leur arrivée. « Les Québécois sont un peu surpris par notre organisation ou notre système pédagogique propres au programme français. Quant aux collègues français expatriés, je leur dis toujours qu’ils tombent dans le plus beau piège de l’expatriation, débarquant chez le cousin québécois qu’ils croient connaître et s’y préparant moins bien que s’ils allaient en Australie ou en Afrique. Dans les deux cas, s’ils adoptent la bonne posture d’ouverture, ça va très bien et ça crée un bouquet de fleurs extraordinaire dans le panorama de l’éducation. Et ça rejoint parfaitement la mentalité des fondateurs. »

     

    Équilibre

     

    Cette approche est toujours bien vivante 75 ans plus tard, inscrite dans le thème qui chapeautera les festivités de cet anniversaire bien spécial débutant au mois d’octobre : « 75 ans d’équilibre ».

     

    Pour Philippe Warin, ce slogan « représente bien cet équilibre France-Québec, études-vie parascolaire, équilibre aussi entre les générations qui fréquentent le collège et qui y travaillent. Nous ne sommes pas dans une logique d’élitisme, mais dans celle consistant à développer les élèves au maximum de leur potentiel. Tant mieux si nous formons des leaders ou des agents de changements importants, mais quelqu’un qui souhaite exercer un métier traditionnel après ses études, c’est tout aussi noble. C’est d’abord et avant tout un équilibre humain, et pour la vie. »

     


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