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    Bilan noir pour le tableau blanc dans les écoles

    Une étude révèle de nombreux problèmes techniques et un manque de formation des enseignants

    22 août 2013 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Premier constat de l'étude: le TBI n’est pas utilisé à la hauteur de son potentiel. La plupart du temps, le tableau sert d’écran de télévision ou d’écran de projection.
    Photo: CP/SMART Technologies Inc. Premier constat de l'étude: le TBI n’est pas utilisé à la hauteur de son potentiel. La plupart du temps, le tableau sert d’écran de télévision ou d’écran de projection.
    Implanté massivement dans les écoles du Québec sous le gouvernement Charest, le tableau blanc interactif (TBI) est bien loin de livrer la marchandise. Les données préliminaires d’une étude de l’Université de Montréal brossent un portrait dévastateur de cette nouvelle technologie, a appris Le Devoir.

    Avec son équipe, Thierry Karsenti, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation, a interrogé 800 enseignants, mais aussi plus de 10 000 élèves du primaire et du secondaire de partout au Québec. Résultat : 86 % des enseignants ont trouvé des désavantages au tableau blanc interactif.

     

    Premier constat : le TBI n’est pas utilisé à la hauteur de son potentiel. La plupart du temps, le tableau sert d’écran de télévision ou d’écran de projection. « C’est triste », concède le chercheur, qui constate néanmoins que certains enseignants poussent plus l’exploitation de l’outil. « Mais ça reste un faible pourcentage. »

     

    Il voudrait voir davantage d’enseignants faire interagir les élèves avec le TBI, ce que réclament ces derniers, d’ailleurs. « Les élèves nous le disent, ce qu’ils aiment le plus, c’est d’être sollicités, d’aller manipuler le TBI », souligne M. Karsenti, faisant remarquer que le modèle du « cours magistral » est encore celui qui prédomine.

     

    Autre critique des élèves : le tableau blanc est bien trop petit, surtout dans les grandes classes des écoles secondaires. « Il y a des jeunes qui me disent qu’ils ont des télés bien plus grandes à la maison que le TBI dans la classe. Alors quel est l’intérêt pour eux ? », demande le chercheur, qui n’en est pas à sa première recherche dans le domaine des TIC. « Quand tu as une classe faite sur le long, l’étudiant tout en arrière ne voit rien de ce que l’enseignant écrit au tableau », fait-il remarquer, soulignant qu’un TBI standard fait 3 x 4 pieds.

     

    Manque de temps

     

    Certains enseignants reconnaissent le potentiel du TBI, notamment pour les mathématiques, révèlent les données du rapport de cette enquête costaude, qui paraîtra d’ici quelques semaines. « Les enseignants nous disent du TBI que c’est un bon support visuel et il y a des outils utiles, notamment en maths pour faire des droites », rapporte M. Karsenti. Mais ils soulignent aussi que ça demande beaucoup plus de préparation et qu’il y a moins de place à la spontanéité.

     

    Sans compter que la formation qu’ils reçoivent est souvent dérisoire. « C’est pas évident pour les enseignants, ils manquent de temps. Ils nous disent qu’ils ont une journée de formation et que le lendemain, ils se retrouvent devant une classe de 30 élèves », note le chercheur. Certains ont même confié avoir eu une formation sans même toucher au TBI, celui-ci étant arrivé en classe des mois plus tard.

     

    M. Karsenti croit qu’il est important que le ministère de l’Éducation et les commissions scolaires comprennent que les enseignants, qui ne sont d’emblée pas contre la technologie, doivent avoir du temps pour « apprivoiser » l’outil. Il cite l’exemple « visionnaire » de la commission scolaire Beauce-Etchemins, où les enseignants ont eu du temps et un accompagnement de qualité pour apprendre à utiliser le TBI. « On n’a pas simplement bloqué une journée de formation et ensuite planté l’enseignant devant une classe. » Une formation adéquate contribue aussi à diminuer les inquiétudes, constate M. Karsenti, à qui les enseignants ont confié être très « stressés ».

     

    Problèmes techniques

     

    Problèmes de calibration et d’installation électrique… De nombreux soucis techniques ont aussi été relevés tant par les enseignants que les élèves. Sans soutien, il est difficile d’y remédier. « Dans les 800 enseignants interrogés, plusieurs nous ont dit que beaucoup d’heures avaient été perdues parce que le tableau blanc était en panne ou que le fusible avait sauté. Les techniciens semblaient submergés par ça », a indiqué M. Karsenti.

     

    Le chercheur, qui a aussi mené une étude similaire sur le iPad, conclut que la tablette est de loin la plus intéressante pour enseigner, et est moins problématique. « Le seul problème technique du iPad, c’était que certains élèves oubliaient de le recharger la veille. » Une école privée de Montréal se serait même départie de ses TBI, en les vendant au réseau public, pour racheter des tablettes à ses élèves.

     

    Et comme si ce n’était pas assez, le tableau blanc en soi, comme technologie numérique, serait dépassé. « Disons que les outils du TBI ne sont pas au goût du jour », reconnaît M. Karsenti, citant l’exemple de Notebook, le traitement de texte fourni par défaut, qu’il compare à la version de PowerPoint d’il y a dix ans. Selon lui, il existe de bien meilleures applications pour présenter des graphiques et des diaporamas, et certains enseignants lui ont avoué mettre de côté le TBI et se servir de leur ordinateur portable pour faire une présentation.

     

    Le tableau blanc ne bénéficie pas non plus d’une grande crédibilité auprès des jeunes. « Un élève nous a fait le commentaire que pour lui, c’était un outil de l’ancien temps, raconte M. Karsenti. C’est bien mieux que le tableau vert, mais il y a place à l’amélioration. »

     

    C’est en février 2011 que le gouvernement de Jean Charest a lancé son programme de 240 millions sur cinq ans pour doter toutes les écoles du Québec de TBI, programme qui a été mis sur la glace en novembre dernier par le nouveau gouvernement péquiste. M. Charest avait été mis dans l’eau chaude lorsque les médias avaient révélé qu’un ancien membre de son cabinet était lobbyiste pour l’entreprise Smart Technologies, qui a fourni la quasi-totalité des TBI des écoles québécoises.

     
     
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