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    Universités - «On a besoin du soutien de l’industrie»

    Québec n’est pas en mesure d’atteindre les objectifs fixés en recherche

    17 août 2013 |Marie Lambert-Chan | Éducation
    À l’heure actuelle, 2,4 % du PIB du Québec est investi dans la recherche, ce qui représente le plus bas ratio depuis 10 ans.
    Photo: Annik MH De Carufel - Le Devoir À l’heure actuelle, 2,4 % du PIB du Québec est investi dans la recherche, ce qui représente le plus bas ratio depuis 10 ans.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    La dernière année a été difficile pour la recherche universitaire, reconnaît le scientifique en chef du Québec Rémi Quirion, qui, malgré tout, a foi en l’avenir.

     

    Les chercheurs universitaires ne l’ont pas eu facile. Le budget fédéral 2013 n’a prévu aucun financement supplémentaire pour la recherche fondamentale, préférant encourager la recherche industrielle. Le financement des trois conseils subventionnaires stagne toujours. Côté provincial, le nouveau gouvernement a d’abord annoncé des coupes de 63 millions dans le domaine de la recherche et de l’innovation, puis, devant le tollé, a changé d’avis en y injectant 26,5 millions.

     

    Malgré tout, le scientifique en chef du Québec Rémi Quirion se dit optimiste. « Je considère la dernière année comme une période de transition, précise-t-il. La première ministre a mentionné à plusieurs reprises l’importance qu’elle accordait à la recherche et à l’innovation. Oui, on s’est retrouvés soudainement avec un manque à gagner et ç’a été un peu la panique. On ne peut répéter cela pendant les deux ou trois prochaines années, au risque de perdre de nombreux acquis. On espère donc que ce qui est arrivé nous permettra de mieux sauter. »

     

    Le Québec met autant, sinon plus, d’argent dans le secteur de la recherche et du développement expérimental que la moyenne des pays de l’OCDE. En revanche, les budgets alloués aux Fonds de recherche du Québec n’ont guère augmenté depuis dix ans. « Si on veut rester compétitif, il faut changer cela, un peu à la manière du gouvernement fédéral qui a doublé le financement des conseils subventionnaires au début des années 2000 », estime M. Quirion.

     

    Lui aussi aimerait voir se multiplier par deux les budgets des Fonds de recherche. Il en parle depuis son arrivée en poste, en septembre 2011. Pour y arriver, il mise beaucoup sur la Politique nationale de la recherche et de l’innovation (PNRI) dont les détails seront annoncés en septembre. Cette augmentation s’étalerait sur cinq ans, prévoit celui qui conseille le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie en matière de développement de la recherche et de la science.

     

    Faire place à l’industrie

     

    Même si le scientifique en chef parvient à amasser ces sommes, le Québec ne sera pas en mesure d’atteindre l’objectif fixé par la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation élaborée par l’ancien gouvernement libéral : investir l’équivalent de 3 % du produit intérieur brut en dépenses de recherche et développement. À l’heure actuelle, ce ratio est de 2,4 %, le plus bas des dix dernières années. « Si les Fonds obtiennent deux fois plus d’argent, on passera de 2,4 à 2,5 % du PIB, observe-t-il. Pour arriver à 3 %, on a besoin du soutien de l’industrie. »

     

    Le privé. Le mot effraie bien des universitaires qui y voient là une entrave à la liberté de recherche. Rémi Quirion est plutôt pragmatique : « Il ne faut pas être plus catholique que le pape,lance-t-il. Au cours de ma carrière, j’ai vu plein de contrats entre des chercheurs et les Pfizer de ce monde. Tout est négocié par l’université. Rien n’est fait en cachette. J’y ai rarement vu des problèmes. »

     

    Et, ajoute-t-il, les pays qui consacrent beaucoup d’argent à la recherche et au développement, comme la Corée du Sud, la Suisse et la Suède, ne peuvent se passer de l’apport de l’industrie. La contribution gouvernementale à ce secteur n’y dépasse jamais 30 à 35 %, selon M. Quirion. « Le problème, poursuit-il, c’est qu’au Canada, il y a peu de grands donneurs d’ordres comme Bombardier. La plupart des grandes firmes installées au pays préfèrent faire leur recherche au sein de leur maison mère qui est à l’étranger. »

     

    La solution ? Persuader les PME d’y mettre du leur. « Les PME considèrent souvent la recherche comme longue, lourde et coûteuse, reconnaît-il. On doit trouver une façon de créer des liens avec elles. On pourrait envoyer davantage d’étudiants ou de jeunes chercheurs faire des stages dans ces entreprises. Ainsi, les entrepreneurs comprendraient mieux la recherche et les étudiants la réalité du terrain. Plusieurs universités le font déjà. »

     

    La recherche, un choix de société

     

    Le scientifique en chef participe actuellement à la phase finale de rédaction de la PNRI. « Je pense que nous aurons une politique qui plaira à la fois aux universités, aux cégeps et à l’industrie », croit-il.

     

    Ne reste qu’à présenter cette proposition aux acteurs clés : les recteurs, les industriels, les ministres, les sous-ministres… et le Conseil du trésor. « Une politique sans argent, ce n’est pas intéressant. Bien sûr, il y a le déficit zéro. Mais on doit convaincre les gens que ça vaut la peine. Une économie du savoir ne peut se bâtir sans un investissement important dans la recherche et l’innovation. La France a récemment fait ce choix malgré une situation budgétaire bien plus compliquée que la nôtre. »

     

    Rémi Quirion souhaite que la PNRI permette à la province « de se donner les moyens de ses ambitions ». « Si ça reste des paroles, ce sera un échec », croit-il. Il demeure toutefois réaliste : tout cela reste à la merci des changements de garde politiques. À peine deux ans après le début de son mandat, il a connu deux gouvernements. « Ç’a été mon plus grand défi, remarque-t-il. Et qui sait, je peux encore changer de patron… »

     
     
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