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    Mission: sauver l’inuktitut

    Des Inuits luttent pour éviter la disparition de leur langue

    8 juillet 2013 |La Presse canadienne | Éducation
    Enfants inuits du village Kangiqsujuaq, au Nunavik
    Photo: Joëlle Tougas Enfants inuits du village Kangiqsujuaq, au Nunavik
    L’inuktitut a longtemps été considéré comme l’une des langues autochtones canadiennes qui se portent le mieux, mais un récent rapport laisse penser que son avenir n’est pas si radieux au Québec.

    Une organisation communautaire du Nunavik, un territoire qui comprend le tiers nord de la province, veut mettre l’accent sur les contes traditionnels, le théâtre et les ateliers culturels pour raviver cette langue inuite. « Les jeunes générations ont perdu le contact avec leur véritable identité, alors nous tentons de trouver des moyens de multiplier les interactions et les contacts entre l’ancienne génération et les jeunes », explique Zebedee Nungak, directeur du département de langue inuktitut à l’Institut culturel Avataq du Nunavik, qui a réalisé le rapport.


    Le rapport est le résultat d’un projet de trois ans et demi mené par une petite équipe de chercheurs qui a rendu visite à chaque communauté du Nunavik, une région qui ne compte que 12 000 habitants.


    Pression étrangère


    Les chercheurs ont noté un déclin de la qualité de l’inuktitut au Nunavik, notamment une mauvaise grammaire, un faible vocabulaire et un mélange entre l’inuktitut et l’anglais.


    Le rapport attribue ce déclin de la langue à la prédominance de plus de 300 chaînes télévisées par satellite en anglais et en français, de même qu’au manque d’activités culturelles en inuktitut. « La qualité et l’usage de l’inuktitut subissent une grande variété de pressions, qui menacent sa vitalité et son existence », affirme le rapport, un document de 250 pages rédigé en français, en anglais et en inuktitut.


    Les chercheurs ont interviewé des adultes et des élèves, organisés des ateliers et collecté des données pour savoir comment et quand l’inuktitut est utilisé à la maison et dans les lieux de travail.


    De façon générale, l’inuktitut est considéré comme l’une des langues autochtones ayant une bonne chance de survie. Sur les 60 langues rapportées dans le recensement de 2011, l’inuktitut est l’une des trois langues considérées comme assez fortes pour éviter l’extinction, avec le cri et l’ojibwé.


    Il y a environ 34 000 locuteurs de l’inuktitut, la plupart vivant au Nunavut et dans le nord du Québec. Environ les deux tiers des Inuits peuvent parler cette langue, et la moitié la parlent à la maison.


    Les chercheurs offrent une série de recommandations, dont la plupart se concentrent sur les jeunes et les activités culturelles. Ils suggèrent de renforcer l’utilisation de l’inuktitut dans les arts créatifs, notamment les contes traditionnels et le théâtre. Les auteurs du rapport souhaitent également la mise sur pied de nouveaux centres culturels inuits et une meilleure accessibilité des cours de langue inuktitut.


    M. Nungak aimerait aussi organiser des « ateliers de terminologie » inuktitut pour moderniser la langue, afin que les Inuits puissent se référer plus facilement aux technologies d’aujourd’hui.


    Partisans et opposants


    Mais la promotion de l’inuktitut n’a pas que des partisans. Certains estiment que le fait de mettre l’accent sur cette langue désavantagera les étudiants quand ils devront apprendre l’anglais et le français, et se trouver un emploi.


    Les recherches Donald Taylor, un professeur de l’Université McGill spécialisé dans les langues autochtones, montrent le contraire. Il estime qu’en consacrant plus de temps à l’apprentissage de l’inuktitut, les Inuits augmentent à long terme leur capacité d’apprentissage d’une langue seconde. « Je suis 100 % convaincu que plus on enseigne en inuktitut, mieux c’est », dit-il. « Cela ne signifie aucunement la perte de l’anglais ou du français. »


    Le gouvernement fédéral semble partager son avis. Dans sa stratégie nationale de 2011 sur l’éducation des Inuits, il estime que pour atteindre l’objectif de diplomation de 25 % des enfants, la clé est de leur offrir un enseignement dans leur langue maternelle, de même qu’en anglais ou en français.


    Zebedee Nungak estime qu’il reste encore beaucoup de travail. « Si nous ne faisons pas des choses extraordinaires pour nous assurer que [les Inuits] sont conscients de leur propre héritage et qu’ils sont capables de bien parler leur langue, nous allons devoir dire au revoir à notre langue et à notre histoire. »

     
     
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