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    Formation aux adultes - Un droit pour les travailleurs… une nécessité pour le Québec

    30 mai 2013 |Claude Lafleur | Éducation
    « Lorsqu’on réussit à motiver des jeunes pour les ramener à l’école, on les met dans des contextes tellement décourageants qu’on en fait souvent des redécrocheurs ! », constate Josée Scalabrini.
    Photo: Source FSE « Lorsqu’on réussit à motiver des jeunes pour les ramener à l’école, on les met dans des contextes tellement décourageants qu’on en fait souvent des redécrocheurs ! », constate Josée Scalabrini.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le 24 heures pour un Québec apprenant sera l’occasion de faire valoir que la formation aux adultes est un droit pour tout le monde et une nécessité pour l’avenir du Québec. « Je pense que le 24 heures donnera lieu à une première, estime Josée Scalabrini, vice-présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, puisque pour une fois, plusieurs organisations qui travaillent à la formation des adultes se rassembleront pour passer un message au ministère. Je pense que celui-ci devrait être à l’écoute de ce qui sortira de cette rencontre. »


    De façon générale, un premier écueil, majeur, dans la formation des adultes réside dans l’absence d’aide pédagogique. « Une bonne partie de nos étudiants, rappelle Josée Scalabrini, lorsqu’ils étaient au secondaire, étaient des jeunes à qui on prodiguait des services complémentaires : orthophonie, orthopédagogie, psychologie, travail social, etc. Toutefois, lorsqu’ils arrivent à l’éducation des adultes, c’est comme si ces problèmes avaient disparu ! Mais c’est faux, puisque ce n’est pas parce qu’on est plus vieux que le problème d’apprentissage n’est plus là ! »


    Et il faut aussi tenir compte, comme le rapporte Christian Blanchette, président de l’Association canadienne de l’éducation des adultes des universités de langue française (ACDEAULF), du rôle méconnu que jouent les universités dans la formation aux adultes. « On ne le sait pas, mais près de 50 % de notre clientèle est constituée d’adultes qui viennent chercher chez nous des connaissances ou améliorer leurs compétences », dit-il.


    Pour sa part, Jean Beauchesne, président et directeur général de la Fédération des cégeps, constate que le marché du travail a besoin de bien davantage de diplômés sortant des cégeps. « Pourtant, dit-il, chaque année, il y a de sept à huit mille adultes qui sont sur des listes d’attente pour de la formation, alors que le marché du travail en a tant besoin ! »


    Et Caroline Senneville, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec, dénonce le manque de places offertes.


    Pour eux, l’éducation aux adultes est un droit auquel devraient avoir accès tous ceux et celles qui le demandent. De la sorte, notre société s’en porterait beaucoup mieux.

     

    Des outils qui n’existent nulle part ailleurs


    « On ne peut pas concevoir le Québec d’aujourd’hui ni celui de demain sans penser à l’actualisation des connaissances et des compétences des travailleurs, déclare Christian Blanchette, qui est également le doyen de la Faculté d’éducation permanente à l’Université de Montréal. Or, celles-ci relèvent souvent du domaine universitaire. »


    Il souligne en fait que la formation aux adultes est une activité méconnue des universités. En effet, les 25 ans et plus constituent 45 % de la clientèle universitaire. Il s’agit de professionnels qui poursuivent de la formation continue ou d’adultes qui suivent une formation conçue pour répondre à leurs besoins.


    M. Blanchette fait aussi valoir « la contribution unique au monde » des universités québécoises : « Nous offrons trois grands outils qui sont presque absents ailleurs dans le monde. » Il s’agit des certificats universitaires de 10 crédits (l’équivalent d’une année universitaire), de la possibilité de combiner trois de ces certificats pour constituer un baccalauréat, et du diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS), un certificat de deuxième cycle qui vise l’actualisation des compétences professionnelles plutôt que la recherche.


    « Ces trois outils sont uniques au monde et on commence à être copiés par les pays scandinaves, lance fièrement le doyen. C’est dire qu’un adulte qui a besoin de s’actualiser, d’enrichir ses connaissances et ses compétences trouvera à l’université ce dont il a besoin. Par comparaison, si vous êtes en Ontario, vous devrez suivre un bac de quatre ans le soir, ce qui vous demandera 12 ans ! », ajoute-t-il en riant.

     

    Le droit à la formation au collégial


    Pour sa part, Jean Beauchesne observe que le niveau collégial ne produit pas suffisamment de diplômés pour répondre aux besoins du marché du travail. « Même si on voulait faire tous les efforts possibles, les besoins du marché du travail sont nettement plus grands que le nombre de diplômées qui sortent des cégeps, avance-t-il. Un emploi sur trois, dans les postes vacants au cours des six prochaines années, sera de niveau collégial. »


    À ses yeux, les adultes ont le droit de poursuivre leur formation tout au long de leur vie. Or, dans les faits, les cégeps disposent de budgets qui limitent grandement ce droit.


    En moyenne, dit-il, un collège dispose d’une enveloppe de 300 000 à 400 000 $ par année pour l’éducation aux adultes. « Une fois que c’est alloué, on ferme les livres et on dit aux gens que ce sera pour l’année prochaine ! dit-il avec une pointe de frustration. Mais on ne peut pas se permettre cela, pas dans le contexte actuel ! » La Fédération des cégeps estime ainsi que, chaque année, de 7000 à 8000 adultes se retrouvent sur des listes d’attente.


    Caroline Senneville, qui préside le syndicat qui représente la grande majorité des professeurs de cégep et des chargés de cours universitaires, confirme qu’« année après année, des milliers de personnes voudraient suivre une formation au cégep, mais elles ne le peuvent pas. Pour nous, cela frise le scandale ! »


    « Déjà que le Québec n’est pas le champion en matière de formation continue au Canada, poursuit-elle, alors même que le Canada ne l’est pas au sein de l’OCDE… Nous nous devons donc de valoriser la formation aux adultes et de faire en sorte qu’il y ait davantage d’adultes qui suivent un parcours de formation. »


    Elle est même persuadée que du moment où, dans la société en général, on valorisera la formation continue, « cela aura un effet sur les taux de décrochage scolaire, sur les gens qui décident de continuer d’aller à l’école et sur ceux qui vont un jour vouloir retourner à l’école, lorsque le besoin s’en fera sentir… Il nous paraît donc très, très important de valoriser l’éducation aux adultes ! », insiste-t-elle. Mais attention : « Lorsqu’on réussit à motiver des jeunes pour les ramener à l’école, on les met dans des contextes tellement décourageants qu’on en fait souvent des redécrocheurs ! », constate Mme Scalabrini, dont la Fédération regroupe 35 syndicats d’enseignantes et d’enseignants de commissions scolaires francophones du Québec.


    Malgré tout, Jean Beauchesne exprime pourtant l’espoir qu’à la suite du 24 heures pour un Québec apprenant, la situation s’améliore. « Nous sentons déjà une écoute de la part du ministre et de la sous-ministre comme on n’en a pas eu depuis longtemps, dit-il. Nous avons donc assez bon espoir que l’on trouvera ensemble des solutions. »


    Il souhaite enfin une concertation dans le milieu de la formation aux adultes. « Nous avons intérêt - les commissions scolaires, les cégeps et les universités - à collaborer afin d’éviter les dédoublements. Il faut faire en sorte qu’on puisse mieux se concerter pour offrir le meilleur service possible aux adultes. »


     

    Collaborateur













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