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    Libre opinion - De l’inutilité des lettres

    15 mai 2013 | Jean-François Bouchard - Président de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) | Éducation

    En ces temps où l’économisme ambiant conditionne les discours dominants et imprègne la culture du quotidien, il est de bon ton de regarder de haut l’activité littéraire, quand ce n’est pas de la mépriser tout simplement. En compagnie des sociologues, les littéraires sont aux derniers rangs des utiles à la prospérité collective. À quoi servent les écrivains, les étudiants en lettres, les professeurs de littérature, les historiens du patrimoine écrit... ? À rien, point à la ligne ! Car le combat est toujours perdu d’avance dans une perspective utilitariste et instrumentalisée. Les littéraires et autres apparentés sont suspectés d’avoir « fait cela » parce qu’incapables de mieux. Ils auraient bien aimé médecine, génie ou comptabilité. Hélas, ils ont été obligés de se rabattre sur le dernier recours des indigents de la connaissance oiseuse. Il faudra compter sur d’autres (les meilleurs, c’est évident) pour assurer la croissance économique et mener la saine gestion de la collectivité. Dans la colonne des créditeurs : les pragmatiques ; dans la colonne des débiteurs : les rêveurs. La fourmi et la cigale.


    La semaine dernière, le ministre de l’Enseignement supérieur donnait son approbation à un programme de niveau collégial dont le changement de nom n’est pas neutre : autrefois « arts et lettres », il devient « culture et communication », l’étude de la littérature glissant en mode optionnel plutôt qu’en passage obligé. Ah, la communication ! En voilà, une chose utile. Et puis, comme tout le monde le sait, nul besoin d’être lettré pour bien communiquer. La qualité remarquable des innombrables communiqués de toutes sortes en fait foi. Et que dire de ces chefs-d’oeuvre de propos tenus par les porte-parole d’entreprises, d’organismes et d’élus. Nous nageons en pleine richesse de métaphores et de mots justes. Alors, à quoi bon faire perdre du temps précieux aux jeunes qui pourront désormais se consacrer à des apprentissages plus… utiles ?


    C’est là tout le problème : la société québécoise n’a jamais vraiment cru en la nécessité de la culture de l’écrit et de la lecture. Autrefois, c’était l’affaire des élites qui méprisaient le petit peuple (et réciproquement). Aujourd’hui, ça ne sert à rien pour se bâtir une vie confortable. Pour la plupart de nos contemporains, la littérature n’est pas opératoire dans leur plan de carrière. Tout au plus, un divertissement occasionnel. Alors, n’allons pas évoquer le développement de la pensée personnelle, de l’esprit critique (un concept subversif), de l’identité individuelle et collective, de l’imagination, du vocabulaire pour argumenter et s’affirmer… Du bavardage ! On n’a jamais fait le plein de RÉER avec des mots. Tout cela, ce n’est que de la littérature.


    Dans un texte fort publié sur son blogue au sujet de l’oeuvre de Vickie Gendreau, Sébastien La Rocque (maincornue.blogspot.ca) écrit : « L’univers entier vient à tenir au creux du Livre. La vie est là. Elle reste belle. » Mais bon, je m’égare et je m’attendris. La vie, c’est utile à quoi, au juste ?

     
     
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