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    Plaidoyer en faveur de l’enseignement des langues anciennes

    11 mai 2013 |Pauline Gravel | Éducation
    À Montréal, on enseigne encore le latin dans trois collèges privés: les collèges Stanislas, Marie de France et Brébeuf (notre photo).
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir À Montréal, on enseigne encore le latin dans trois collèges privés: les collèges Stanislas, Marie de France et Brébeuf (notre photo).
    Lire aussi: Des fossiles vivants ? L'enseignement des Études anciennes au IIIe millénaire, par Thierry Petit, professeur titulaire à l'Université Laval

    Québec — Des professeurs-chercheurs de l’Université Laval plaident pour le retour de l’enseignement du grec et du latin dans les écoles secondaires du Québec. Et leurs arguments sont nombreux pour nous convaincre que les études anciennes sont plus que jamais pertinentes en ce XXIe siècle.


    À Québec, seuls les élèves du Collège français Stanislas ont la possibilité d’étudier le latin. À Montréal, on l’enseigne encore dans trois collèges privés : les collèges Stanislas, Marie de France et Brébeuf.


    En Europe, les études anciennes ne sont pas aussi négligées qu’ici, mais elles sont néanmoins en baisse dans les collèges et les lycées. En France, le latin est encore enseigné dans tous les collèges, y compris dans ceux des banlieues des grandes villes. « Il y a une certaine désaffection au profit des mêmes matières qu’ici, mais il n’y a pas eu la cassure du rapport Parent, qui a empêché la continuité », précise Alban Baudou, professeur de langue et littérature latines de l’Université Laval.


    L’esprit anticlérical


    Selon Thierry Petit, professeur au Département d’histoire de l’Université Laval, l’esprit antiélitiste et anticlérical qui a animé la société québécoise à la suite de la Révolution tranquille a bien sûr contribué à cette disparition. Mais la vague de néolibéralisme, « qui sévit dans le domaine des études secondaires et qui atteint maintenant le monde universitaire », n’a rien fait pour y remédier. « Les temps sont désormais à l’utilitaire et à la rentabilité. Leurs adeptes entendent faire des jeunes générations des outils productifs efficaces, dans une société où l’économie a pris le pas sur toute autre considération. Au nom de ce nouveau Moloch, les disciplines non directement rentables sont vouées à disparaître », a-t-il déclaré dans l’allocution qu’il donnait dans le cadre du congrès de l’Acfas. M. Petit a aussi souligné les effets pervers de la nouvelle pédagogie axée avant tout sur le « vécu » des enfants et qui prône l’élimination des matières désuètes. « L’algèbre et la trigonométrie sont donc en ce sens inutiles dans le vécu de l’élève. À ce titre, elles devraient donc être retranchées du programme de secondaire pour les élèves qui ne se destinent pas à la physique, à l’économie ou aux sciences appliquées. En revanche, à un locuteur francophone (mais aussi italophone, hispanophone, anglophone, etc.), le latin sert tous les jours. S’il faut supprimer l’une des deux matières de l’enseignement secondaire, au nom du savoir utile, c’est donc non le latin, mais les mathématiques qui devraient être éliminées », a-t-il lancé.


    Anne-France Morand, professeure de langue et de littérature grecques à l’Université Laval, déplore que l’enseignement des langues anciennes ait été éliminé au profit souvent de branches plus spécialisées, comme la psychologie, la sociologie, le droit, « toutes des matières très intéressantes, mais qui seront abordées plus tard à l’université ». Selon Mme Morand, l’apprentissage du latin et du grec au secondaire est très utile, notamment pour les étudiants qui entreprennent une formation en médecine et en sciences. « Cet apprentissage forme l’esprit. Il aide non seulement à mieux parler et écrire le français, mais aussi à apprendre les autres langues. Il est excellent pour la compréhension de la grammaire, ce qui n’est pas rien, car la grammaire est une logique qui se transpose d’une langue à l’autre », fait-elle valoir.


    Selon Alban Baudou, l’intérêt d’apprendre la langue latine ne se limite pas au seul aspect linguistique. « Cet apprentissage est aussi une porte ouverte sur l’histoire et la culture antique, précise-t-il. L’étude de l’Antiquité nous donne de multiples occasions d’aborder les valeurs propres au civisme. […] En enseignant les différents modes de pensée politique, philosophique, religieuse de cette période, ainsi que les divers événements historiques, les cadres archéologiques et les différentes expressions littéraires qui supportent cette pensée, on évoque nécessairement des sujets qui touchent le politique, le religieux, le social, le commerce », fait-il remarquer.

     

    Débouchés


    Or, contrairement à ce que plusieurs croient, cette formation humaniste est fort prisée sur le marché du travail. « Nos étudiants finissent par trouver des débouchés. Pas forcément dans l’enseignement du grec, mais ce sont des gens qui ont une certaine ampleur et qui sont assez polyvalents. Ils savent s’exprimer et écrire, autant de qualités qui sont reconnues dans le milieu du travail », affirme Mme Morand.


    « Il arrive aussi qu’ils obtiennent un autre diplôme dans un domaine, comme le droit, par exemple. Or, les jeunes avocats qui ont une formation en études anciennes seront souvent préférés à ceux qui n’en ont pas, et ce, à compétences égales en droit. Aujourd’hui, de nombreuses entreprises à travers le monde se rendent compte que les individus qui n’ont reçu qu’une formation spécialisée et technique en finances sont moins compétents que ceux qui ont eu une formation humaniste, y compris aux postes qui, normalement, leur seraient dévolus », ajoute Alban Baudou.


    Dans l’assemblée, une ancienne diplômée de l’Université Laval en grec ancien et en latin a témoigné des atouts que sa formation lui a apportés dans sa vie professionnelle. « J’utilise tous les jours les concepts que j’ai acquis durant mes études de grec ancien et de latin. Ces concepts nous confèrent une compréhension du monde et une absence de certitude qui nous aident à réfléchir, à délibérer, et qui procurent une rhétorique qui est essentielle pour faire valoir ses idées », a souligné Geneviève Issalys, qui a enseigné le latin au secondaire avant de devenir consultante en éthique professionnelle dans les domaines éducatif et social.


    « Si le combat [pour l’enseignement des langues anciennes] nous apparaît perdu au secondaire, il n’est sûrement pas perdu à l’université ! », lance Mme Morand. En effet, au niveau universitaire, les programmes en études anciennes sont étonnamment populaires. Les professeurs perçoivent même un regain d’intérêt. « La majorité des étudiants qui s’inscrivent aux cours d’initiation au latin et au grec proviennent de disciplines très diverses », indique M. Baudou. Même s’ils sont souvent considérés comme de vieux fossiles, les professeurs d’études anciennes de l’Université Laval sont assurément des fossiles bien vivants !

     
     
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