Québec refuse de convertir les prêts en bourses
En clair, les quatre organisations étudiantes présentes au chantier devaient décider ce qu’elles feraient avec un montant de 25 millions récurrent sur au moins six ans qu’on a mis à leur disposition, assistées de deux fonctionnaires qui les aidaient dans leurs scénarios. Au fil de rencontres en mars et avril sous la présidence de l’ex-président de la FEUQ et doctorant en économie Pier-André Bouchard St-Amant, les deux fédérations étudiantes collégiale et universitaire, la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ) et la Fédération des associations étudiantes universitaires québécoises en éducation permanente (FAEUQEP) sont rapidement arrivées à un consensus sur leurs priorités et ont soumis deux propositions au ministre.
La première - et la plus importante pour eux - recommandait, en plus d’augmenter les dépenses auxquelles a droit un étudiant dans le calcul de son aide financière (dépenses admises), de convertir en bourses les prêts consentis par les libéraux pour compenser la hausse des droits de 2007 à 2012. Les étudiants ont toujours déploré que ces prêts ne fassent qu’augmenter l’endettement et le Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études avait également sonné l’alarme.
Mais cette mesure n’a pas été retenue par le ministère sous prétexte qu’elle ne touchait pas le plus grand nombre, mais aussi parce qu’elle risquait de favoriser les mieux nantis. « Il y a des étudiants qui allaient se retrouver avec une bourse et qui avaient des moyens, qui n’en avaient pas besoin », a dit Antoine Genest-Grégoire, le président de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ). D’autres sources ont confié au Devoir que cette première proposition, qui aurait converti 570 $ en bourse par étudiant, a été jugée trop chère et complexe.
Selon Robert Martin, vice-président de la FAEUQEP, le gouvernement souhaitait être conséquent avec l’indexation qu’il a choisi d’imposer. « Le gouvernement ne voulait pas qu’on fasse d’une main ce qu’il ne voulait pas faire de l’autre. Autrement dit, ça aurait pu être considéré comme une diminution de la hausse des droits de scolarité, a soutenu M. Martin. […] Le cabinet disait que de nouveaux droits de scolarité avaient été fixés et qu’il ne faut pas qu’aucune proposition ne vienne modifier ça. » Selon lui, les partenaires de la table ont alors mis « de l’eau dans leur vin » et accepté que la deuxième proposition soit plus réaliste pour le gouvernement.
Un plan B « gagnant »
Ce deuxième scénario est tout aussi « gagnant » pour les étudiants qui en « auront plus dans leurs poches », souligne pour sa part la présidente de la Fédération étudiante collégiale (FECQ), Éliane Laberge. « Là, on touche notre objectif, qui est de diminuer le poids qu’il a sur ses épaules chaque mois, pour qu’il soit capable d’arriver à la fin du mois », dit-elle en ajoutant qu’il touchera aussi les étudiants au cégep. Financée par le montant annuel de 25 millions, cette mesure consiste à augmenter le montant des dépenses (nourriture, logement, matériel scolaire) que peuvent soumettre les étudiants lorsque vient le temps de calculer le montant de prêts ou de bourses auquel ils ont droit. Elle toucherait environ 145 000 étudiants.
Mais d’autres mesures seront financées à même ces 25 millions, notamment le retour d’une allocation, qui avait été abolie, qui vise à alléger le fardeau financier des étudiants en région. Cette somme servira aussi à mener une vaste enquête, notamment sur les caractéristiques socio-économiques et les besoins des étudiants à temps partiel ou qui connaissent un parcours discontinu.
Robert Martin se dit satisfait de ces gains et de la conclusion finale du chantier. « C’est sûr que ça fait toujours un petit peu mal de se faire dire que la proposition qu’on privilégie ne reçoit pas l’assentiment du cabinet, admet-il. Mais il ne faut pas oublier que le gouvernement aurait pu décider de tout et qu’il a choisi de consulter. »
Le montant annuel de 25 millions fait partie d’un réinvestissement plus large de 750 millions sur six ans en aide financière, promis par le gouvernement. Ce dernier annonçait déjà au sortir du Sommet sur l’enseignement supérieur en février dernier le rehaussement du seuil de contribution parental qui passera à 45 000 $ d’ici l’année 2015-2016, ce qui signifie qu’aucune contribution ne sera demandée à des parents vivant ensemble et gagnant 45 000 $ ou moins.
Absente du chantier, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), qui représente 70 000 étudiants, a été tenue complètement à l’écart des discussions, malgré le souhait formulé par M. Bouchard St-Amant de les voir participer. Contacté par Le Devoir, ce dernier n’a émis aucun commentaire.







