Lettre - La potion utilitaire en éducation
Le ministre de l’Éducation supérieure, Pierre Duchesne, annonçait cette semaine la disparition du programme arts et lettres au cégep pour le remplacer par un programme culture et communication. Je me rappelle pour ma part mes deux belles années d’adolescence passées dans le programme de lettres au cégep Bois-de-Boulogne à la fin des années 60.
Nous avons baigné pendant deux ans dans la littérature et le théâtre et nous n’étions jamais rassasiés. Nous en demandions toujours plus. Nous lisions des dizaines de livres et fréquentions assidûment le Centre des auteurs dramatiques pour assister à la lecture de nouvelles créations.
Nous avions des professeurs extraordinaires, dont Michel Frankland, avec qui nous montions des pièces de théâtre, et monsieur André Bureau, qui nous a invités chez lui pour souper et lire de la poésie. J’y ai également fréquenté des étudiants qui en sont venus à faire du théâtre leur métier comme Elisabeth Bourget, Jean-Luc Denis et le futur cinéaste Bernard Emond.
Aujourd’hui, nous sommes tombés dans la potion utilitaire, une obsession : à quoi ça sert d’étudier en lettres et où ça mène ? Plus question de « triper » littérature au cégep et de décider plus tard d’un métier. Il n’y a pas de temps à perdre. Il faut, dès le cégep, préparer sa carrière. Il faut être utile à la société, sinon aux entreprises.
Auparavant, les employeurs embauchaient des gens avec des parcours très variés pour former des équipes multidisciplinaires, alors qu’aujourd’hui, ils fonctionnent en silos et recherchent le candidat idéal avec un profil bien pointu. Le rêve et la passion ne sont plus à la mode, le temps, c’est de l’argent…
Yves Chartrand - Le 9 mai 2013







