La police intervient pour mater une manifestation de parents

L’école Saint-Pierre-Claver est ituée à l’intersection de deux grandes artères du Plateau-Mont-Royal.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’école Saint-Pierre-Claver est ituée à l’intersection de deux grandes artères du Plateau-Mont-Royal.
Un rassemblement citoyen pour sensibiliser les automobilistes à la sécurité des enfants fréquentant l’école Saint-Pierre-Claver, située à l’intersection de deux grandes artères du Plateau-Mont-Royal, a fini en queue de poisson jeudi matin, alors que des policiers sont intervenus en vertu du règlement municipal P-6. Le rassemblement auquel prenaient part plusieurs élus, a pris fin abruptement vers 8 h, ce qui coïncidait avec le début des classes.
 
Selon Marianne Giguère, mère très impliquée dans le dossier de la sécurité aux abords de l’établissement, environ six policiers en voiture et à vélo ont signifié aux quelque 80 parents et enfants qui traversaient d’un coin de rue à l’autre en respectant les feux de circulation que la manifestation était illégale en vertu de P-6. L’intervention a d’autant plus surpris les parents que la policière communautaire de l’école avait été avisée de l’action de sensibilisation et était déjà sur les lieux depuis 7 h 30.
 
« Les gens avaient commencé à traverser sans jamais entraver la circulation, parce qu’on voulait que ce soit une manifestation positive et sécuritaire, et des policiers sont arrivés en voiture, puis deux autres à vélo. On nous a dit que notre manifestation était illégale parce qu’on n’avait pas prévu d’itinéraire », raconte Mme Giguère. « On s’est dispersé et ça a bien tombé dans un sens parce que l’école commençait et qu’il y avait déjà un mouvement d’enfants qui rentraient ».
 
Le discernement ?

Mme Giguère souligne avec ironie le « discernement » dont les policiers avec promis de faire preuve, notamment en indiquant qu’ils n’allaient pas intervenir et réclamer d’itinéraire dans le cas d’une manifestation de célébration entourant un match de hockey, par exemple. « Le discernement, il n’était pas là ce matin », a-t-elle fait remarquer.

Selon le porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière, il n’a jamais été question de fournir d’itinéraire ni d’invoquer le règlement P-6 qui contient cette disposition mais il a reconnu une erreur. «Là où il y a eu erreur, c’est que l’agent a dit que l’action devait cesser en vertu du "nouveau" règlement», précise-t-il en entrevue au Devoir.
 
Située à l’intersection de la rue De Lorimier et du boulevard Saint-Joseph, à grand débit de circulation, l’école Saint-Pierre-Claver est dans une zone dangereuse, selon la Direction de la santé publique. Depuis l’automne, des parents se mobilisent et ont fait plusieurs représentations aux conseils d’arrondissement de ville pour une meilleure signalisation et une diminution de la limite de vitesse. « On voulait sensibiliser les automobilistes et que ce soit clair qu’ils passaient devant une école », explique Mme Giguère. « Il y en avait qui n’étaient pas contents mais la plupart nous klaxonnaient en soutien. »
 
Il y a trois semaines, une fillette de l’école s’est fait frapper devant l’école, en voulant ramasser un ballon qui avait bondi dans la rue. Elle s’en est tirée avec un bras cassé.

Plus de détails dans Le Devoir de vendredi.
32 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 2 mai 2013 11 h 40

    Pas la policière de l'école

    Il faut avertir le chef de la police ou l'officier en charge (qui n'est même pas là quand la manif commence).

    Peut-être va-t-on finalement comprendre que le règlement P-6 a été fait pour empêcher tout manif, et non pas uniquement pour mater de dangereux criminels.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 2 mai 2013 13 h 10

      «Peut-être va-t-on finalement comprendre que le règlement P-6 a été fait pour empêcher tout manif»

      Aucune manif n'est interdite par ce règlement, pas plus qu'une limite de vitesse vous interdis l'utilisation des routes!

      C'est très simple de respecter ce règlement, vous communiquez a qui de droit vos intentions de parcour pour que les policiers puissent encadrer la pertubation de l'espace publique que vous voulez faire.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 mai 2013 13 h 38

      Ce règlement est sans doute inconstitutionnel, parce qu'il donne à manifestation illégale un tout autre sens que celui donné par le Code criminel.

      Mais ça prendra évidemment 10 ou 15 ans pour qu'il se rende en cour suprême et, d'ici là, la police pourra faire ce qu'elle veut. Après tout, même si un itinéraire est donné, n'importe quel policier peut le changer et arrêter toute personne qui ne lui obéirait pas.

    • Olivier Dubois - Inscrit 2 mai 2013 13 h 41

      @ M. Arès,

      Pour reprendre votre analogie, la voiture était plutôt stationné en bordure de la route.

      Vous semblez avoir manqué l'essentiel du point qui est fait : "vous communiquez a qui de droit vos intentions de parcour", il semble pourtant dans ce cas-ci qu'aucune marche, aucun parcours n'était prévu.

      Si les gens ne portait pas de masque et qu'ils n'avaient pas l'intention de prendre la rue, P-6 ne parait pas justifié et ressemble à s'y méprendre à un outil que les policiers utilisent illégalement pour restreindre la liberté d'expression.

      Le SPVM se dédie aux arrestations de masse depuis plusieurs années, jusqu'à présent à ce que je sache, ils n'ont jamais eux gain de cause devant un juge.

    • Marcos Ancelovici - Abonné 2 mai 2013 13 h 47

      M. Arès, les gens marchaient au coin d'une intersection en respectant les feux de circulation. Il n'y avait donc pas d'itinéraire (à part la rue à traverser) et pas de perturbation de la circulation.

      P6 n'est pas une limite de vitesse, mais un feu rouge. Et l'encadrement de la perturbation est un oxymore.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 mai 2013 14 h 28

      Monsieur Ancelovici,

      Aux termes du règlement P-6, l'espace public comprend aussi les trottoirs et les parcs. Et elle interdit tant les attroupements que les manifestations. En fait, si trois personnes pique-niquent dans un parc, la police peut les arrêter aux termes de ce règlement.

       «1.Toute personne a le droit d’utiliser et de jouir des voies, parcs et places publiques, ainsi que du domaine public de la ville, en toute paix et sécurité et dans l’ordre public.

      2. Les assemblées, défilés ou autres attroupements qui mettent en danger la paix, la sécurité ou l'ordre publics sont interdits sur les voies et places publiques, de même que dans les parcs ou autres endroits du domaine public.

      2.1. Au préalable de sa tenue, le lieu exact et l’itinéraire, le cas échéant, d’une assemblée, d’un défilé ou autre attroupement doit être communiqué au directeur du Service de police ou à l’officier responsable.

      Une assemblée, un défilé ou un attroupement pour lequel le lieu ou l’itinéraire n’a pas été communiqué, ou dont le déroulement ne se fait pas au lieu ou conformément à l’itinéraire communiqué est une assemblée, un défilé ou un attroupement tenu en violation du présent
      règlement.

      (...)

      3. Il est interdit à quiconque participe ou est présent à une assemblée, un défilé ou un attroupement sur le domaine public, de molester ou bousculer les citoyens qui utilisent également le domaine public à cette occasion, ou de gêner le mouvement, la marche ou la présence de ces citoyens.»

  • Dominique Cousineau - Inscrite 2 mai 2013 11 h 48

    BRA - VO

    Ça doit être parce qu'il fait chaud que le bon jugement et le discernement sont restés au vestiaire ce matin.

  • Benoît Gagnon - Inscrit 2 mai 2013 12 h 08

    Dérives

    Et voilà où mène la dérive policière lorsqu'on prend le droit des citoyens pour les remettre entre les mains d'un corps policier d'État. Nous ne sommes pas bien loin de la Russie de Poutine.

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 mai 2013 13 h 49

      En effet, le seul exemple qui me vienne à l'esprit d'un tel règlement (bien que M. Lebel ne cesse de répéter ici qu'il y en a de tels partout mais sans jamais donner le moindre exemple), c'est en Russie que je le trouve.

  • Jean-Marc Plante - Abonné 2 mai 2013 12 h 08

    Discernement!

    Les policiers devraient plutôt passer quelques minutes chaque matin au coin de ces deux artères pour calmer les automobilistes pressés au lieu de venir embêter les parents avec ce règlement stupide et abusif, mais c'est sans doute trop leur demander.

  • Mario Jodoin - Abonné 2 mai 2013 12 h 09

    Discernement...

    Une autre preuve de l'absence de discernement de nos chers policiers! Comme le dis bien Mme Giguère, «une manifestation de célébration entourant un match de hockey» est plus tolérable pour eux qu'une manifestation respectueuse d'enfants, de parents et d'enseignantes demandant d'améliorer les mesures de sécurité autour d'une école!

    Preuve par l'absurde...

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 2 mai 2013 19 h 39

      Mais justement, c'est là le problème du règlement P6: l'application d'un règlement ne devrait pas avoir à faire appel au discernement d'un policier! Ça n'est pas un policier qui doit décider si oui ou non on a le droit de traverser une lumière rouge. Un règlement dont l'application ne peut être faite en tout temps, dont l'application cause des situations absurdes, et dont l'application dépend du jugement des policiers est un mauvais règement.

    • Mario Jodoin - Abonné 2 mai 2013 22 h 41

      C'est de fait un point que je défends aussi. Ce réglement, en plus d'être inique, est trop imprécis et laisse trop de place à l'interprétation. Tellement que trop de nos législateurs municipaux n'ont pas osé l'amender de peur de perdre des votes...

      D'un côté, nos législateurs reprochent aux juges de prendre trop de place et de l'autre, ils préfèrent leur laisser le fardeau de corriger leurs erreurs!