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    Marchés et économie - Des investisseurs au comportement irrationnel

    Une bonne réglementation assure la qualité des marchés financiers

    20 avril 2013 |Claude Lafleur | Éducation
    «Pour l’essentiel, les marchés réagissent différemment selon que les annonces qu’on rapporte sont positives ou négatives», observe le professeur Kryzanowski.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Frank Rumpenhors «Pour l’essentiel, les marchés réagissent différemment selon que les annonces qu’on rapporte sont positives ou négatives», observe le professeur Kryzanowski.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Qu’est-ce qui influence vraiment les marchés boursiers ? Comment les investisseurs réagissent-ils aux bonnes et aux mauvaises nouvelles ? Et qu’est-ce qui distingue l’économie canadienne de celle des États-Unis ? Voilà le genre de questions qu’étudie Lawrence Kryzanowski, professeur en finance à l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia.


    «J’ai un esprit curieux, affirme d’emblée Lawrence Kryzanowski, de l’Université Concordia. J’aurais pu me lancer en affaires ou dans la finance, mais j’ai préféré le monde universitaire afin d’assouvir ma curiosité quant aux questions financières. »


    C’est ainsi que, depuis 40 ans, ce chercheur étudie le fonctionnement des marchés boursiers, l’impact de la réglementation, le comportement des investisseurs et des gestionnaires d’entreprise, etc. Récemment, il a publié, dans une prestigieuse revue spécialisée, une étude qui montre le lien entre la révision des résultats financiers d’une entreprise et la piètre gestion de celle-ci. « Le Journal of Corporate Finance rejette 95 % des articles qui lui sont soumis », relate M. Kryzanowski, preuve de l’intérêt de son article.

     

    Les investisseurs, des gens plutôt optimistes


    « Je me suis toujours intéressé au fonctionnement des marchés, déclare Lawrence Kryzanowski, notamment à l’impact des lois et des règles sur leur fonctionnement, ainsi qu’aux conséquences du comportement humain sur les marchés et sur les entreprises. »


    C’est ainsi qu’il a constaté que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les investisseurs ne se comportent pas d’une façon rationnelle. « Pour l’essentiel, les marchés réagissent différemment selon que les annonces qu’on rapporte sont positives ou négatives », observe le professeur Kryzanowski. Curieusement, ils réagissent plus rapidement aux bonnes nouvelles qu’aux mauvaises !


    Pour expliquer cet étonnant phénomène, le chercheur observe que les investisseurs sont plutôt de nature optimiste ; face à de mauvaises nouvelles, « ils se disent que ça finira par mieux aller », constate-t-il.


    « Alors que les modèles économiques nous disent que les investisseurs agissent d’une façon rationnelle, j’ai constaté dans mes travaux que ce n’est pas toujours le cas, indique Lawrence Kryzanowski. C’est ainsi que les bonnes nouvelles font réagir les marchés plus rapidement que les mauvaises qui, bien sûr, finissent par avoir un impact. »


    M. Kryzanowski a ainsi été témoin de plusieurs crises, dont le fameux krach boursier en 1987, lorsque l’indice Dow Jones a perdu 23 % de sa valeur en une journée seulement. « Ce fut un moment assez étonnant, se rappelle-t-il. J’enseignais alors à des étudiants qui étaient pour le moins déboussolés. Certains sont venus me voir pour me demander conseil… Je leur ai donc dit : “ Si vous n’avez pas déjà vendu vos titres, ne le faites pas, car il est trop tard. ” Puis les marchés se sont rétablis en l’espace de trois mois seulement. Il faut donc éviter de réagir… même lorsque se produit une aussi importante dégringolade. »


    Par ailleurs, selon ce qu’il observe, il importe que les marchés fonctionnent dans un environnement où toutes les informations financières pertinentes sont connues de tous. « On doit s’assurer que personne n’a accès à des informations privilégiées que d’autres n’ont pas, dit-il. C’est pourquoi je m’intéresse à la révision des résultats financiers antérieurs. Il s’agit de corrections qu’une entreprise apporte aux états financiers qu’elle a déjà publiés. Ces révisions sont importantes pour l’intégrité et l’équité des marchés, afin de s’assurer que tout le monde a accès aux mêmes informations. »


    Cependant, observe-t-il, si de telles corrections sont vitales, elles peuvent néanmoins témoigner de l’existence de problèmes de gouvernance au sein de l’entreprise. « De nombreux facteurs, notamment l’erreur comptable, l’omission ou même la fraude, peuvent être à l’origine d’un retraitement des états financiers », explique-t-il.


    « Bien sûr, il est tout à fait possible que certaines erreurs se glissent, mais souvent c’est plutôt le signe de problèmes concernant la gouvernance de l’entreprise, observe-t-il. N’oublions pas qu’il y a normalement une série de personnes qui sont censées s’assurer que les informations inscrites dans un état financier sont conformes - des gestionnaires, des vérificateurs internes et externes, divers comités, etc. C’est donc le signe qu’il y a quelqu’un quelque part qui n’a pas bien fait son travail ! »

     

    De l’importance de la réglementation


    Dans l’ensemble, ce professeur en finances constate que les marchés constituent un outil financier efficace… à condition toutefois d’être surveillés et bien réglementés. Or, à ce chapitre, il constate une différence fondamentale entre les États-Unis et le Canada.


    C’est ainsi que, en 2007, il a publié une analyse sur les mesures qui protègent les dépôts des épargnants dans les banques. « J’avais alors des raisons de penser que nos gouvernements étaient tentés de déréglementer le plus possible ce secteur, dit-il. Or je préconisais que, au contraire, la réglementation devait être renforcée. »


    Nous étions alors dans un climat financier particulier, note-t-il, puisque le nombre de banques qui faisaient faillite était pratiquement nul. « Je soutenais que c’était une erreur de penser que les banques ne pouvaient plus faire faillite, quoi qu’elles fassent, et je soutenais qu’on devait renforcer la réglementation du secteur bancaire. »


    On était alors à la veille de la fameuse crise financière en 2008, due en bonne partie à des produits financiers douteux bricolés par les banques américaines.


    Lawrence Kryzanowski observe que l’économie canadienne n’a pas autant souffert de la crise que l’économie américaine parce que, entre autres, aucune banque canadienne n’a fait faillite. « Le gouvernement est ici plus conservateur, davantage porté vers la réglementation, ce qui est une bonne chose », soutient-il. Et même le gouvernement de Stephen Harper, plus enclin à déréglementer, hésite à trop s’avancer, « ce qui est une excellence chose », conclut Lawrence Kryzanowski.


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