Centrale des syndicats du Québec - Le Rendez-vous de la petite enfance bat son plein
«L’éducation est une priorité et ça commence chez les tout-petits », affirme en entrevue Louise Chabot
Les centres de la petite enfance (CPE) célèbrent cette année leur 15e anniversaire. C’est le moment idéal d’analyser les avancées, mais aussi de mettre le doigt sur les éléments à améliorer. C’est ce qu’on fait depuis hier au Rendez-vous CSQ de la petite enfance, à l’hôtel Sandman, à Longueuil, en présence de plusieurs experts.
« Lorsque nous nous comparons au reste du Canada et de l’Amérique du Nord, nous sommes très fiers, parce que nous sommes la seule province à avoir un service éducatif public de qualité pour les enfants de 0 à 5 ans », indique d’emblée Louise Chabot, présidente de la CSQ.
On profitera du rendez-vous pour comparer ce qui se fait au Québec et ailleurs dans le monde, grâce à la présence d’une chercheuse de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et d’un conférencier de l’Internationale de l’éducation, une organisation syndicale mondiale.
« Nous avons fait des pas de géant au Québec avec les services de garde éducatifs, que ce soit en matière de création de richesse, de l’entrée massive des femmes sur le marché du travail ou de l’amélioration de la conciliation travail-famille », ajoute Mme Chabot. Luc Godbout, directeur du Département de fiscalité de l’Université de Sherbrooke, donnera une conférence aujourd’hui sur le sujet.
La création des services de garde éducatifs a aussi eu un impact sur le développement des enfants. La CSQ considère d’ailleurs que les services éducatifs à la petite enfance doivent être considérés comme un droit au même titre que l’éducation. « Cette vision s’inscrit dans notre politique de la petite enfance, que nous avons adoptée il y a plus de 15 ans pour mettre de l’avant l’importance de la petite enfance. Cela part du principe stipulant que l’éducation est une priorité et que ça commence chez les tout-petits », explique Louise Chabot.
La CSQ ne considère toutefois pas les services éducatifs comme de la scolarisation, mais comme un élément qu’on retrouve en amont. « Les services éducatifs deviennent ainsi une composante essentielle du processus éducatif, mais avec une approche ludique », affirme la présidente.
Un réseau universel ?
Pourtant, bien qu’ils soient publics, les services de garde éducatifs n’offrent pas l’accessibilité souhaitée. C’est ce qu’on apprend dans le récent avis du Conseil supérieur de l’éducation (CSE), « Mieux accueillir et éduquer les enfants d’âge préscolaire, une triple question d’accès, de qualité et de continuité des services ». Le président du CSE, Claude Lessard, donnera d’ailleurs une conférence sur le sujet au Rendez-vous CSQ de la petite enfance.
« Ce qui est particulièrement préoccupant, remarque Louise Chabot, c’est que les enfants issus d’un milieu défavorisé fréquentent en plus faible proportion les services de garde éducatifs que ceux issus d’un milieu nanti. Or ces services avaient pour objectif initial notamment d’être universels afin d’assurer l’égalité des chances. »
« Le désir de s’occuper de ses enfants ou la méconnaissance des effets positifs d’un service de garde de qualité peuvent expliquer en partie ce phénomène, mais l’accessibilité des services est aussi un facteur. Ainsi, à Montréal, les quartiers défavorisés sont en général moins bien pourvus en places dans des services de garde régis que les secteurs les mieux nantis », peut-on lire dans l’avis.
« Il y a eu un développement rapide du réseau, indique Mme Chabot, mais je crois que, après 15 ans d’existence, on doit observer les failles pour trouver des solutions. »
Dès la 4e année
Par ailleurs, la CSQ revendique depuis longtemps la mise en place de maternelles 4 ans en milieu défavorisé. Marie Malavoy, ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), a annoncé récemment qu’elle prévoit offrir dès septembre la maternelle à 4 ans à temps plein en milieu défavorisé. « Ce serait un service qui s’ajouterait aux CPE et aux services de garde en milieu familial pour rejoindre ces enfants, affirme Louise Chabot. Nous croyons que c’est une avenue intéressante, mais nous ferons valoir nos préoccupations en commission parlementaire. »
Enfants ayant des besoins particuliers
La CSQ se penchera aussi aujourd’hui, lors du rendez-vous, sur les besoins des enfants particuliers.
Nathalie Bigras, professeure au Département de didactique de l’Université du Québec à Montréal et auteure de Petite enfance, services de garde éducatifs et développement des enfants/État des connaissances, donnera une conférence. « Un enfant ayant des besoins particuliers ne le devient pas le jour où il entre à l’école, indique Louise Chabot. Il a aussi des besoins particuliers dans son service de garde éducatif. Les éducatrices demandaient d’ailleurs, lors de la dernière négociation de leur convention collective, des budgets et de la formation pour être en mesure de dépister les difficultés et d’intervenir de façon précoce auprès de ces enfants. »
La demande n’a pas été satisfaite, mais un groupe de travail sur la question a été créé. « Il faut se pencher également sur la tendance qu’on a à travailler en silo, lorsque vient le temps pour l’enfant de passer du service de garde à l’école, indique Mme Chabot. Les services à la petite enfance relèvent du ministère de la Famille, alors que le milieu scolaire relève du MELS. Il est parfois difficile d’avoir une continuité dans les services, alors qu’il serait avantageux de ne pas tout reprendre à zéro une fois que l’enfant est rendu à l’école. »
Après avoir mené une dure bataille pour faire reconnaître le droit de se syndiquer pour les responsables des services de garde en milieu familial régis, la CSQ en représente environ 13 500 sur un total de 15 000 au Québec. La CSQ représente aussi 2000 éducatrices de CPE.
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