Services Éducatifs - «N’importe qui peut offrir n’importe quoi»
Le temps est venu d’évaluer les services offerts par les intervenants, selon Christa Japel
«Ces rencontres sont l’occasion pour les membres et les observateurs du réseau de faire le point sur les défis qui nous attendent dans les prochaines années pour améliorer le service », lance Christa Japel, professeure au Département d’éducation et de formations spécialisées de l’Université du Québec à Montréal. Membre du groupe s’intéressant aux milieux de la petite enfance, la psychologue de formation souhaite ramener au coeur du débat la question de la qualité du service offert. « Le réseau s’est développé d’une façon très accélérée, soutient la chercheure. Mais, concrètement, il y a eu peu de changements faits, voire aucun, afin d’améliorer le travail sur le terrain. »
Des lacunes identifiées
Trois ans à peine après l’instauration du réseau, en 2000, une étude menée par l’Institut de recherche en politiques publiques et dirigée par Christa Japel, Richard E. Tremblay et Sylvana Côté a révélé que le système présentait de nombreuses lacunes, principalement pour les enfants issus d’un milieu défavorisé. « Au fil de nos recherches, nous avons constaté que [les enfants évoluant dans un tel milieu] présentaient un retard certain sur bien des plans », explique la professeure en évoquant, entre autres, les écarts de langage.
Or, si le milieu familial est souvent montré du doigt, les services de garde sont également à blâmer. « Il existe très peu de normes et une multitude de types de garderie, précise-t-elle. On peut penser aux CPE offerts par l’État, aux garderies à but lucratif ou à celles en milieu familial. »
Dans cette optique, la spécialiste affirme qu’il est très difficile d’effectuer un suivi. « Au moment de la première publication de notre étude - La qualité, ça compte - en 2005, nous avions émis une série de recommandations ciblant différents facteurs, comme l’environnement, les activités ou les types d’interactions avec l’enfant, qui influent sur la qualité du service. » La professeure de l’UQAM précise toutefois que, presque 10 ans plus tard, il est pratiquement impossible de savoir si ces recommandations ont été suivies, et ce, même si le rapport a été mis à jour en 2008. Selon Christa Japel, il est plus que temps que les experts évaluent les résultats obtenus : « Nous sommes tous d’accord qu’il y a assez de recherches qui sont faites sur le sujet. Mais, maintenant, il faut [les] appliquer ! On parle quand même du développement de ces enfants ! »
Elle précise toutefois qu’une nouvelle évaluation du réseau est prévue en 2013-2014 par le gouvernement.
Outils et formations adaptés
La psychologue de formation estime cependant qu’il y a des choses qui peuvent être faites tout de suite, comme la création d’outils spécialisés ou d’une formation adéquate pour les éducateurs des CPE. « Un des gros problèmes est que n’importe qui peut offrir n’importe quoi, déplore-t-elle. Vous pourriez mettre sur pied une méthode d’apprentissage et la vendre via Internet. Il y a un marché. C’est de cette façon que se propagent les modes en éducation. »
Pour lutter contre ce phénomène, l’équipe de Christa Japel travaille depuis quelques années à la création d’une nouvelle collection littéraire d’une trentaine de titres, afin de faciliter l’apprentissage de la langue chez les enfants issus d’un milieu défavorisé. « Nous avons constaté un écart important entre les corpus linguistiques des enfants lorsqu’ils arrivent en première année. »
Selon la chercheure, les disparités entre les connaissances des éducateurs et le milieu familial sont en grande partie responsables de ces lacunes. « Un enfant issu d’un milieu favorisé passe par-dessus les faiblesses du réseau et va chercher ailleurs - chez lui, par exemple - ce dont il a besoin. » Ce n’est malheureusement pas le cas des enfants plus pauvres, qui, selon la spécialiste, sont sous-stimulés. « Nos livres sont construits autour du vocabulaire [qui devrait être acquis à la rentrée au primaire], comme “ rayé ”, “ jumeaux ” ou “ rire aux éclats ”. » Ils sont également accompagnés d’une méthode pédagogique pour créer une certaine uniformité dans la manière de les enseigner aux tout-petits.
Ainsi, à travers ces histoires, les enfants devraient intégrer graduellement à leur vocabulaire des mots et des expressions plus complexes. « Nous ne voulions pas que ce soit simplifié, insiste Christa Japel. Souvent, lorsqu’on crée des outils ou des programmes pour les enfants défavorisés, la tendance est au nivellement vers le bas. »
Selon elle, il y a un réel danger à aller vers le trop simple, puisque ça revient à dire qu’ils ne peuvent pas faire mieux. « Ces enfants ne sont pas handicapés. Si la famille ne peut le faire, le réseau a un rôle de compensation à jouer. »
Collaboratrice







