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Europe - Un modèle venu de la Scandinavie

«Dans les communes, la question de la petite enfance est un enjeu électoral»

13 avril 2013 | Émilie Corriveau | Éducation
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
À l’occasion du Rendez-vous CSQ de la petite enfance, plus de 300 personnes réfléchiront aux nombreux enjeux et courants d’idées qui émergent dans le milieu des services éducatifs à la petite enfance. Alors que la situation québécoise sera au coeur de la plupart des discussions, il sera également question de certains modèles internationaux, dont le système danois.

Reconnu comme l’un des plus avant-gardistes au Canada, le modèle québécois des services à la petite enfance est souvent désigné comme l’un des meilleurs au monde, particulièrement depuis que le Québec s’est doté, en 1997, d’une politique de la petite enfance permettant d’offrir des places à contribution réduite aux parents ayant des enfants âgés de 0 à 5 ans. Mais, malgré ses dispositions progressistes, il peut encore être amélioré.


« Lorsqu’on parle du système québécois des services à la petite enfance, on dit souvent que le Québec se distingue des autres provinces du Canada, que notre modèle est le meilleur au pays et peut-être même en Amérique du Nord. Par contre, lorsqu’on regarde en Europe, on constate qu’il existe des modèles qui réussissent encore mieux que le nôtre. C’est le cas au Danemark », note M. Luc Allaire, conseiller à l’action professionnelle de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).


Une responsabilité municipale


Contrairement au Québec, les services de garde sont une responsabilité municipale au Danemark. Les autorités locales ont le devoir d’offrir des services de garde pour les enfants dans un rayon de quatre kilomètres de leur domicile, que ce soit en milieu familial ou dans des centres de la petite enfance, et de s’assurer qu’il y a assez de places disponibles pour tous. Ainsi, si leurs parents le désirent, la totalité des enfants âgés de six mois à cinq ans ont la possibilité de fréquenter l’un de ces établissements.


Conséquemment, un nombre particulièrement élevé de bambins sont inscrits à un service éducatif. D’après les données les plus récentes, 87 % des enfants âgés d’un à deux ans et 93 % des enfants âgés de deux à trois ans fréquentent un service de garde en milieu familial, une pouponnière ou une crèche. Au Québec, la proportion est plutôt de 57 %.


« Chez nous, il s’agit de quelque chose d’ancré dans les moeurs. Après le congé parental, il est normal d’envoyer son enfant dans l’un de ces services, pour qu’il apprenne à socialiser, qu’il se développe. Presque tout le monde le fait », confie M. Allan Baumann, président de l’Association des pédagogues danois (BUPL), président du Groupe de travail sur la petite enfance au sein de l’Internationale de l’éducation et conférencier au Rendez-vous CSQ de la petite enfance.


Bien qu’ils soient nombreux à fréquenter les services de garde, les jeunes enfants ne se retrouvent jamais dans de grands groupes. Par exemple, dans un service de garde en milieu familial, un pédagogue peut accueillir un maximum de cinq enfants à la fois. Ce nombre varie selon la commune où il exerce, mais l’État a fixé la limite à cinq.


À Copenhague, par exemple, un pédagogue en milieu familial ne peut prendre en charge que trois enfants à la fois, mais il a le droit d’en accueillir un quatrième lorsqu’une auxiliaire d’un autre service de garde prend congé, que ce soit pour soigner une maladie, prendre des vacances ou acquérir un perfectionnement.


« Lors des élections dans les communes, la question de la petite enfance est un enjeu électoral, signale M. Allaire. Les communes qui veulent attirer de jeunes familles limitent à trois ou quatre le nombre maximal d’enfants par service de garde en milieu familial. Ça fonctionne ! »


Dans les établissements réservés aux jeunes âgés de trois à six ans, on ne trouve jamais plus de 80 enfants, chaque pédagogue étant responsable de huit d’entre eux en moyenne.


Le jeu au centre de l’apprentissage


Ayant pour objectif principal de favoriser le développement, le bien-être et l’autonomie des enfants, le modèle danois est davantage articulé autour du jeu, de l’activité physique et de l’apprentissage de l’autonomie que de la préparation scolaire. « Nous avons une approche très vaste et holistique des services de la petite enfance, relève M. Baumann. Bien sûr, ces services sont en lien avec l’école primaire, mais ils ne sont pas centrés sur des apprentissages scolaires. Nous croyons qu’il s’agit de la meilleure façon de préparer les enfants à l’école, mais également de vivre une vie satisfaisante. »


« Chaque centre développe sa propre approche pédagogique, ajoute M. Allaire. Il y a un modèle qui est proposé par le gouvernement, mais il laisse beaucoup de latitude aux établissements. Il y a des centres plus axés sur la nature, d’autres sur les arts, etc. Le jeu occupe toujours une place très importante. »


Assumer sa nordicité


Fait intéressant, dès la petite enfance, les jeunes fréquentant les services de garde sont incités à assumer leur nordicité. Malgré le froid, ils passent beaucoup plus de temps à l’extérieur qu’à l’intérieur. Par exemple, bien emmitouflés, les poupons font des siestes dans de petites cabanes à l’extérieur afin de s’accoutumer au froid et d’apprendre à y vivre. Ce n’est que lorsque la température descend sous les -10 ˚C que les enfants sont rapatriés à l’intérieur.


« Nous avons même des établissements qui se trouvent carrément dans la forêt, affirme M. Baumann. On y trouve parfois de petites hottes, mais pas dans tous les cas. Les enfants passent la journée complète à l’extérieur et rentrent en ville à la fin de la journée. »


Inspirant pour le Québec ?


Si le modèle québécois n’est pas aussi progressiste que celui du Danemark, d’après M. Allaire, il est certes sur la bonne voie. Il note que la philosophie des centres de la petite enfance (CPE) n’est pas si éloignée de celle qui prévaut dans le système danois. Il déplore toutefois le nombre grandissant de garderies privées au Québec et indique que, à ce sujet, la province aurait avantage à prendre exemple sur le Danemark. Il relève également que la profession de pédagogue est davantage valorisée dans les pays nordiques qu’elle ne l’est ici et que l’accès aux services de la petite enfance y est plus facile.


« Je crois qu’on peut s’inspirer de plein choses du modèle danois, conclut M. Allaire. Nous réfléchirons avec M. Baumann lors du Rendez-vous. J’ai bien hâte de voir ce qui en ressortira ! »


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