Centres de la petite enfance - Un élan brisé?
Qui investit dans l'enfance, investit dans la société de demain. Josée Lalonde, directrice du Centre de la petite enfance Lafontaine, ne contredira pas ce point de vue. Déterminée, elle s'est appuyée sur la réforme gouvernementale instaurée en 1997 par l'entremise, notamment, d'un programme éducatif. Développement, diversification, spécialisation, formation, professionnalisation appartiennent désormais au vocabulaire de l'établissement, avec pour dénominateur commun l'enfant. Mais aujourd'hui, après des années de bataille pour améliorer les services offerts aux familles, des compressions budgétaires risquent de saboter le travail accompli.
Les centres de la petite enfance (CPE) ont vécu une véritable révolution ces six dernières années. Non seulement ils fournissent des services éducatifs aux enfants de la naissance jusqu'à la fréquentation du niveau de la maternelle, mais de plus ils coordonnent, surveillent et contrôlent ces mêmes services en milieu familial. Ce deuxième mandat permet, d'une part, de briser l'isolement des responsables de garde en milieu familial et offre, d'autre part, un référent aux parents.
Il est question désormais d'une vision globale, comme le souligne Josée Lalonde: «Les principes éducatifs sont régis par une même approche philosophique dont est issu le programme éducatif.» Au coeur des préoccupations se trouve donc l'enfant, un enfant à soutenir dans son développement global. «Dans cette perspective, les apprentissages se font par le jeu et non par une approche scolarisante.» Le rôle de l'éducateur et de l'éducatrice s'oriente sur trois axes. Éducatif, le premier axe prend la forme d'activités à facettes langagières, cognitives, créatives, psychomotrices et socioaffectives. Social, le second nécessite des interactions avec les partenaires, parents ou membres du personnel. Puis, sont considérés les soins de base.
Reconnaissance de l'enfant
L'instauration de telles pratiques est profondément liée à la reconnaissance de l'enfant. «La petite enfance mérite désormais le temps qui lui est donné. En effet, ce n'est pas juste à cinq ans qu'il faut commencer à penser à elle.» Toutefois, si l'enfant est la raison d'être des CPE, sa famille est également prise en compte. Il est question généralement de familles où les deux parents travaillent ou de familles monoparentales où le parent travaille. Pour mieux répondre à leurs besoins, la gamme de services est élargie. Ainsi, des gardes sont maintenant disponibles à des horaires non usuels, soit le soir, la nuit ou en fin de semaine, ou encore en période estivale.
Dans le cas du CPE Lafontaine, les services ont été diversifiés grâce à la spécialisation d'un département de garde dans l'accueil d'enfants atteints de surdité. L'objectif gouvernemental, en termes de capacité d'accueil, prévoyait 200 000 places pour 2006 dans son plan de réforme. En 2001, les CPE ont été en mesure de répondre aux besoins de plus de 80 % des 130 000 familles québécoises qui ont eu recours aux services de garde.
Outre l'importance accordée à la qualité de l'intervention éducative, elle-même corrélative à la reconnaissance de l'enfant, les facteurs de réglementation, de déploiement et de diversification ont entraîné une professionnalisation importante du milieu. Le métier d'éducatrice et d'éducateur à l'enfance s'est complexifié du fait des attentes de la société et s'est ainsi éloigné du rôle de gardiennage traditionnel. Une formation spécialisée, fondée sur la connaissance des différentes étapes du développement de l'enfant, est désormais requise.
Pour travailler dans un CPE, plusieurs voies sont offertes. La plus courante consiste à préparer un diplôme d'études collégiales en Techniques d'éducation à l'enfance. Cependant, une attestation d'études collégiales peut également s'avérer suffisante si elle est alliée à trois années d'expérience. Par ailleurs, certains baccalauréats peuvent être reconnus en guise de qualification, notamment en éducation préscolaire ou en psychologie.
Formation multidisciplinaire
Si l'amour et le respect des enfants restent encore des préalables essentiels à la profession, ils ne peuvent suffire aujourd'hui. Les connaissances indispensables prennent source dans différentes disciplines, soit en pédagogie, en psychologie, en sociologie, en alimentation, en santé et en gestion. De même, selon la règle des trois «S» — savoir, savoir-faire et savoir-être —, des habiletés en communication, en intervention et en animation doivent compléter des attitudes liées, quant à elles, à la créativité, l'écoute, la résolution de conflits et le sens de l'organisation.
«Il est important, estime Josée Lalonde, que la personne possède de façon intrinsèque des connaissances théoriques, tout comme la capacité d'évoluer et de s'adapter afin de répondre au mieux aux besoins des enfants et des parents.» Une maturité affective solide, de la patience, de la confiance en soi et de la résistance physique constituent d'autres garants de succès dans la profession.
L'évolution impulsée par le programme éducatif de 1997 a exigé de nombreux efforts de la part des CPE. Josée Lalonde témoigne: «Du fait des changements d'orientation du gouvernement en matière de modes de garde au Québec, nous avons mis en pratique la diversification. Nous avons travaillé fort en créant et développant notamment des nouveaux services. Nous essayons maintenant de consolider notre structure.» Or, la directrice du CPE Lafontaine a pris connaissance, au mois de juillet dernier, d'une coupure de budget de 4,5 % alors qu'elle venait juste de développer de nouvelles ressources. «Je trouve ces coupures financières odieuses, car elles ont été décidées sans avoir pris le temps nécessairement d'analyser le dossier de la petite enfance au Québec. Le nouveau gouvernement fait fi du financement, des réalisations et des structures accomplis.» Le geste lui paraît d'autant plus incompréhensible en regard de la réforme entourant la fiscalité de la famille, qui a amputé les allocations familiales. La suppression des garderies à 5 $ exigera par conséquent que les parents payent plus, et ce, pour moins de services.
Les coupures entreprises sont justifiées par une redistribution dans le secteur de la santé et de l'éducation. «L'éducation ne concerne-t-elle donc pas la petite enfance?», renchérit Josée Lalonde. Tous les professionnels s'accordent pourtant sur l'importance d'une intervention précoce dans le domaine de l'éducation. Les mesures gouvernementales risquent par conséquent d'hypothéquer le futur de la société.
Les centres de la petite enfance (CPE) ont vécu une véritable révolution ces six dernières années. Non seulement ils fournissent des services éducatifs aux enfants de la naissance jusqu'à la fréquentation du niveau de la maternelle, mais de plus ils coordonnent, surveillent et contrôlent ces mêmes services en milieu familial. Ce deuxième mandat permet, d'une part, de briser l'isolement des responsables de garde en milieu familial et offre, d'autre part, un référent aux parents.
Il est question désormais d'une vision globale, comme le souligne Josée Lalonde: «Les principes éducatifs sont régis par une même approche philosophique dont est issu le programme éducatif.» Au coeur des préoccupations se trouve donc l'enfant, un enfant à soutenir dans son développement global. «Dans cette perspective, les apprentissages se font par le jeu et non par une approche scolarisante.» Le rôle de l'éducateur et de l'éducatrice s'oriente sur trois axes. Éducatif, le premier axe prend la forme d'activités à facettes langagières, cognitives, créatives, psychomotrices et socioaffectives. Social, le second nécessite des interactions avec les partenaires, parents ou membres du personnel. Puis, sont considérés les soins de base.
Reconnaissance de l'enfant
L'instauration de telles pratiques est profondément liée à la reconnaissance de l'enfant. «La petite enfance mérite désormais le temps qui lui est donné. En effet, ce n'est pas juste à cinq ans qu'il faut commencer à penser à elle.» Toutefois, si l'enfant est la raison d'être des CPE, sa famille est également prise en compte. Il est question généralement de familles où les deux parents travaillent ou de familles monoparentales où le parent travaille. Pour mieux répondre à leurs besoins, la gamme de services est élargie. Ainsi, des gardes sont maintenant disponibles à des horaires non usuels, soit le soir, la nuit ou en fin de semaine, ou encore en période estivale.
Dans le cas du CPE Lafontaine, les services ont été diversifiés grâce à la spécialisation d'un département de garde dans l'accueil d'enfants atteints de surdité. L'objectif gouvernemental, en termes de capacité d'accueil, prévoyait 200 000 places pour 2006 dans son plan de réforme. En 2001, les CPE ont été en mesure de répondre aux besoins de plus de 80 % des 130 000 familles québécoises qui ont eu recours aux services de garde.
Outre l'importance accordée à la qualité de l'intervention éducative, elle-même corrélative à la reconnaissance de l'enfant, les facteurs de réglementation, de déploiement et de diversification ont entraîné une professionnalisation importante du milieu. Le métier d'éducatrice et d'éducateur à l'enfance s'est complexifié du fait des attentes de la société et s'est ainsi éloigné du rôle de gardiennage traditionnel. Une formation spécialisée, fondée sur la connaissance des différentes étapes du développement de l'enfant, est désormais requise.
Pour travailler dans un CPE, plusieurs voies sont offertes. La plus courante consiste à préparer un diplôme d'études collégiales en Techniques d'éducation à l'enfance. Cependant, une attestation d'études collégiales peut également s'avérer suffisante si elle est alliée à trois années d'expérience. Par ailleurs, certains baccalauréats peuvent être reconnus en guise de qualification, notamment en éducation préscolaire ou en psychologie.
Formation multidisciplinaire
Si l'amour et le respect des enfants restent encore des préalables essentiels à la profession, ils ne peuvent suffire aujourd'hui. Les connaissances indispensables prennent source dans différentes disciplines, soit en pédagogie, en psychologie, en sociologie, en alimentation, en santé et en gestion. De même, selon la règle des trois «S» — savoir, savoir-faire et savoir-être —, des habiletés en communication, en intervention et en animation doivent compléter des attitudes liées, quant à elles, à la créativité, l'écoute, la résolution de conflits et le sens de l'organisation.
«Il est important, estime Josée Lalonde, que la personne possède de façon intrinsèque des connaissances théoriques, tout comme la capacité d'évoluer et de s'adapter afin de répondre au mieux aux besoins des enfants et des parents.» Une maturité affective solide, de la patience, de la confiance en soi et de la résistance physique constituent d'autres garants de succès dans la profession.
L'évolution impulsée par le programme éducatif de 1997 a exigé de nombreux efforts de la part des CPE. Josée Lalonde témoigne: «Du fait des changements d'orientation du gouvernement en matière de modes de garde au Québec, nous avons mis en pratique la diversification. Nous avons travaillé fort en créant et développant notamment des nouveaux services. Nous essayons maintenant de consolider notre structure.» Or, la directrice du CPE Lafontaine a pris connaissance, au mois de juillet dernier, d'une coupure de budget de 4,5 % alors qu'elle venait juste de développer de nouvelles ressources. «Je trouve ces coupures financières odieuses, car elles ont été décidées sans avoir pris le temps nécessairement d'analyser le dossier de la petite enfance au Québec. Le nouveau gouvernement fait fi du financement, des réalisations et des structures accomplis.» Le geste lui paraît d'autant plus incompréhensible en regard de la réforme entourant la fiscalité de la famille, qui a amputé les allocations familiales. La suppression des garderies à 5 $ exigera par conséquent que les parents payent plus, et ce, pour moins de services.
Les coupures entreprises sont justifiées par une redistribution dans le secteur de la santé et de l'éducation. «L'éducation ne concerne-t-elle donc pas la petite enfance?», renchérit Josée Lalonde. Tous les professionnels s'accordent pourtant sur l'importance d'une intervention précoce dans le domaine de l'éducation. Les mesures gouvernementales risquent par conséquent d'hypothéquer le futur de la société.
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