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    La réplique › Comité ministériel sur l’enseignement de l’histoire - Pour un enseignement de l’histoire au service de la pensée critique

    Lettre à Madame Marie Malavoy, ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport

    7 mars 2013 |Lise Proulx - Conseillère pédagogique et présidente, Pierre Beaudoin et Daniel Rouillard - Enseignants et vice-présidents, Sylvain Decelles - Enseignant et directeur de l’information et des communications, Association québécoise pour l’enseignement en univers social (AQEUS) | Éducation
    Le déclencheur

    « La Coalition [pour l’histoire] prône la création d’un “petit” groupe de travail composé de “cinq historiens relevant directement de la ministre” auquel on pourrait adjoindre un sous-ministre, qui procéderait à un examen des programmes, les validerait auprès des enseignants et produirait un rapport au plus tard à l’automne 2013. »

    –Bisbille autour d’un comité ministériel, Lisa-Marie Gervais, Le Devoir, 6 mars 2013

    Madame la Ministre,


    L’Association québécoise pour l’enseignement en univers social (AQEUS) regroupe quelque 300 membres issus des ordres d’enseignement primaire et secondaire et vise à faire la promotion de la qualité de l’enseignement des sciences humaines dans les écoles du Québec. L’AQEUS a appris que vous avez mis en place un comité dont l’objectif est la révision du programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté (second cycle du secondaire ; histoire du Québec et du Canada). Bien que nous saluons votre décision d’améliorer ce programme, notre association a plusieurs raisons de s’inquiéter quant à la direction que ce projet pourrait prendre, notamment en ce qui a trait à une version historique orientée tant politiquement qu’idéologiquement.


    Le Devoir du 6 mars a publié des informations quant à la constitution du comité qui serait « […] une formation restreinte de membres de la Coalition pour l’histoire, faite notamment des historiens Éric Bédard et Robert Comeau, […] [et que] la ministre de l’Éducation [recevra] le 12 mars prochain pour présenter sa stratégie ». Qui plus est, il semblerait qu’au moins une historienne ait été exclue par le seul fait de son militantisme au sein de Québec solidaire. À partir d’informations dont nous disposions, il apparaît que nous assisterions vraisemblablement à une instrumentalisation de l’histoire enseignée à des fins purement politiques et partisanes. Cela constituerait un détournement de la finalité de l’enseignement de l’histoire telle que proposée par l’État québécois depuis de nombreuses années. Par ailleurs, aucun enseignant ou enseignante, ni aucun didacticien ou didacticienne de l’histoire ne fait partie du comité de révision. Penserait-on confier l’écriture du contenu d’un programme de mathématiques à de seuls mathématiciens ? Pourquoi donc les programmes d’histoire ne devraient-ils être l’oeuvre que d’historiens et d’historiennes, et non pas, également, d’enseignants et enseignantes ; de conseillers et conseillères pédagogiques ; de didacticiens et didacticiennes de l’histoire ?


    Gens de terrain


    Menée par la Coalition pour l’histoire formée d’historiens et historiennes nationalistes et d’institutions telles que la Fondation Lionel-Groulx, le Mouvement national des Québécois, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal ainsi que la revue l’Action nationale, la campagne pour la refonte du programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté pourrait faire oeuvre utile si elle s’appuyait plutôt sur des commentaires et critiques émanant de gens de terrain que sont notamment les enseignants et enseignantes ainsi que les conseillers et conseillères pédagogiques. Tel n’est toutefois pas le cas. Le but avoué de la Coalition est de mettre l’accent sur une histoire politique nationaliste et événementielle, de même que sur les grands personnages qu’elle a produits. Le danger guette qu’une lecture limitée à la seule sphère politique évacue d’autres pans importants de l’histoire comme l’histoire sociale et économique, l’histoire des femmes, etc.


    Pour les enseignants et enseignantes membres de l’AQEUS, le creuset de tout programme d’enseignement en histoire ou en géographie devrait être celui des valeurs démocratiques inhérentes à la fonction sociale de l’éducation dont les élèves du Québec constituent le coeur et la raison d’être. En effet, ces disciplines revêtent une importance capitale dans leur formation de citoyens et citoyennes cultivés et pouvant participer pleinement aux débats politiques et sociaux. Ainsi, l’enseignement de l’histoire doit permettre de bien outiller les élèves sur les plans de leur développement cognitif et de leur esprit critique, de même que les préparer adéquatement à une participation aux choix de société et à un engagement réfléchi et articulé dans les multiples débats et enjeux qui ont agité et agitent encore la société québécoise. En cela, le Québec ne fait pas classe à part, puisque la majorité sinon la totalité des sociétés membres de l’OCDE ont orienté les finalités des programmes d’histoire et de géographie en ce sens. D’ailleurs, selon un rapport de l’UNESCO, le temps d’une histoire romantique au service de la justification « […] [des] conflits et [des] exclusions [est révolu], sans doute parce que le développement de cet enseignement a accompagné la formation des États-nations au cours des XIXe et XXe siècles, l’objectif de “faire aimer son pays” et celui de justifier la légitimité historique et l’identité spatiale des territoires se sont-ils imposés avec force ».


    L’histoire en milieu scolaire ne devrait donc en aucun cas être au service d’une entreprise endoctrineuse, et ce, quelle qu’elle soit. Au contraire, la distance historique qu’elle donne aux élèves leur permet une lecture plus intelligente et intelligible du présent. Enseigner l’histoire permet également d’amener les élèves à comprendre que tout récit historique est une interprétation. Considérer qu’une seule interprétation est légitime s’apparente plus à prêcher qu’à enseigner. L’histoire n’est pas univoque. Voilà pourquoi on ne saurait réduire son enseignement à la mémorisation d’un récit par les élèves. Considérer une diversité de sources, une pluralité d’opinions et de courants historiographiques permet le développement de l’esprit critique, caractéristique fondamentale de la pensée historique. L’histoire scolaire ne devrait pas être construite pour produire de futurs souverainistes ou de futurs fédéralistes. Au contraire, à la lumière des apprentissages réalisés en classe d’histoire, elle devrait plutôt contribuer à former des citoyens et citoyennes éclairés qui seront plus aptes à prendre les décisions politiques, sociales et économiques qu’ils et elles jugeront les meilleures. Voilà la conviction de notre association et le conseil que nous vous prodiguons étant donné votre responsabilité ultime quant à l’éducation des jeunes Québécois et Québécoises.

    ***
     

    Lise Proulx - Conseillère pédagogique et présidente, Pierre Beaudoin et Daniel Rouillard - Enseignants et vice-présidents, Sylvain Decelles - Enseignant et directeur de l’information et des communications, Association québécoise pour l’enseignement en univers social (AQEUS)

     
     
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