Québec - S’adapter à une société en constante mutation
Si les principes directeurs de la Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation sont louables, tout comme les actions qui y sont associées, l’avenir de cette politique repose sur l’élargissement de ses horizons pour mieux s’adapter aux besoins d’une société en constante mutation. Tel est le principal constat que font deux experts interrogés par Le Devoir. Perspectives.
Coiffée, depuis son lancement en 2002, du thème « Apprendre tout au long de la vie », cette politique était et est toujours axée autour de quatre orientations, soit assurer une formation de base aux adultes (agir en partenariat et renforcer la prévention, entre autres), maintenir et rehausser le degré de compétence des adultes (répondre aux besoins de la main-d’oeuvre et des entreprises et assurer l’adéquation entre la formation et l’emploi), valoriser les acquis et les compétences des adultes par une reconnaissance officielle et, enfin, lever les obstacles à l’accessibilité et à la persévérance.
Cela dit, est-ce que ces orientations sont encore d’actualité aujourd’hui, voire demain ? Quel bilan tirons-nous de cette politique ? Doit-on ou peut-on l’améliorer ? Voilà autant de questions que Le Devoir a soumises à l’examen du professeur Paul Bélanger, directeur du Centre interdisciplinaire de recherche et développement sur l’éducation permanente (rattaché à l’Université du Québec à Montréal), ainsi qu’à Jean Bernatchez, professeur-chercheur à l’Université du Québec à Rimouski.
« Écoutez, cette politique a des points très positifs, tant sur le plan de la formation de base qu’à l’échelle de la formation reliée à l’emploi et à la reconnaissance des acquis, mais elle oublie des pans importants en ce qui a trait à l’éducation tout au long de la vie », juge le professeur Paul Bélanger, joint à ses bureaux du CIRDEP.
C’est-à-dire ? « Cette politique gouvernementale ne tient pas compte de la demande en éducation de la population âgée de 65 ans et plus. Cette tranche d’âge de la population continue à vivre. Ces gens-là sont encore des Homo sapiens sapiens. Ce sont des gens qui sont encore intelligents. Il n’y a pas que le rapport au travail qui compte ! », lance le professeur Bélanger, qui précise qu’une personne vivra en moyenne 750 000 heures et « travaillera à peine 95 000 heures ». « Alors pourquoi faudrait-il que tout investissement en matière d’éducation soit lié seulement à l’époque de sa vie que consacre un individu au travail ? », se demande M. Bélanger.
Toujours s’adapter
Dans cette perspective, la politique gouvernementale doit s’ouvrir à d’autres horizons sur le plan de l’éducation, que ce soit dans les domaines de la santé, de l’environnement ou de la citoyenneté. « En Suède, par exemple, fait-il remarquer, la politique d’éducation des adultes tout au long de la vie comprend non seulement une formation reliée à l’emploi et une formation générale et de base, mais aussi une formation dite socioculturelle. Les Suédois ont créé des cercles d’études le soir et des centres d’éducation populaire où les gens sont invités à découvrir des champs d’intérêt divers, tels que l’environnement, l’histoire nationale, la santé, l’alimentation, les langues, etc. On retrouve cette même approche en Allemagne. » Une approche qui ne peut qu’être bénéfique pour « une société » et ses citoyens, rappelle-t-il.
La politique gouvernementale en matière de formation continue devra aussi s’adapter à une autre tranche d’âge de la population, indique le professeur Bélanger. « N’oublions pas les personnes âgées de 45 ans et plus et qui ont devant eux de 20 à 25 années de travail. Il faut leur permettre à mi-parcours de leur chemin professionnel de se requalifier ou encore de se relancer dans la vie selon leurs intérêts respectifs. »
D’autant, dit-il, que le marché du travail au Québec est en constante mutation, voire à un moment charnière de son histoire. « Aujourd’hui, ce mois-ci, on remarque que le nombre de gens qui entrent dans le marché du travail est inférieur au nombre de ceux qui en sortent. On arrive donc à un point de rupture sur le plan démographique à l’échelle du marché du travail au Québec. C’est important dans l’histoire de notre société. L’Allemagne a vécu cette situation il y a quelques années », fait remarquer le professeur de l’UQAM.
Responsabilité partagée
Une analyse que corrobore le professeur-chercheur à l’UQAR, Jean Bernatchez, qui estime pour sa part que la politique gouvernementale en matière de formation « a peu insisté sur le savoir relationnel et le savoir interculturel, comme l’interagir avec les gens ». De plus, ajoute le professeur Bernatchez, « quand on parle de développement des compétences, il s’agit en fait de combler l’écart entre ce qu’on perçoit de nos compétences et ce qu’on souhaiterait ».
Dans cette perspective, et pour atteindre des objectifs d’une formation continue qui soit plus efficace, il en va d’une « responsabilité partagée », juge Jean Bernatchez. « Il y a les individus, les employeurs et les ordres professionnels qui s’investissent de plus en plus. J’ai remarqué d’ailleurs qu’au cours des dernières années, les ordres professionnels ont mis sur pied des formations continues tout au long de la vie. Dans certains cas, il y a des politiques de développement de compétences obligatoires, que ce soit chez les travailleurs sociaux, les hygiénistes dentaires, les avocats, les agronomes ou le personnel enseignant. »
« Je travaille actuellement, poursuit M. Bernatchez, avec les commissions scolaires de ma région dans le but de définir un programme de développement des compétences pour l’ensemble de leur personnel. Cela vaut autant pour le concierge que pour l’enseignant et les cadres scolaires. Notre approche vise une formation qui soit davantage intégrée. »
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