Cinq chantiers pour autant de réformes

« Ce Sommet n’est pas une finalité », a répété le ministre Pierre Duchesne pour indiquer son intention de poursuivre la discussion bien au-delà de ce condensé de deux jours.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir « Ce Sommet n’est pas une finalité », a répété le ministre Pierre Duchesne pour indiquer son intention de poursuivre la discussion bien au-delà de ce condensé de deux jours.

C’est à des promesses de réforme de l’enseignement supérieur que s’accrochaient mardi plusieurs des réactions de satisfaction en toute fin du Sommet sur l’enseignement supérieur. Avec cinq chantiers de travail, le gouvernement Marois amorce des changements possibles, en répondant du coup à des demandes et des critiques formulées en cours de consultation.

« Ce Sommet n’est pas une finalité », n’a eu de cesse de marteler le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, pour indiquer son intention de poursuivre la discussion bien au-delà de ce condensé de deux jours de remue-méninges.


Ainsi, Québec confie à l’ancienne directrice du Devoir, Lise Bissonnette, et à l’ex-directeur du Musée national des beaux-arts du Québec, John R. Porter, le mandat de « définir les principes et la vision de la loi-cadre des universités ». C’est avec cette nouvelle loi que le gouvernement souhaite répondre aux demandes pressantes pour une bonification de la gouvernance des universités. Un rapport est attendu le 30 août 2013.


Pour lancer un tout nouveau Conseil national des universités, dont la création a été élaborée dans l’optique de doter les collèges et universités « de plus de cohérence, de rigueur et de transparence », c’est l’ex-recteur de l’UQAM Claude Corbo qui a été désigné. Plusieurs fois proposé en cours de consultation par des acteurs du réseau de l’enseignement, dont les étudiants et les professeurs d’université, ce Conseil serait chargé d’assumer des fonctions de gouvernance et « d’attestation de la qualité » à l’égard du système universitaire. Il doit rendre ses recommandations avant le 28 juin prochain.


Le gouvernement péquiste a en outre décidé de faire le point sur l’offre de formation collégiale au Québec, en scrutant spécifiquement la définition des créneaux régionaux. L’objectif, qui a réjoui tant la Fédération des cégeps que la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), est de permettre une meilleure concertation entre les cégeps et leur milieu. Guy Demers, ancien directeur général du cégep Lévis-Lauzon, présidera les travaux de ce chantier. Un rapport doit être produit au printemps 2014.


Pour réviser la formule de financement des universités, un enjeu complexe et de taille, Québec a songé à Hélène P. Tremblay, anciennement à la tête du Conseil de la science et de la technologie, et à Pierre Roy, ex-p.-d.g. de la RAMQ. Mardi en fin de matinée s’est ajoutée à ce chantier majeur la promesse de plancher sur les frais institutionnels obligatoires (frais afférents), que les étudiants ont présentés comme un moyen détourné, pour plusieurs universités, de contourner un gel des droits de scolarité.


Enfin, un fin connaisseur des mouvements étudiants, l’ancien président de la FEUQ Pier-André Bouchard St-Amant, se voit confier le mandat d’améliorer l’aide financière, ce pour quoi on lui octroie une enveloppe de 25 millions de dollars. En entretien au Devoir, il a affirmé qu’il espérait que toutes les associations étudiantes, y compris l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, participent à ce chantier. « J’ai compris qu’on attendait des propositions concrètes », a dit celui qui est doctorant en économie à la Queen’s University et qui a mené la FEUQ au moment de la conversion de 103 millions de bourses en prêts ; cette décision du gouvernement libéral avait été finalement annulée après la mobilisation étudiante.

4 commentaires
  • Carole Jean - Inscrite 27 février 2013 10 h 00

    La parodie des grèves d'étudiants


    Le Québec nage présentement dans une grande confusion des valeurs. C'est le cas concernant le supposé “droit” de grève des étudiants.

    Sur cette question, la population québécoise est plus intelligente que certains politiciens démagogues et même certains dirigeants de Cégeps. En effet, une forte majorité de Québécois s'opposent à l'idée d'accorder un “droit” de grève aux étudiants des Cégeps et des universités.

    Cela relève de la logique la plus simple. Dans le monde réel du travail, en effet, les droits de grève et de lock-out sont synonymes de rapports de force économiques : les travailleurs en grève perdent leurs salaires et bénéfices tandis que les propriétaires d'entreprise perdent des revenus, laquelle perte peut menacer la survie de l'entreprise. Ce rapport de force encourage les parties à s'entendre.

    Élargir ces droits de grève des travailleurs et de lock-out des entreprises au monde de l'enseignement est loufoque. L'adoption d'un telle mesure aurait des conséquences néfastes pour l'enseignement au Québec.

    Les étudiants sont des clients qui paient pour recevoir un service d'éducation, tandis que l'institution d'enseignement se doit de respecter son contrat de livrer le dit service. Dire que cette dernière pourrait se soustraire à son obligation en déclarant unilatéralement un lock-out ou que les clients-étudiants pourraient déclarer une grève et cesser de suivre les cours, en plus d'empêcher les autres étudiants de suivre les cours pour lesquels ils ont payé, relèvent de l'absurde, sinon d'un fascisme primaire. —Les étudiants ne sont pas des employés. Ce sont des consommateurs de services. Ils n'ont aucun droit de perturber les activités de fonctionnement des Cégeps et des universités.

    Dans n'importe lequel domaine, si des clients sont insatisfaits des services ou des produits livrés par un producteur, ils ont le choix de s'adresser aux tribunaux pour faire respecter un contrat ou ils peuvent cesser d'encourager le fournisseur en question et s

    • Laurent Cormier - Abonné 27 février 2013 14 h 40

      Votre logique m'apparait tout aussi faible que celle que vous reprochez aux politiciens ou aux demandeurs d'un droit de grève étudiant.

      Si l'étudiant est un vulgaire client et qu'il paie pour le "service d'éducation", il devrait plutôt militer pour l'abolition des examens et autres évaluations qui nuisent à l'obtention de son diplôme. L'école devrait avoir l'obligation de lui fournir son diplôme sitôt les heures de cours complétées...Voilà qui serait loufoque.

      À mon avis, les écoles sont bien au service de leurs étudiants et plus généralement de la société. J'espère qu'au cours de ses études collégiales ou universitaires, l'étudiant profite bien d'une opportunité d'éducation et non pas simplement d'une formation à l'emploi. De même, je crois qu'une population bien éduquée et bien formée bénéficie de l'éducation de ses membres autant que ces derniers bénéficient de leur séjour à l'école.

      Je suis donc d'avis que les étudiants sont en droit de demander un outil pour bénéficier d'un rapport de force face à des politiques qu'ils jugent néfastes pour le système dans lequel ils sont acteurs principaux.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 28 février 2013 08 h 45

      Résumé du commentaire de Carole Jean:

      "Une forte majorité de la population est intelligente parce qu'elle partage mon opinion. Les autres sont par définition pas intelligent, la preuve étant qu'ils sont en désaccord avec moi"

  • Pierre-Olivier Marinier Leseize - Inscrit 27 février 2013 10 h 47

    En étant un étudiant moi-même à l'UDEM en littérature de la langue française, je ne me considère pas comme client "acheteur de connaissances". Nous allons à l'école pour s'éduquer et apprendre ces connaissances pour avoir un métier convenable. C'est légèrement désolant de dire que nous sommes des clients. Il y a quelques de vos "clients" qui ne sont même pas capable d'acheter de l'éducation... Je peux m'acheter un ordinateur, mais pas un cours à l'université.
    Vous devriez peser vos mots...