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    Point chaud - Cours en ligne à accès libre : «Le Québec est en train de manquer le bateau»

    25 février 2013 |Fabien Deglise | Éducation
    Claude Coulombe
    Photo: Archives personnelles Claude Coulombe
    Claude Coulombe en cinq dates

    2002: Amorce un doctorat en apprentissage automatique (machine learning), une des composantes de l’intelligence artificielle.
    2003: Préside à la destinée de Lingua Technologie, entreprise spécialisée en traduction par ordinateur et fouille textuelle.
    2010: Intègre la Maison des technologies de formation et d’apprentissage (MATI), un centre de recherche lié aux HEC, à Polytechnique et à l’Université de Montréal.
    2011: Assiste à son premier cours en ligne à diffusion massive offert par l’Université Stanford.
    2012: Entreprend un nouveau doctorat sur cette mutation de l’enseignement à la TELUQ.
    Dématérialiser pour sortir de la crise. Alors que s’ouvre aujourd’hui à Montréal le Sommet sur l’enseignement supérieur, un spécialiste en technologie de l’apprentissage et de l’éducation s’étonne de l’absence, dans le débat en cours sur le financement des universités, du concept de Cours en ligne à accès libre, une idée provenant de grandes universités américaines qui risque de changer radicalement la face de l’enseignement offert aux générations montantes. Tout en réduisant considérablement les coûts de fonctionnement des maisons d’enseignement.

    Claude Coulombe, spécialiste en architecture logicielle et doctorant à la TELUQ, estime même que l’indifférence actuelle envers cette nouvelle forme de transmission du savoir est désolante, vu sa pertinence, et risque également, à moyen terme, de faire manquer au Québec un rendez-vous avec une mutation majeure, et ce, en laissant ce nouveau monde de l’éducation dans les mains d’universités principalement anglophones et étrangères, ou encore dans celles du secteur privé.


    « Nous sommes en train d’assister au début d’une révolution majeure dans le domaine de l’éducation, nous sommes face à un changement technologique, une innovation qui va nous conduire vers un point de rupture, et le manque d’intérêt au Québec pour la question des cours en ligne à accès libre en ce moment est tout simplement navrant », dit l’observateur du présent numérique, qui poursuit actuellement des études doctorales, dans une forme très classique, sur le sujet.


    Le premier Cours en ligne à accès libre de grande envergure - les anglophones parlent de Massive Online Open Courses (MOOC) - a fait son apparition à l’automne 2011 sous la houlette de la prestigieuse université Stanford, en Californie. Il portait sur l’intelligence artificielle. Offert gratuitement, il a été suivi par… 160 000 étudiants provenant de 190 pays dans le monde et qui n’avaient besoin que d’un ordinateur et d’une connexion à Internet pour y assister. Hasard, ou coïncidence ? Le président des lieux, John L. Hennessy, annonce depuis des mois la mort des salles de cours.


    Version contemporaine de l’enseignement à distance, qui se faisait autrefois par correspondance postale et par l’entremise de cassettes VHS, ces cours en ligne pour diffusion massive ont le vent dans les voiles, principalement aux États-Unis où l’on en recense à ce jour pas moins de 300. Outre Stanford, avec son espace d’enseignement dématérialisé baptisé Coursera, le Massachusetts Institute of Technologies, Harvard et Berkeley ont emboîté le pas au printemps dernier en lançant EDx, un consortium de cours en ligne auquel s’est jointe la semaine dernière l’Université McGill, sous l’appellation McGillX. En marge des grandes institutions, Udacity, un service privé de cours en ligne, avance également dans la même direction. Il a été fondé par un ancien professeur de Stanford, Sebastian Thurn, qui a également travaillé sur le concept de voiture sans chauffeur que la multinationale du tout numérique, Google, développe en ce moment.

     

    Logique de diffusion massive


    Au total, 2,6 millions de personnes aux quatre coins du globe ont fréquenté à ce jour ces salles de classe dématérialisées qui offrent pour le moment des cours puisant principalement dans le champ des sciences dites exactes, l’informatique ou les sciences comptables et le marketing. « Le modèle n’est pas encore très bien adapté aux sciences humaines, dit M. Coulombe. Mais cela n’est qu’une question de temps. » De ce nombre, estime-t-il, 10 000 l’auraient fait depuis le Québec.


    Le succès des cours en ligne à accès libre et à diffusion massive est facile à comprendre, selon lui, puisqu’ils répondent aux besoins des générations montantes, ces natifs du numérique, comme on dit, nés en même temps que les technologies de l’information, mais également très habiles avec les outils et les codes que ces technologies ont induits. « Ce sont des cours adaptés pour eux qui vivent au temps de l’ubiquité, sont en permanence dans des communautés dématérialisées et ont des horaires morcelés », poursuit ce fervent militant pour l’implantation immédiate de ce genre de cours au Québec.


    Mieux, la logique de diffusion massive liée à ces cours permet de réaliser des économies d’échelle importantes pour les universités tout en leur assurant un rayonnement important partout sur la planète à des coûts très bas. M. Coulombe en veut d’ailleurs pour preuve le cours sur la « modélisation de la pensée » offert récemment par Coursera et dont la création et le partage du contenu est évalué à… 25 cents par étudiant.


    « C’est paradoxal, dit-il. Il existe en ce moment une technologie, un concept qui permet d’amener la transmission du savoir à des coûts ridiculement bas. Or, dans le contexte actuel de discussion sur le financement et l’avenir des universités, ce que l’on fait, c’est arriver encore avec des solutions qui viennent d’un autre âge, on ergote sur les colonnes de chiffres, on tient des débats de comptables et on est en train de manquer le bateau .»


    Une timidité coûteuse


    Une grande timidité est perceptible au Québec en ce qui a trait aux cours en ligne à accès libre, dont l’offre reste encore majoritairement anglophone et surtout en provenance d’autres pays. À une exception près : l’automne dernier, HEC Montréal s’est lancé dans l’aventure avec EDUlib qui a proposé un cours d’introduction au marketing, suivi par 4500 francophones dans le monde. En mars, l’institution compte offrir un cours sur la compréhension des états financiers. Autour, les autres universités observent le phénomène, et ce, alors que la CREPUQ vient discrètement, dans une analyse portant sur l’avenir des universités, de leur recommander de « mettre à profit les environnements numériques » pour la suite des choses. Les cours en ligne ouverts et à diffusion massive sont, entre autres exemples, cités dans le document.


    « Les cours en français ne sont pas nombreux, dit M. Coulombe, mais cela ne va pas être long avant que ces cours soient offerts, sans doute par d’autres universités que les nôtres. » La semaine dernière, le très américain Coursera a annoncé le lancement de son premier cours dans la langue de Molière : Analyse numérique, traduction d’un cours monté en anglais. L’école Polytechnique fédérale de Lausanne en Suisse passe d’ailleurs par ce même outil de diffusion pour son cours d’introduction à la programmation, en français.


    « Les cours en ligne à accès libre représentent bien plus qu’un enjeu technique, poursuit-il. Si l’on ne fait rien aujourd’hui, il y a un risque de voir une poignée d’universités desservir le monde entier, y compris le Québec, le tout avec une forte hégémonie des universités américaines » qui débarquent en ligne avec des professeurs prestigieux et des formations en prise directe avec le présent livrées dans une forme adaptée à la nouvelle réalité numérique et surtout sur le point d’être reconnues par les employeurs.


    Et cette mutation profonde, à elle seule, gagnerait d’ailleurs, croit M. Coulombe, à se retrouver au coeur d’un nouveau cours en ligne à accès libre, mais obligatoire pour les associations étudiantes, les gestionnaires d’universités et les politiciens : un cours de philosophie sur toutes ces innovations dont on ne sait pas ce qu’elles pourraient bien apporter tout en exposant facilement tout ce qu’elles risquent de faire perdre.

     
     
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