Sommet sur l’enseignement supérieur - Pour une gouvernance «efficace»

<div>
	« C’est pas moi qui veux une décision sur les droits de scolarité, c’est ce que les Québécois nous demandent », explique Pierre Duchesne.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
« C’est pas moi qui veux une décision sur les droits de scolarité, c’est ce que les Québécois nous demandent », explique Pierre Duchesne.

Une reddition de comptes « plus ciblée » et « efficace », un suivi systématique, des conseils d’administration plus solides et capables de « challenger les recteurs »… La démarche ne sera pas coercitive, mais le ministre de l’Enseignement supérieur entend donner un coup de barre dans la gouvernance des universités.

« Ça ne touchera pas à l’autonomie des universités ni à la liberté académique. On ne rentrera pas dans la salle de cours. C’est au niveau d’une reddition de comptes. La population nous le demande. “Est-ce que ça peut être plus transparent ?” », a dit Pierre Duchesne en entrevue au Devoir, à quelques jours du Sommet sur l’enseignement supérieur.


La paperasse qu’auront à fournir les recteurs sera simplifiée. « On ne demandera pas un pied et demi de documents, [on va] peut-être demander 30 cm », illustre le ministre. « Ça va être beaucoup plus ciblé, et surtout, on va faire un suivi. Ce sera plus précis comme reddition de comptes et plus efficace. »


Il souhaite aussi une uniformisation des états financiers. « Même le vérificateur général, qui est allé voir la gestion de l’UQAM, a dit qu’il avait de la misère à comprendre », souligne M. Duchesne. « Ils sont corrects, les états financiers, et ils respectent les cadres des vérificateurs, mais peut-on les comprendre et les rendre comparables d’une institution à une autre ? » Les conseils d’administration des universités ne seront pas affaiblis, mais plus « solides ». Quelle devrait être leur composition ? Comment pourrait-on préciser leur mission ? Cela pourrait parfaitement faire l’objet d’un chantier, rappelle le ministre, qui insiste pour dire qu’il ne s’agit pas de repousser dans le temps certains dossiers chauds. « On va mettre des échéanciers. »


De pair avec la gouvernance, l’une des trois grandes réformes qu’il veut mener, le ministre met de l’avant la création d’un organisme-conseil indépendant sous son autorité, dont le rôle serait de s’assurer d’une forme de reddition de comptes, à l’image de ce que proposent les recteurs. Une façon de ressusciter feu le conseil des universités, qui s’est éteint en 1993. « On se retrouve des années plus tard avec certains problèmes. Il faut ramener la concertation des universités, un développement qui a une certaine cohérence, un suivi dans les nouveaux programmes pour qu’il n’y ait pas de dédoublements, etc. Plus personne ne faisait ça. »

 

La formule de financement


Le ministre promet également de réformer la formule de financement, qui dote les universités selon leurs effectifs, pour introduire des critères socio-économiques, comme les diplômés de première génération. Cette formule avantagerait les universités en région, du réseau de l’UQ, au détriment d’universités anglophones, comme McGill, qui n’a que le quart de ses étudiants dans cette catégorie. Il n’exclut pas de lier des enveloppes à des objectifs de rétention. « Si vos étudiants arrivent de l’étranger, paient des droits de scolarité comme dans leur pays, font une bonne affaire… si à 90 % ils retournent chez eux, la nation québécoise y gagne quoi ? », a dit le ministre, faisant allusion à McGill


Mais pour l’instant, il n’est pas question de modulation ou de financement différencié, affirme Pierre Duchesne. Toutes les universités ont les mêmes règles. « McGill nous demande des règles particulières pour tenir compte de leur situation et on ne voit pas pourquoi on irait dans ce sens-là. Les universités québécoises, c’est un réseau en soi, et on est fiers qu’elles soient toutes là-dedans », a-t-il dit.

 

Une décision sur les droits de scolarité


Il mise sur ses trois réformes, qui vont restructurer le système beaucoup plus que « des points de pourcentage de droits de scolarité ». N’empêche, il ne nie pas que la question des droits de scolarité est un incontournable qui ne devra pas finir en chantier. « Il faut une entente et il faut qu’il y ait une décision. » Il fera connaître sa proposition plus détaillée d’indexation au Sommet lundi.


À ce stade-ci, les acteurs sont campés sur leurs positions et le consensus apparaît difficile. Est-ce réaliste de prendre une décision dans ce contexte ? « C’est pas moi qui veux une décision sur les droits de scolarité, c’est ce que les Québécois nous demandent », répond le ministre. « Parlez à vos amis, à votre parenté, qu’est-ce qu’ils demandent : “On peut-tu régler cette affaire-là ?” J’ajoute, comme ministre qui incarne une partie l’État québécois, que la société québécoise ne peut pas se permettre tous les 10-15 ans une vague de grève chaque fois qu’on redéfinit les droits de scolarité. »


Le ministre Duchesne ne ferme pas la porte à la contribution des entreprises dans le financement des universités, mais soutient qu’il n’est pas question, pour l’instant, de contraindre le privé de quelque façon que ce soit. « Ce n’est pas politiquement réaliste. Ce n’est pas dans ce chemin qu’il faut aller. Vous ne vous souvenez pas de la taxe santé ? », dit-il.


Plutôt que de jouer sur des terrains glissants, le ministre préfère se faire le chantre de la paix sociale revenue. Il se targue de tenir des discussions ouvertes et de parler à tout le monde, tant aux recteurs et professeurs qu’aux associations étudiantes plus « modérées » et celles « plus définies dans leur position ». Et même si toutes ne seront pas autour de la table lundi au Sommet, il rappelle qu’on est loin de la crise du printemps. Aurait-il voulu faire certaines choses autrement ? « Il est un peu trop tôt pour faire le bilan », souligne le ministre. « Je me suis surtout attardé à ramener un climat favorable aux échanges. Au Québec, un de nos traits de caractère, c’est qu’on est capables de dialoguer autour d’une table. Certains se moquent, mais je pense que les gens aiment pas mal mieux voir des gens nombreux autour d’une grande table que de voir les images insoutenables qu’on a eues chaque fois qu’on prenait notre souper, pendant des soirs. Les Québécois ne veulent plus voir ça. »

31 commentaires
  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 23 février 2013 07 h 12

    La gouvernance efficace

    Ce sera vraiment la première fois que je verrai cela dans le monde de l'éducation. J'ai tellement assisté à du gaspillage d'argent pour des raisons politiques pendant mes 40 ans de carrière en éducation que j'ai de la misère à croire à cela. La première chose à faire serait sûrement de diminuer le nombre de personnes qui inventent des problèmes pour justifier leur importance en faisant semblant de les régler. Et ce n'est pas du sarcasme. Des exemples, j'en ai à la tonne. Pour le même travail que l'on faisait à 2 ou 3 personnes il y a 10 ans, aujourd'hui, croyez-le ou non cela en prend 10. Et encore, le travail est tellement bureaucratisé, qu'on oublie que l'essentiel est de faire un travail d'éducateur. Je suis prêt à mettre un petit 2 piastres que toutes ces nouvelles patentes vont résulter par une augmentation de facture de gestion et une diminution de service à la clientèle. Et comme dirait l'autre... Bon, on verra.

    • Léon Talbot - Inscrit 24 février 2013 19 h 49

      Pourriez-vous détailler des exemples concrets? Merci.

  • Réjean Dumais, ing. - Inscrit 23 février 2013 08 h 04

    Pour une gouvernance «efficace» !

    Il ne faudrait surtout pas passer trop de temps sur la gouvernance. Le ministère de l’Éducation peut continuer à faire sa job et surveiller les gestionnaires impliqués dans le fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur, quitte à faire intervenir le Vérificateur général, voire même l’Unité permanente anticorruption (UPAC).
    On devrait passer plus de temps à discuter de ce qui concerne directement les étudiantEs... Devinez quoi ! Plus simple encore, demandez-leur !
    Bonne fin de semaine ! Bon Sommet !

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 23 février 2013 08 h 07

    Vingt ans de retard à combler ?

    S'il est vrai comme le prétendait Mme Heather Monroe-Blum rectrice de McGill, qu'il fallait s'interroger sur le fait que notre système d'enseignement supérieur serait comparable au système sénégalais d'il y a vingt ans, monsieur Duchesne n'en a certainement pas fini avec ses restructurations.

  • Paul Michaud - Abonné 23 février 2013 08 h 15

    Pour une gouvernance efficace

    M. Deschênes, la question n'est pas de savoir si on a trop d'étudiants étrangers, mais bien comment on pourrait en attirer encore plus, et surtout, surtout comment les retenir.
    Société du savoir = + de diplômes. Peut-on vraiment avoir trop de gens formés?
    Dans le ROC il y a une plus forte proportion de diplômes. Dans le ROC il y a aussi proportionnellement une plus forte immigration qu'au QC. Y aurait-il un lien de cause à effet???

    • Solange Bolduc - Abonnée 24 février 2013 09 h 15

      On a de la difficulté à trouver du travail pour tous les diplômés d'universités, donc retenir les étudiants étrangers pour quoi faire ? Et surtout s'ils ne veulent pas y rester pour travailler !

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 24 février 2013 14 h 53

      Les frais de scolarité devraient être la totalité des coûts réels de cette scolarité pour les non-résidents qui viennent ici profiter de notre système pour s'en aller ailleurs ensuite. Actuellement, ils paient 15 000 $ par année, alors que le vrai coût pour l’État est de 30 000 $.

  • Pierre Germain - Inscrit 23 février 2013 08 h 21

    Il est vrai que les conseils d'administration d'université sont majoritairement composés d'entrepreneurs locaux dont la présence est plus motivée par le desir d'obtenir des contrats de celle-ci que de voir à sa bonne gouvernance. Conflit d'intérêt.