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    Trois joueurs, trois enjeux - Les recteurs

    L’internationalisation de l’éducation divise les universités

    23 février 2013 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Deux universités québécoises, l’Université de Montréal et McGill, réclament un traitement différencié et un financement accru, lié à leur excellence et à leur bonne performance à l’international.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Deux universités québécoises, l’Université de Montréal et McGill, réclament un traitement différencié et un financement accru, lié à leur excellence et à leur bonne performance à l’international.
    Au sommet de la dernière chance, les droits de scolarité remporteront assurément la palme du sujet le plus discuté. Mais sous cet objet de négociation auquel le gouvernement Marois s’attaque pour résorber une crise, se cachent des enjeux capitaux qui sont déterminants pour la manière avec laquelle se déploiera dans l’avenir le réseau de l’enseignement supérieur. Nous en décortiquons trois essentiels, chacun associé à l’un des groupes principaux représentés à la rencontre, soit les étudiants, les recteurs et le gouvernement.
    Les universités sont-elles capables d’être compétitives à l’échelle mondiale ? Et jusqu’où doivent-elles se comparer aux autres ? Si certaines universités québécoises ont le regard tourné vers le monde, certaines courent déjà pour rattraper le peloton de tête.

    Ce n’est pas d’hier qu’elles se sont lancées dans la course. En 1999, l’Université de Montréal publiait sa stratégie Pour un complexe universitaire de calibre mondial. Déjà, à l’époque, elle plaidait pour un réinvestissement massif en se comparant à l’Université de Toronto, base de comparaison qu’elle jugeait alors la plus pertinente. Plus tard, en 2002, Québec adoptait sa stratégie internationale en matière d’éducation. Intitulé Pour réussir l’internationalisation de l’éducation : une stratégie mutuellement avantageuse, le plan, qui visait notamment l’exportation du savoir-faire des universités d’ici et leur rayonnement à travers le monde, devrait d’ailleurs être réactualisé en 2013, ont fait valoir les recteurs plus tôt cette semaine.


    Depuis plusieurs années, deux universités québécoises, l’Université de Montréal et McGill, font partie d’un G5 universitaire, aux côtés de trois autres de leurs homologues canadiennes, et réclament un traitement différencié et un financement accru, lié à leur excellence et à leur bonne performance à l’international. Dans les classements internationaux, ces deux universités québécoises font aussi partie des 100 meilleures universités au monde.


    Pas étonnant qu’au Québec, les universités à charte privée et qui ont, en raison de leur Faculté de médecine, de grands volumes de recherche (l’UdeM, McGill, l’Université de Sherbrooke et l’Université Laval) réclament à grands cris un réinvestissement massif, pour rattraper leurs consoeurs canadiennes et demeurer compétitives à l’échelle internationale. « Je suis en compétition avec l’UBC [Université de la Colombie-Britannique] et j’ai 25 % de moins. Ce n’est pas vrai que je vais pouvoir continuer à avoir le même succès et continuer à former des dentistes et des avocats de qualité », s’inquiétait plus tôt cette semaine le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton.


    En même temps, ces universités premières de classe se targuent d’être parmi les meilleurs au monde, de livrer un enseignement de qualité et d’être des leaders mondiaux en recherche dans certains domaines. Alors, où est le mal, docteur ?


    Le malaise tient peut-être d’un discours contradictoire, croit Sylvie Beauchamp, présidente du réseau UQ. « L’Université de Montréal a publié un communiqué dans lequel elle dit qu’elle est deuxième au Canada en médecine, alors on se dit qu’elle ne doit pas être si mauvaise que ça avec les fonds qu’elle a », constate-t-elle. Mais elle souligne qu’en médecine, par exemple, ce qui fait l’écart de financement entre les universités québécoises et canadiennes, c’est que ces dernières utilisent de plus en plus les technologies, comme la simulation, dans la formation médicale. Et à cet égard, les facultés de médecine d’ici sont en retard dans l’achat d’équipement, concède-t-elle. « Mais est-ce qu’on doit déduire que la formation médicale est moins bonne ? Je ne pense pas. C’est un raccourci dangereux de dire ça », a-t-elle soutenu.

     

    Compétition à tout crin


    Vue du Québec, cette course mondiale soulève des questionnements. Pourquoi cet accent mis sur la nécessité de faire compétition pour être les meilleurs au monde et propulser les universités dans le haut des palmarès ? Est-ce vraiment un si grand problème de ne pas se trouver dans le peloton de tête ? La chancelière et présidente du Conseil de l’Université de Montréal, Louise Roy, croit que de ne pas se comparer à autrui est « contre-intuitif ». « Je ne crois pas qu’on devrait juste se regarder, nous. Si on veut progresser et réussir, quand on se compare à nous-mêmes, on peut se dire qu’on est fier », souligne-t-elle. « Mais qu’on le veuille ou non, on est dans un environnement mondial. »


    « Il faut s’enorgueillir d’avoir des universités de calibre mondial. C’est la capacité d’attirer des étudiants de l’étranger, c’est un indicateur très solide de la compétitivité des universités », a dit Michel Belley, qui a été recteur pendant dix ans de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).


    Mais attention, l’internationalisation peut avoir des effets pervers lorsqu’on n’en décode qu’un sens, croit Sylvie Beauchamp. « L’internationalisation, c’est pas seulement de se comparer. C’est le fait que nos chercheurs publient et ont des impacts dans le monde », insiste-t-elle. Ce ne doit pas toujours être une question de sous. « Pour moi, il faut que dans la formation des étudiants il y ait une conscience de l’international, et c’est bien qu’il y ait des étudiants internationaux. […] Oui, l’internationalisation, c’est un incontournable des universités modernes. Mais ça ne veut pas dire qu’on doit viser être dans le top des palmarès, qui sont beaucoup basés sur la réputation. »


    Au Sommet, elle souhaiterait que soit discutée avec sérieux la proposition d’une politique nationale des universités. « J’aimerais entendre parler d’une vision pour les universités, où on veut aller ensemble collectivement. Et ça s’exprime dans une politique. Il ne s’agit pas seulement de réclamer du financement. Les besoins sont là, mais il faut avoir une vision pour l’ensemble du système universitaire. On est rendus là. »

    ***

    Des étudiants venus d’ailleurs

    En 2010, quelque 29 400 étudiants ont quitté leur pays d’origine pour venir étudier au Québec, un indice de l’internationalisation des établissements d’ici. En provenance principalement de France, puis des États-Unis, mais de plusieurs dizaines d’autres pays, ces étudiants paient des droits supérieurs à ceux des Québécois et des Canadiens - 13 435 $ par année pour un programme de bac en 2011-2012. On estime qu’environ 10 % d’entre eux restent au Québec après leurs études.

    ***

    Le Sommet en chiffres

    61 Nombre de sièges à la table de discussion du Sommet, comptant 54 partenaires et 7 élus.

    350 Observateurs et médias présents au Sommet.

    2168 $ Les droits de scolarité au Québec en 2012-2013 pour une année.

    12 923 $ Endettement moyen d’un étudiant québécois à la fin de ses études de premier cycle en 2009-2010.

    850 Le sous-financement des universités en 2013, en millions de dollars, selon les recteurs d’établissement.

    300 Le sous-financement des universités en 2013, en millions de dollars, selon l’économiste Pierre Fortin.

    54 % Proportion des revenus des universités venus du gouvernement du Québec.

    48 Nombre de cégeps, accueillant 191 000 étudiants.

    18 Nombre d’établissements universitaires, accueillant 272 000 étudiants.

    Source : ministère de l’Enseignement supérieur













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