Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Trois joueurs, trois enjeux - Le gouvernement

    Gouvernance des universités: naviguer entre autonomie et imputabilité

    23 février 2013 |Marie-Andrée Chouinard | Éducation
    Au sommet de la dernière chance, les droits de scolarité remporteront assurément la palme du sujet le plus discuté. Mais sous cet objet de négociation auquel le gouvernement Marois s’attaque pour résorber une crise, se cachent des enjeux capitaux qui sont déterminants pour la manière avec laquelle se déploiera dans l’avenir le réseau de l’enseignement supérieur. Nous en décortiquons trois essentiels, chacun associé à l’un des groupes principaux représentés à la rencontre, soit les étudiants, les recteurs et le gouvernement.
    Les 5 milliards investis chaque année par Québec dans le réseau des collèges et universités sont-ils dépensés à bon escient ? Les Québécois font-ils une bonne affaire ? Cet argent, que le réseau juge insuffisant, est-il utilisé de manière optimale, particulièrement en période de rééquilibrage des finances ?

    Entre deux extrêmes irréalistes - la vision d’horreur supputant partout des scandales et la vision idyllique ne croyant au contraire à aucun excès - se trouve sans doute un début de vérité. Mais pour y creuser de la manière la plus claire, le gouvernement espère la mise en place d’une meilleure gouvernance : des universités gérées sous le signe de l’efficacité, de l’efficience, de la transparence, de la responsabilité et de l’imputabilité.


    « Les discours actuels sur la gouvernance ne sont pas neutres, pas plus qu’ils ne seraient l’expression d’un bel élan de renouveau éthique, voire de rigueur morale. Ils sont plutôt nés dans la dynamique de la mondialisation, selon laquelle tous les pouvoirs « internes », y compris ceux des décideurs politiques et « nationaux », apparaissent comme des freins au libre exercice des pouvoirs, essentiellement économiques et financiers, de forces transformatrices et… transfrontalières. »

     

    Serrer la vis


    C’était en 2009, et Pierre Lucier, grand sage universitaire, déballait son sac sur la gouvernance. Dans la foulée du scandale de l’UQAM, les libéraux et la ministre Michelle Courchesne, à la tête de l’Éducation, avaient décidé de serrer la vis aux universités pour assurer une gestion efficace. Deux projets de loi (38 et 44) ont été concoctés, mais… ils ne verront jamais le jour. Tout ce qui grouille autour de l’enseignement supérieur a toutefois l’occasion de se prononcer, comme le fait alors Pierre Lucier, fin connaisseur à la fois du camp universitaire et du camp gouvernemental : aujourd’hui titulaire de la Chaire Fernand-Dumont sur la culture à l’INRS, il a été à son heure président de l’Université du Québec, président du Conseil supérieur de l’éducation, président de la CREPUQ (Conférence des recteurs et principaux d’université du Québec) et sous-ministre de l’Éducation et aussi de l’Enseignement supérieur et de la Science.


    « Comme entité corporative, une université est donc une « entreprise » - une « business », dit-on familièrement - dont les objets sont essentiellement des programmes d’enseignement et de recherche à établir et à mettre en oeuvre, des grades et des diplômes à décerner, des libertés académiques à garantir », écrit M. Lucier, qui préfère aujourd’hui ne pas commenter les objets du Sommet de l’enseignement supérieur à venir. « Ce n’est donc ni une société commerciale, ni l’Hydro-Québec, ni la SAQ, ni la RAMQ, ni même le ministère de l’Éducation. »


    L’autonomie, assise clé de la liberté de pensée de laquelle tous les universitaires se revendiquent, est-elle remise en question lorsque le politique, sous prétexte de mieux savoir où vont les deniers publics, exprime le souhait d’une gouvernance mieux boulonnée ? Le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, sensible à un véritable exercice de reddition de comptes, a laissé entendre qu’il souhaitait resserrer les mécanismes en place.


    « Je ne peux m’empêcher de voir une dérive là où le gouvernement cherche à récupérer du contrôle sur les établissements universitaires », explique Pier-André Bouchard St-Amant, doctorant en économie à la Queen’s University, ancien président de la FEUQ en pleine grève de 2005. « On parlait sous les libéraux d’une loi modifiant les C.A. et, maintenant, il y a une discussion autour d’un organisme de surveillance de l’offre des programmes ? Laisser aux universités leur autonomie introduit peut-être des dérives, un problème d’aléa moral, comme l’îlot Voyageur, mais en cherchant à réduire la liberté institutionnelle, on réduit aussi l’autonomie en recherche et en enseignement. C’est pour moi le meilleur argument pour l’autonomie financière des universités et aussi… contre la gratuité scolaire. En diversifiant les sources de revenus des universités, on leur permet de se protéger des « chasses aux sorcières ». »


    Alors quoi ? Est-ce que, comme le dit l’ancien recteur de l’Université de Montréal et chercheur au CIRANO Robert Lacroix dans un texte publié aujourd’hui en page Idées, « le Québec se donne bonne conscience en attaquant la gestion des universités » ?


    Pour Claude Lessard, président du Conseil supérieur de l’éducation, les questions de gouvernance auxquelles s’attaque le gouvernement doivent être intimement liées à la mission de l’université, une mission à mieux cerner. « Pour entrer dans le champ de la gouvernance, il faut d’abord comprendre comment s’actualise la mission de l’université. » À travers des phénomènes comme l’internationalisation de la recherche, le développement des études supérieures, le recrutement des étudiants étrangers, les besoins des nouveaux étudiants, la croissance des coûts, le plurilinguisme. « Ces phénomènes sont incontournables, ce qui ne veut pas dire qu’il faut s’y soumettre sans livrer bataille, sans les dompter ou les adapter. Il importe de les saisir pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des sources de tension et de questionnement, et non comme des causes du naufrage de l’université, ni comme la promesse d’un nouvel âge d’or. »

    ***

    Des comptes à rendre

    En vertu de la Loi sur les établissements d’enseignement universitaires, les universités fournissent chaque année au gouvernement un rapport financier vérifié par un vérificateur externe, un état du traitement des membres de leur personnel de direction (salaire, primes et avantages versés), un rapport sur la performance portant sur les taux de réussite, la durée des études, les mesures d’encadrement et les programmes d’activités de recherche, et un rapport sur les perspectives de développement. Tous les trois ans, les dirigeants sont entendus par la Commission de la culture et de l’éducation, à qui ils présentent leurs rapports. Cet exercice aura lieu à l’automne 2013.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.