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    Trois joueurs, trois enjeux - Les étudiants

    L’impact du programme d’aide financière sur l’accessibilité ne fait pas l’unanimité

    23 février 2013 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Selon la Fédération étudiante universitaire du Québec, loin d’être une panacée, un plus grand accès aux prêts constitue en fait un cadeau empoisonné.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon la Fédération étudiante universitaire du Québec, loin d’être une panacée, un plus grand accès aux prêts constitue en fait un cadeau empoisonné.
    Au sommet de la dernière chance, les droits de scolarité remporteront assurément la palme du sujet le plus discuté. Mais sous cet objet de négociation auquel le gouvernement Marois s’attaque pour résorber une crise, se cachent des enjeux capitaux qui sont déterminants pour la manière avec laquelle se déploiera dans l’avenir le réseau de l’enseignement supérieur. Nous en décortiquons trois essentiels, chacun associé à l’un des groupes principaux représentés à la rencontre, soit les étudiants, les recteurs et le gouvernement.
    L’un peut difficilement aller sans l’autre. S’il n’y avait pas de droits de scolarité, les prêts et bourses n’existeraient probablement pas non plus. Or, voyant que la gratuité est maintenant écartée et que le scénario de l’indexation a le champ libre, plusieurs, à commencer par les étudiants, voudront s’assurer que l’aide financière aux études (AFE) figurera au rang des sujets de discussion prioritaires du Sommet qui débute lundi.

    Mais quel est l’effet réel de l’actuel programme de prêts et bourses ? A-t-on vraiment, comme l’ont martelé plusieurs, le régime de prêts et bourses « le plus généreux en Amérique du Nord » ? « Ce n’est pas une panacée », dit la présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), qui, ne dérogeant pas de sa ligne politique, soutient que l’aide financière ne doit pas servir à faire avaler une augmentation des droits de scolarité. L’idée d’atténuer les effets d’une forte hausse par une bonification du programme de prêts et bourses ne semble pas la convaincre. « La bonification que ça demande d’AFE pour compenser l’indexation, ça va demander un investissement plus élevé que ce que [l’indexation] rapporterait », dit-elle.


    N’empêche, le programme de l’AFE s’est bonifié depuis sa création en 1966, suivant l’augmentation de la fréquentation universitaire. Le budget des dépenses de l’AFE est passé de quelques millions à 615 millions pour 2013-2014. Environ 40 % des étudiants québécois reçoivent actuellement une aide quelconque, selon la formule : dépenses admises-contribution = aide.


    Depuis l’été dernier, découlant des vives discussions du conflit étudiant, les libéraux ont adopté par décret des modifications à l’AFE, soit la hausse de 30 000 à 45 000 $, en 2016-2017, du niveau du seuil de contribution parentale dans le calcul des bourses. Ils ont également entériné des mesures qui visent la portion « prêt » de l’aide, soit le droit, pour les étudiants dont le revenu des parents n’excède pas 100 000 $, à un prêt permettant de couvrir les droits de scolarité et le coût du matériel scolaire, et l’augmentation à 60 000 $ du seuil de revenu familial pour l’obtention d’un prêt.


    Le Comité consultatif sur l’accessibilité financière aux études (CCAFE), qui a salué dans l’ensemble ces mesures, en a mesuré l’impact. Pour un étudiant qui gagne 7000 $ par année, qui vit hors du domicile familial et dont les deux parents gagnent 35 000 $ au total, le prêt (2440 $) demeure inchangé. Mais ses bourses, qui étaient de 2530 $, grimpent désormais à 4065 $. Cette hausse de plus de 1500 $ des bourses aurait largement permis de compenser la hausse des droits de scolarité des libéraux (254 $ annuellement), alléguaient plusieurs.


    « La hausse du seuil de contribution parentale est une bonne chose, parce qu’on peut dire que plus de gens ont accès à des bourses, oui », dit Martine Desjardins. Selon elle, le problème vient du plus grand accès aux prêts, qui constitue un cadeau empoisonné. « Ce n’est pas tout de donner plus d’argent en prêt aux étudiants. Il faut leur donner de l’argent en fonction de leurs besoins », souligne-t-elle. Dans son rapport, le CCAFE fait écho à cette préoccupation sur l’endettement, constatant que pour les étudiants issus de familles de la classe moyenne, le prêt consenti est plus important, donc augmente la dette de plusieurs milliers de dollars.

     

    Pas parfaite, l’aide financière


    Les mesures adoptées par les libéraux ont été reconduites par les péquistes maintenant au pouvoir. Alors que leur dernier budget en précisait pourtant l’annulation l’an prochain - pour l’établir « au niveau de celle de 2011-2012 » -, une discussion aux contours flous est prévue au Sommet qui débute lundi, pour aborder notamment la question de la contribution parentale et des crédits d’impôt, très critiqués parce qu’ils avantagent les riches.


    « Ça nous fait craindre le pire. On va faire une proposition à la va-vite ; le moindrement qu’il va y avoir quelqu’un en désaccord, ça va s’arrêter là », a déclaré Martine Desjardins, qui souhaite voir plusieurs correctifs apportés au programme.


    À commencer par l’indexation des dépenses au coût de la vie, ce qui n’a pas été fait l’année dernière, non plus cette année. Avant cela, on ne l’a fait que sporadiquement. « Actuellement, ce qu’on donne pour le transport n’a pas été indexé. Ça ne paie que la moitié de la passe mensuelle », souligne Mme Desjardins.


    Elle déplore que dans le calcul d’aide financière, on ne tienne toujours pas compte de l’augmentation du salaire minimum, qui fait en sorte que la limite maximale de revenus qu’un étudiant peut faire avant de se faire couper l’accès aux bourses est vite atteinte. « Actuellement, un étudiant qui, par exemple, l’été, travaille plus de 15 semaines à temps plein n’a plus le droit aux bourses », explique-t-elle. « Il faut repousser cette limite. »


    Complexe, méconnu et difficile à vulgariser, le programme d’aide financière aux études. Et comme en toute chose, le diable est dans les détails.

    ***

    Plus de 100 000 bénéficiaires de l’AFE en 2011-2012

    101 162 étudiants recevaient des prêts et des bourses.

    53 228 étudiants recevaient uniquement des prêts.

    2174 étudiants recevaient uniquement des bourses. (Seuls les étudiants atteints d’une déficience fonctionnelle majeure peuvent recevoir uniquement des bourses.)

    Source : ministère de l’Enseignement supérieur













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