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    Pourquoi évacuer du Sommet le déséquilibre linguistique du financement de l’enseignement supérieur?

    21 février 2013 16h00 | Collectif | Éducation
    Depuis maintenant près d’un an, le mouvement étudiant a amené la société québécoise à se livrer à un exercice de réflexion sur la question de l’accessibilité et du financement de l’enseignement supérieur, ainsi que sur le rôle que doivent jouer nos universités aujourd’hui, sur les plans économique, social et culturel. Bien qu’effleuré par les étudiants, et évacué jusqu’à présent du sommet sur l’enseignement supérieur, l’enjeu linguistique mérite qu’on lui accorde la plus grande importance.

    En examinant le financement et la fréquentation universitaire, on s’aperçoit qu’il existe un déséquilibre marqué entre les établissements francophones et anglophones. En effet, les citoyens québécois ayant l’anglais comme langue maternelle représentent environ 8,3% de la population. En revanche, selon les données du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) de 2011, 25% des étudiants fréquentent les universités de langue anglaise au Québec et 18% suivent une formation collégiale en anglais.

    En ce qui concerne le financement universitaire, les établissements anglophones reçoivent 29% de l’ensemble des revenus qui sont alloués aux universités. En comparaison, au Canada anglais, les établissements francophones sont financés en deçà du poids démographique des francophones. Alors que trop peu de gens osent remettre en question ce déséquilibre du financement universitaire, véritable vestige de l’époque d’avant la Révolution tranquille, les effets négatifs se font ressentir autant au niveau social, économique que culturel.

    Actuellement, les deux plus importantes universités anglophones, McGill et Concordia sont situées à Montréal, là où le déclin du français se fait le plus sentir. Ces établissements constituent des vecteurs de développement économique, social et culturel de premier plan et attirent un nombre important de francophones et d’allophones qui apprennent non seulement à pratiquer leur profession en anglais, mais qui baignent pendant quelques années dans la culture de l’université, enclave anglicisante qui s’étend bien au-delà des quatre murs de l’établissement.

    Le fait de financer de façon à ce point démesurée le réseau post-secondaire anglophone apparait pour le moins contradictoire avec l’aspiration de faire du français la véritable langue commune des Québécois. La plupart des intervenants du débat linguistique s’entendent sur le fait que la francisation du marché du travail est une condition sine qua non pour contrer le déclin du français et assurer sa pérennité.

    Il est cependant contre-productif de déployer des efforts et des ressources à franciser le marché du travail alors que les contribuables québécois paient pour former une part aussi disproportionnée de notre main-d’œuvre en anglais. En mettant en œuvre des mesures visant directement les milieux de travail, le gouvernement tente d’éteindre des feux tout en contribuant paradoxalement à les alimenter. Croire qu’un nouvel arrivant ayant étudié en anglais aura spontanément le réflexe de passer au français en intégrant un monde du travail où l’anglais occupe une place grandissante est illusoire. Il serait beaucoup plus logique et efficace d’agir en amont du marché du travail en finançant adéquatement l’éducation post-secondaire en français.

    Aux effets pervers du déséquilibre actuel du financement sur l’état de notre langue nationale, suffisants à eux seuls pour revoir en profondeur le financement post-secondaire, s’ajoutent des impacts économiques néfastes. Une étude réalisée par l’Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA), parue en 2010, a fait la lumière sur les taux de rétention des finissants de différents programmes et universités du Québec. Il en ressort que les diplômés issus des universités anglophones quittent le Québec dans une proportion cinq fois plus grande que les étudiants formés dans les universités francophones. Les universités anglophones forment donc une main-d’œuvre plus encline à travailler à l’extérieur du Québec. Cela s’explique en partie par le fait qu’au sortir de leur formation, plusieurs étudiants ne maîtrisent pas la langue de Molière et savent encore moins l’écrire, par conséquent, ils sont tentés, ou même forcés, de quitter le Québec.

    Par exemple, lorsqu’on examine le cas des facultés de médecine, environ 50% des médecins de l’université  McGill travaillent au Québec tandis que c’est plus de 90% pour les finissants de l’Université de Montréal. Dans le cas de la santé, le gaspillage des ressources ne s’arrête pas là. Même avec un aussi faible pouvoir de rétention, l’université McGill s’est vue financer un «mégahôpital», le CUSM, qui a eu non seulement pour effet de priver les autres régions québécoises d’investissements considérables et essentiels en santé, mais aussi d’institutionnaliser l’anglicisation du réseau de santé au Québec. Ces dépenses faramineuses ne font que perpétuer aux frais de la collectivité les privilèges exagérés de la minorité anglophone.

    Est-il stratégiquement viable de financer autant un réseau d’éducation parallèle qui matérialise notre infériorisation nationale et perpétue inéluctablement l’anglicisation lente du Québec sous couvert d’une fausse équité et d’ouverture?    

    Ont signé cette lettre :

    Pr Michel Moisan, physicien, Université de Montréal
    Pr Pierre-André Julien, économiste, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Louise Vandelac, professeure titulaire, département de sociologie, Université du Québec à Montréal
    Pr Jean-Luc Dion, ingénieur, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal
    Pr Jacques Baillargeon, département de médecine, Université de Montréal
    Pr Charles Castonguay, mathématicien, Université d’Ottawa
    Pr Raymond Champagne, psychologue, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Paul Langlois, département de français, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Paul Gagné, philosophe, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Marc Beauregard, biochimiste, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Claude G. Genest, géographe, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Paul-AndréCourtois, ingénieur,  Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Micheline Labelle, département de sociologie, Université du Québec à Montréal
    Pr Michel Neveu, pédagogue, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Gilbert Paquette, mathématicien, Université TÉLUQ à Montréal
    Pr Serge Cantin, département de philosophie, Université du Québec à Trois-Rivières
    Pr Jacques C.Martin, conseiller en gestion et ex-professeur à l’École polytechnique
    Pr Danic Parenteau, département des humanités et des sciences sociales, Collège militaire royal de Saint-Jean
    Pr Denis Monière, politologue, Université de Montréal
    Pr Christelle Lison, département de pédagogie, Université de Sherbrooke
    Pr Daniel Clapin-Pépin, écologiste, École des sciences de la gestion de l'Université du Québec à Montréal
    Pr Guilhème Pérodeau, département de psychoéducation et de psychologie, Université du Québec en Outaouais
    Pr Robert Comeau, historien, professeur associé, département d'histoire, Université du Québec à Montréal
    Pr Édouard Cloutier, professeur honoraire de science politique, Université de Montréal
    Pr émérite Ercilia Palacio-Quintin, psychologue, Université du Québec à Trois Rivières
    Pr Louis Gill, économiste, Université du Québec à Montréal
    Pr Pierre Lebuis, département de didactique, Université du Québec à Montréal
    Michel Dionne, directeur de programme en ventes-marketing, Université Laval
    Michel Richard, chargé de cours, Université de Montréal
    Gabriel Ste-Marie, chargé de cours en économique à l’Université du Québec à Montréal
    Gérald Paquin, chargé de cours en physique, École de technologie supérieure
    Sylvie Ménard, chargée de cours, département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal
     
     
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