Campus Montréal - Une nouvelle campagne de financement prend forme
L’Université de Montréal, HEC et Polytechnique s’unissent pour trouver un demi-milliard de dollars
Derrière la bannière « Campus Montréal », trois établissements universitaires de renom : l’Université de Montréal, HEC et Polytechnique. « L’idée est venue des trois chefs d’établissement, raconte John Parisella, directeur de cette nouvelle entité. Mais également des institutions susceptibles d’être donatrices. Lors de la dernière grande campagne de financement, chacun avait démarché de son côté. Or HEC et Polytechnique sont affiliées à l’Université de Montréal, les étudiants qui en sortent se voyant délivrer un diplôme de l’Université de Montréal et les trois institutions partageant le même campus. Il y a une vraie cohérence à ce que les sollicitations se fassent de manière commune. Et pour les donateurs potentiels, c’est un gain de temps puisqu’ils n’ont qu’une seule rencontre au lieu de trois. »
Plus d’efficacité de part et d’autre, donc. Et il en faudra, tant l’objectif est ambitieux : 500 millions de dollars. Or, la précédente campagne s’est achevée en 2003 avec un total de 218 millions. « Mais l’objectif à l’époque était d’atteindre 125 millions, précise John Parisella. Nous avons démarré il y a presque deux ans avec les démarches silencieuses et nous avons déjà des promesses de l’ordre de 200 millions. Nous ne nous sommes pas fixé de limite de temps pour atteindre notre but, mais nous estimons que la phase publique dans laquelle nous venons d’entrer devrait durer de 6 à 7 ans. »
Une phase publique qui a donc été lancée le 29 novembre dernier. Depuis, quelques-uns des dons conclus lors de la phase silencieuse ont été révélés au grand jour.
Rémi Marcoux et la Banque Nationale sont là
Il y a quelques jours, Rémi Marcoux, fondateur et administrateur de TC Transcontinental, annonçait un don de 2,5 millions de dollars pour la création d’un « parcours entrepreneurial », une initiative qui vise à éveiller la fibre entrepreneuriale chez des étudiants qui deviendront des entrepreneurs créatifs et audacieux, socialement responsables, intégrés dans un réseau d’affaires et dotés d’une vision internationale.
Quelques semaines plus tôt, c’est la Banque Nationale qui annonçait vouloir faire à Campus Montréal le plus gros don philanthropique de son histoire : 10 millions de dollars, une somme qui servira à la création d’un centre dédié à l’entrepreneuriat, au repreneuriat et aux familles en affaires. Cela permettra en outre aux étudiants d’avoir accès à plusieurs ressources et initiatives, généralement reliées à l’entrepreneuriat. « C’est une suite logique de l’engagement de la Banque à l’égard de la jeunesse, de l’éducation et de l’entrepreneuriat », assure par voie de communiqué Louis Vachon, président en chef de la direction.
Imposer une nouvelle mentalité
D’autres annonces de ce genre sont déjà prévues dans les prochaines semaines. Un agenda minutieusement établi, propre à stimuler d’autres grands donateurs potentiels. Mais Campus Montréal ne table pas uniquement sur ces dons exceptionnels.
L’organisme souhaite faire en sorte que donner à l’université, donner pour le développement du savoir, devienne aussi naturel que donner à un hôpital ou pour la culture. « Ce n’est pas encore complètement dans nos mentalités, ici, au Québec, estime John Parisella. L’Université de Toronto lève des fonds de 2 milliards de dollars, l’UBC, en Colombie-Britannique, 1,5 milliard de dollars. Et je ne parle pas des établissements états-uniens… car lorsque j’ai quitté mon poste de délégué général du Québec à New York, en janvier 2012, Stanford venait d’annoncer qu’elle avait levé 6 milliards de dollars ! »
Pour autant, les choses bougent tout de même par ici. Jusqu’à la fin des années 1980, ce genre de campagne n’existait tout simplement pas du côté des établissements francophones. Vingt-cinq ans après, Campus Montréal peut aspirer à lever 500 millions de dollars. « Les gros dons ont certes un effet de levier, admet John Parisella. Mais l’un de nos grands objectifs, c’est qu’à la fin de la campagne, nos diplômés, nos salariés, professeurs, chercheurs, cadres, etc., acquièrent le réflexe de donner régulièrement. C’est primordial si nous voulons maintenir le campus de l’Université de Montréal parmi les tout meilleurs au monde. »
Philanthropie universitaire
La philanthropie universitaire, c’est une question de valeur, selon M. Parisella. « Je crois que les gens qui la choisissent ont un profond attachement pour le développement du savoir. Ils souhaitent également investir dans la prochaine génération pour assurer la succession dans l’économie et la vie sociale. Ils sont conscients des défis que pose l’avenir à moyen et long terme. Ces personnes sont souvent celles dont l’éducation leur a permis d’avoir beaucoup de succès. Elles se sentent redevables. C’est peut-être le meilleur investissement dans l’être humain, ce choix d’améliorer nos connaissances et nos savoirs. »
Le don peut être général. Dans ce cas, il sera redistribué aux trois établissements en fonction de leur importance. Par ailleurs, les donateurs choisissent souvent un programme spécifique et concret. Cinq créneaux d’excellence leur sont proposés : santé et médecine personnalisée ; sciences et technologie de pointe ; énergie et développement durable ; internationalisation et pluralisme ; créativité et entrepreneuriat. C’est d’ailleurs ce dernier secteur qui attire le plus de donateurs. « L’entrepreneuriat est une valeur absolument essentielle dans une économie changeante, affirme John Parisella. Dans nos trois établissements, on a des étudiants qui vont aller vers l’entrepreneuriat, qu’ils soient dentistes, optométristes, ingénieurs, comptables… ce sont des gens qui sont dans un de nos trois établissements et qui, tous, vont devoir bâtir leur entreprise. L’entrepreneuriat, ce n’est pas réservé à quelqu’un qui a étudié en administration des affaires. Au-delà des connaissances propres à leur spécialité, il faut leur donner les moyens de réussir dans une économie de marché. Il est vrai que les professionnels que nous sollicitons sont très sensibles à ce discours. »
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