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    Étude et conception des jeux - Le jeu décrit ce que nous sommes

    Le pourquoi et la raison des choix

    23 février 2013 |Claude Lafleur | Éducation

    Comme chercheuse, Mia Consalvo a su joindre l’utile à l’agréable. Passionnée par les nouveaux médias électroniques, et en particulier par les jeux vidéo, elle étudie le rôle que jouent ceux-ci dans nos vies. En qualité de titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’étude et la conception des jeux, elle sonde le comportement humain en se posant des questions comme : Pourquoi joue-t-on ? Pourquoi choisit-on de tricher au jeu ? Ou encore, en quoi les femmes se distinguent-elles des hommes ?


    Elle n’est ni conceptrice de jeux vidéo, ni psychologue ou sociologue, mais experte en communication. « J’ai étudié la production médiatique, raconte Mia Consalvo, et ce qui m’intéressait surtout, c’était l’influence des médias sur les gens, comment on perçoit les nouvelles, par exemple. À partir de là, je me suis intéressée aux nouveaux médias, étudier par exemple comment les femmes utilisent Internet. Et j’en suis venue à m’intéresser aux jeux vidéo, aux raisons pour lesquelles les femmes jouent ou ne jouent pas à ces jeux-là. À présent, je m’intéresse aux joueurs en général, à la place qu’occupent les jeux vidéo dans leur vie… »


    Mia Consalvo fouille surtout l’aspect social et culturel du jeu. Pourquoi joue-t-on et à quel type de jeux ? Quels choix faisons-nous en jouant ? Quel type d’interactions entretient-on avec autrui ?

     

    Tricher avec soi-même


    Ce faisant, la chercheuse de l’Université Concordia s’est mise à étudier le comportement humain. Notamment, l’une des grandes questions qu’elle a approfondies est les raisons qui nous poussent parfois à tricher. « Je m’intéresse depuis toujours aux raisons pour lesquelles les gens font tels ou tels choix, particulièrement dans leurs moments de loisir, dit-elle, d’où mon intérêt pour les nouveaux médias, pour Internet, les jeux vidéo, etc. Ce qui est intéressant, c’est qu’on se retrouve à présent devant des choix qu’on n’avait pas auparavant. »


    Elle avoue volontiers que beaucoup de gens autour d’elle considèrent que ce n’est pas là un sujet d’étude sérieux, qu’elle perd même son temps, ce qu’elle conteste puisque, a-t-elle constaté, il s’agit d’une façon très éclairante de scruter le comportement humain.


    C’est ainsi qu’elle s’est beaucoup intéressée à la tricherie. « Je me suis d’abord demandé comment les gens définissent la tricherie dans les jeux vidéo, dit-elle. J’ai ensuite cherché à savoir ce qu’ils se permettent et ne se permettent pas de faire. C’est un sujet d’étude très à propos, étant donné qu’à l’université, la notion de tricherie occupe une place particulière… »


    Elle a ainsi observé que bien que nous ayons à peu près tous notre propre définition de la tricherie, « la plupart des joueurs ne tricheraient pas en jouant - à moins de se sentir piégés ou de ne pas savoir quoi faire d’autre. Ils ne tricheraient pas, puisqu’ils se privent alors de la satisfaction de réussir ou de celle d’accéder au niveau suivant ». Ainsi, tricher revient à se berner soi-même.


    Plus globalement, la chercheuse observe qu’on choisit de tricher ou non à l’université en fonction de l’intérêt que l’on porte à la matière étudiée. « Si l’étudiant estime que le cours qu’il suit n’a guère d’importance pour lui, il pourrait tricher, dit-elle. Par contre, s’il accorde de l’importance à la matière, il aura beaucoup moins tendance à tricher… comme lorsqu’il joue ! »


    Elle s’est aussi intéressée aux choix qu’on fait lorsqu’on peut décider d’être un « bon » ou un « méchant » dans un jeu. Or, étonnamment, observe-t-elle, neuf personnes sur dix choisiraient d’être des « bons ». Pourquoi ? Nombre de joueurs rapportent que c’est dans leur nature d’être « bons » - qu’ils ont été « élevés comme cela » - et que, par conséquent, il leur est difficile de faire autrement. D’autres considèrent simplement que la plupart des jeux sont conçus pour être joués par des « bons » et qu’en étant « méchant », on manque une partie du jeu. Plusieurs jeux faisant d’ailleurs appel à la collaboration entre joueurs, il est nettement plus avantageux d’être « bon » que « méchant ».


    De même, Mia Consalvo étudie les différences entre hommes et femmes à l’aide des jeux vidéo. À l’origine, rapporte-t-elle, beaucoup moins de femmes que d’hommes y jouaient, mais cette différence tend à s’estomper. Elle observe toutefois que les hommes ont tendance à jouer à des jeux compétitifs - des jeux dont on est « le héros » -, alors que les femmes préfèrent les jeux d’habileté mentale, les casse-tête et les énigmes. « Il y a bien sûr des femmes qui jouent à des jeux de compétition et des hommes qui aiment les puzzles », souligne-t-elle.

     

    Plateformes


    Parmi les tendances qu’elle observe, il y a le fait que les jeux se répandent à présent sur une foule de plateformes ; nous n’en sommes plus aux jeux disponibles sur ordinateur et sur console, puis-qu’on retrouve désormais des jeux pour les téléphones cellulaires, les petits lecteurs de toutes sortes et autres microappareils.


    Elle note aussi que de plus en plus de joueurs réclament des jeux qui se réalisent sur de courtes périodes, « des jeux qui ne demandent pas 90 heures pour aboutir au sommet ! », résume-t-elle.


    Dans tous ses travaux, Mme Consalvo tente de comprendre ce qui motive nos choix. Au bout du compte, elle aimerait savoir jusqu’à quel point les jeux prennent de la place dans nos vies.


    Ces questions sont d’autant plus pertinentes que, de plus en plus, les jeux prennent toutes sortes de formes. C’est dire que tout le monde peut jouer - ce qu’on observe d’ailleurs un peu partout -, même en marchant dans la rue ! Bientôt, la prochaine question qui s’imposera peut-être : Pourquoi quelqu’un ne joue-t-il pas ?



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