Sommet sur l’enseignement supérieur - «C’est une farce», dit la rectrice de McGill

La rectrice sortante de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum, déplore notamment le « faux débat » public sur le sous-financement, rappelant que personne, ni la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), pas même le gouvernement, n’avait remis en question.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La rectrice sortante de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum, déplore notamment le « faux débat » public sur le sous-financement, rappelant que personne, ni la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), pas même le gouvernement, n’avait remis en question.

La rectrice sortante de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum, ne croit pas au Sommet sur l’enseignement supérieur, qu’elle qualifie de vraie « farce ». « Les débats des rencontres pré-sommet ne sont pas ouverts. Ils sont chorégraphiés à la minute près », a-t-elle déclaré, dans un entretien au Devoir.

Dans ce qu’elle qualifie de « théâtre », il manquait selon elle plusieurs acteurs de la société, dont les gens d’affaires. « Il y a une personne du Conseil du patronat, mais elle n’a pas de voix formelle. Et les recteurs sont dans la salle et écoutent quelqu’un qui nous dit comment gérer nos universités. C’est une farce », a-t-elle laissé tomber. « À Sherbrooke, on a eu un universitaire sénégalais qui a comparé notre système d’enseignement avec le système sénégalais d’il y a vingt ans. Que penser de ça ? »


Sur un ton pourtant affable, Mme Munroe-Blum n’hésitera pas, tout au long de l’entrevue, à s’attaquer à certains tabous qui étaient au coeur de la grève étudiante du printemps dernier. Sur l’épineux sujet des droits de scolarité, contrairement à certains libéraux, elle ne croit pas que la hausse proposée par le gouvernement Charest était exagérée. « À mon avis, ce n’était pas assez fort », a-t-elle indiqué.


Son scénario idéal comprendrait des droits de scolarité différenciés selon les programmes et les disciplines, accompagné d’un bon programme d’aide financière, incluant des bourses pour les étudiants de première génération (1 sur 4 à McGill). Les étudiants étrangers doivent aussi payer des droits de scolarité plus élevés, même si elle refuse de les voir comme des « vaches à lait ».


Elle plaide aussi pour que ces sommes supplémentaires demeurent aux universités, au lieu d’aller dans les coffres de Québec pour être redistribuées. Pour elle, c’est aussi « le moment » de revoir la grille de financement des universités, mais pas n’importe comment.


Mme Munroe-Blum déplore le « faux débat » public sur le sous-financement, rappelant que personne, ni la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), pas même le gouvernement, n’avait remis en question. « Les vraies questions sont : quelle est la qualité de nos universités en matière de recherche et d’enseignement ? Quelles sont les chances de réussite d’un jeune d’une famille à faible revenu ? Est-ce possible, en 2013, d’avoir des professeurs de haut calibre dans des domaines importants de la société ? […] Nous avons beaucoup de problèmes », souligne-t-elle en faisant notamment allusion au piètre état des infrastructures.


La principale de McGill reconnaît que les universités sont responsables en partie de ne pas avoir su faire comprendre l’ampleur du problème. Mais elle rejette le reste du blâme sur les médias, « qui n’ont pas d’intérêts là-dedans ». « Si vous voyiez tout l’argent investi dans le soi-disant mouvement étudiant, c’est beaucoup. Et les médias sont comme des aimants [qui collent] aux étudiants ou leaders syndicaux qui veulent donner leur avis. »

 

McGill « very Quebec »


Toutefois, elle refuse que l’on considère McGill comme une université à part des autres universités québécoises. « We are very Quebec », a-t-elle lancé, dans cet entretien mi-français, mi-anglais. « Nous ne voulons pas avoir les frais américains. C’est le seul pays au monde qui a des frais de 50 000 $ et plus et ça ne fonctionne pas ici », a-t-elle assuré.


Les étudiants doivent apporter leur contribution. « Tous les acteurs investissent à un niveau élevé, le gouvernement, le secteur privé et les universités elles-mêmes, mais les étudiants, non », a dit Mme Munroe-Blum, qui est née à Montréal, mais a grandi en Ontario. « La voix de la rue n’est pas la voix des étudiants. »


Aimerait-elle avoir un financement différencié des universités, qu’on pourrait classer dans deux clubs ? « Absolument », souligne-t-elle, en reconnaissant que son université et les autres universités qui ont une mission de recherche semblable, comme l’Université de Montréal, devraient recevoir plus d’argent. Elle fait toutefois remarquer que c’est elle qui a invité à la table de la CREPUQ les universités du réseau UQ qui, sauf l’UQAM, n’y avaient pas de voix.


Épidémiologiste de formation, Mme Munroe-Blum critique sévèrement les coupes en recherche et s’inquiète du retard qu’accuse le Québec en la matière, lui qui était pourtant un pionnier, avec l’Alberta, en créant ses trois conseils de recherche. Elle craint que le Québec ne perde ses expertises, notamment en aérospatiale et en pharmacie, qu’il avait réussi à arracher aux autres provinces il y a plusieurs années.


En poste depuis 2003, la rectrice quittera ses fonctions cet été. Une personne francophone pourrait lui succéder.

171 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 6 février 2013 00 h 42

    Martine Desjardins comme rectrice à McGill

    Parce que Mme Desjardins joue le rôle de l'opposition: facile de critiquer mais quand on doit gérer, Hum, pas pareil.


    Mais comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même, c'est pour cette raison que je suggère Martine Desjardins. (sans méchanceté)

    Quand à l'ASSÉ, elle veut que l'on discute de la gratuité mais il y a deux autres conditions qui y sont rattachées, conditions impossible à remplir de la part d'un gouvernement élu démocratiquement. Donc, ils visent la rue, c'est bien évident.

    La rectrice de Mc Gill a un peu, beaucoup raison. Mais malheureusement, c'est la faute de ses confrères et consoeurs recteurs qui ont abusé du système en place, pas la faute des médias. Il est bien évident qu'en se payant toutes sortes de choses non-essentiels, les recteurs ont courrus à leur perte.

    • Lydia Anfossi - Inscrite 6 février 2013 08 h 04

      La rectrice n'a pas raison, elle a une certaine vision de l'Éducation. À choisir, je préfère la vision de Martine Desjardins à celle de madame Monroe_Blum.

    • Daniel Laroche - Inscrit 6 février 2013 10 h 21

      La rectrice n'abuse pas? Avec 500 000$ de salaire par année, plus 40 000 pour l'entretien de sa maison ! Voyons ... On ne vit pas sur la même planète. Ou il vous manque de l'information.

    • Gilles Théberge - Abonné 6 février 2013 13 h 10

      Les références de madame Blum tendent vers une harmonisation avec les pratiques et la culture qui domine dans le ROC.

      Elle dit «Very Quebec» McGill. Je ne pense pas. Et ce n'est pas simplement une question de langue. C'est une affaire de mentalité.

      Sur ces sujets j'entendais tantôt le recteur Breton de l'Université de Montréal. Ce dernier posait une bonne question, quelle sorte d'université voulons-nous?

      Je pense comme le recteur Breton qu'il impore davantage de savoir quelle est l'université à laquelle nous aspirons que de rester bloqué sur la question des frais de scolarité.

      Effectivement on discutera du prix que l'on veut payer ou que l'on peut payer pour le genre de soulier dont on a besoin ou que l'on veut acheter.

    • François Dorion - Inscrit 6 février 2013 14 h 42

      Mme Monroe-Blum a raison; les entreprises devraient être invitées à ce sommet, puisque c'est la seule sorte de financement qui peut devenir fiduciaire, d'une part, et qui d'autre part peut éviter que les universités ne se transforment en tour d'ivoire ou en jouet de l'état.
      Quant au côté Québec de l'Université McGill, je me contenterai de citer un étudiant québécois qui sy ravit: "À Mc Gill, toutes les semaines on a un conférence par un profeseur étranger; dans les autres universités du Québec, toutes les semaines il y a un party"

    • Gilles Théberge - Abonné 6 février 2013 15 h 58

      Il n'est pas interdit d'exprimer des préjugés monsieur Dorion. Mais il est préférable selon moi de se garder une «petite gêne» avant de porter un jugement global sur une institution en se basant sur une anecdote qui n'est rien d'autre qu'un oui-dire.

    • Michaël Lessard - Abonné 6 février 2013 18 h 35

      Les arguments selon lesquels il est impossible de réduire, d'annuler ou encore d'augmenter les frais sont des mensonges manipulateurs, des histoires qu'on se raconte pour présenter nos positions comme des gros faits inévitables.

      Or, en modifiant les programmes publics liés aux études et en gérant mieux les universités, les critères d'accès et de réussite, ladite « gratuité » (accès sans frais, mais on paie autrement) est tout à fait possible. L'inverse aussi est possible avec des conséquences différentes.

      Dans ce Québec où nos services de santé, qui coûtent un bras, sont accessibles gratuitement à tout le monde, il est ridiculement mensonger de prétendre qu'il est impossible d'annuler les frais payés par les étudiant.es.

      Ce type d'argument, pour un côté ou l'autre, est faux. C'est un choix de société, point.

    • Véronique Proulx - Inscrite 6 février 2013 19 h 32

      Ce n'est pas seulement à McGill qu'ils reçoivent des conférenciers, à chaque semaine. Visitez le site web des universités (montréalaises, du moins): cela vous prouvera qu'il y a des conférenciers d'ici et d'ailleurs à chaque semaine ou presque.

      Outre cela, je suis en désaccord avec Monroe-Blum. Elle se situe dans une logique beaucoup trop marchande pour moi...

  • Denyse Moreau - Inscrite 6 février 2013 01 h 33

    Le salaire des paroles

    Et de qui viennent les coupes...et pourquoi???? McGill a eu les plus hauts salariés universitaires...devons -nous encore pleurer de tels salaires qui ont si peu donné en retour au Québec. Annoncer votre salaire et pleurer...C'est vous la farce!!!!
    Décrier , critiquer et ....madame, quittez vos fonctions, plus riche que jamais et méprisante en plus.
    Je me retiens de vous dire bon voyage, puisque you are very Québec...Quel affront!!!

    • François Robitaille - Inscrit 6 février 2013 10 h 38

      Les anglophones on droit de vivre au québéc et d'être considéré come des québécois, il n'y a pas d'affront ici...à part pour les racistes.

    • Michel Richard - Inscrit 6 février 2013 11 h 56

      le Dr Munroe-Blum dirige une institution où 25 000 étudiants s'instruisent. Elle gère un budget de plus de 1 milliard $ par année. Elle détient un doctorat.
      C'est une grosse, grosse job qu'elle a. Sa rémunération est peut-être élevée, peut-être pas. Vu l'étendue de ses responsabilités, je ne crois pas qu'on puisse parler de scandale.
      Ah oui, et pour ceux plus bas qui réclament que les livres de McGill soient ouverts et mis sur Internet, c'est déjà fait:
      http://www.mcgill.ca/vpadmin/statements

    • Solange Bolduc - Abonnée 6 février 2013 14 h 36

      M. Robitaille , vous parlez de quelles racistes quand vous dites : "Les anglophones on droit de vivre au québéc et d'être considéré come des québécois, il n'y a pas d'affront ici...à part pour les racistes."

      J'avoue que vos idées ne sont pas très claires, pour moi, il faut dire que je ne fais pas partie de l'élite comme vous probablement, pourtant j'aimerais bien comprendre, par respect pour vous et pour ce que vous avancez et qui doit nécessairement être crédible !

      Il me semble que l'on peut ne pas être d'accord avec Mme Munroe-Blum, e McGill, sans nécessairement se voir qualifiés de racistes ou contre les Anglophones ?

      C'est quoi le problème, monsieur ?

    • Martin Maynard - Inscrit 6 février 2013 19 h 17

      @FRobitaille: C'est quoi le rapport avec le racisme? Je ne comprend pas votre lien.

      @MRichard: La rectrice de McGill est une employée de l'état. Elle est payée avec nos impots pour gérer une institution qui ne fait pas de profit et dont la croissance des revenus est limités. Elle est aussi appuyée par une équipe de gestion que nous payons aussi très cher pour gérer le 1M$. Elle a d'ailleurs emplement le temps de voyager ... à nos frais.

      Dans un contexte où tout le monde doit se serrer la ceinture, où on apprend qu'au Canada 1 enfant sur 7 vit sous le seuil de la pauvret et où chacun doit sa juste part, comme dirait l'autre Ministre naïf. Dites-moi pourquoi doit-on offrir un pont d'or à ce type de gestionnaire? On peut sûrement trouver de très bon gestionnaire compétents qui seraient près à faire la job pour moins que ça. Ces postes sont des nominations partisanes et politiques qui ne sont pas nécessairement basées sur les compétences.

      J'ajouterais que les directions se sont votées des augmentations de salaire de 150% au cours des 10 dernières années avec l'encouragement du gouvernement Charest (voir Devoir de la semaine dernière). Dans le cas de madame, on parle d'un salaire qui est passé a 500K$. Wow. A ce prix, on devrait leur émettre des cartes d'Hockey. Ce sont des superstars . Est-ce que le contexte et la valeur de leur travail justifie ces augmentations? Permettez-moi d'en douter.

      Les américains sont à l'origine des Universités gonflables et ils le regrettent aujourd'hui. Les économistes trouvent que tout ça nuit à l'économie (Ref Barrons magazine) d'avoir des étudiants trop endettés. Le Canada anglais est en train de tomber dans les mêmes pièges. Pour notre part, on peut encore évitercette situation. Choissisons de vivre selon nos moyens et notre marché. Et si certains se sentent sous-payés, bien qu'ils aillent voir ailleurs. On aime tellement nous faire peur. De toute façon, les cimétières sont remplis de gens qui étaient indispens

    • François Robitaille - Inscrit 7 février 2013 09 h 32

      Le racisme, je le vois quand on exclu quelqu'un de notre société parce qu'il ne parle pas notre langue.

      Je m'explique: Le fait de qualifier d'affront l'expression "We are very Quebec" est à mon avis une volonté d'exclusion.

  • Simon Levesque - Inscrit 6 février 2013 02 h 02

    « ...les faux surpris de Mcgill» — Godin.

  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 6 février 2013 04 h 20

    Les clowns ont plus d'un visage

    Allo! Faut vraiment pas avoir un doctorat en prédiction pour avancer une telle affirmation. Le seul concensus qu'il y aura, sera celui où tous seront d'accord pour dire que l'autre a tord et que nous ont a raison. Le dialogue de sourd et la vision de l'aveugle sont les deux première constatations que l'on aura fait du présommet. Pourquoi? On a mis les mauvaises balises dès le départ. À chaque question, il aurait fallu exiger que chacun des représentants déposent leurs avis assortis de droits qu'ils obtiendront et d'obligations qu'ils auront pour honorer ces droits. Malheureusement on assiste au Sommet de mes droits et tes obligations. Trouvez-moi un texte qui contredit cette affirmation et j'en ferai ma bible. OUi, c'est une farce. Une farce de cirque où les clowns ont plus d'un visage.

  • Marc Collin - Inscrit 6 février 2013 04 h 43

    dépensière et réalité

    tel que quelques journaux dévoilaient il y a quelques mois, elle a gaspillé des fonds publics pour sa résidence personnel, elle semble l'avoir oublié

    si le système universitaire Québecois est si en retard, pourquoi ce sénégalais vient étudié ici?

    est-ce qu'elle vaut vraiment les 500 000$ annuellement qu'elle reçoit?

    aucune mention sur le surfinancement des universités anglaise que le monde a mainte fois critiqué? bien gentil de payer mais si on final ils partent, la population payent pour rien

    • Micheline Gagnon - Abonnée 6 février 2013 07 h 41

      Boucar Diouf, lors d'une entrevue, a dit qu'à une certaine époque les études universitaires du Sénégal étaient avantageusement comparables aux nôtres. Si j'ai bien compris, cela était à l'époque du président Sangore. Depuis leur système d'éducation universitaire s'est détérioré. Alors, de comparer nos universités à celles du Sénégal d'il y a vingt ans est favorable pour nous. Bien retenir le «d'il y a vingt ans».

    • Claude Verreault - Inscrit 6 février 2013 17 h 43

      On aurait d'ailleurs souhaité que toute la question des salaires et des déponses somptuaires des recteurs soient abordés dans cette entrevue.