Cégeps - «Un étudiant sur dix a été directement affecté par la grève»
Les abandons grèveront les budgets et les engagements futurs dans 14 collèges
Dans les quatorze cégeps sévèrement touchés par la grève étudiante, tous travaillent à recoller les pots cassés. Si plusieurs professeurs et cadres se réjouissent de constater le fort engagement des jeunes, ils s’inquiètent toutefois des répercussions financières du conflit.
Les étudiants des cégeps les plus durement touchés par la grève étudiante viennent tout juste de terminer leur session d’automne compressée en 12 semaines au lieu de 15. Leur session d’hiver commencera au cours du mois de février pour se terminer en juin. De grands bouleversements dans un parcours d’études collégiales, mais il semble que les étudiants qui ont repris leurs études l’ont fait avec une mobilisation remarquable.
« Nous nous demandions avec inquiétude si les étudiants seraient là. La réponse nous a étonnés et ravis », indique Jean-Marc Petit, président du Syndicat des professeurs du cégep du Vieux-Montréal affilié à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ -CSN).
« Ceux qui ont décidé de passer à travers cette période difficile le font de façon exemplaire, précise-t-il. C’est pourtant exigeant. Les journées de cours allongées commencent à 8 heures et se terminent à 19 heures. »
Malgré cette bonne nouvelle, le réaménagement du calendrier a entraîné bien des difficultés.
« C’est ben compliqué et ben épuisant pour ben du monde, affirme M. Petit, qui est également professeur de photographie au cégep du Vieux-Montréal. Une telle situation ne s’était jamais produite dans le monde de l’éducation au Québec. Tant pour les étudiants que pour les profs, c’est un tour de force que nous réussissons cette année. »
« Les étudiants, les enseignants et les cadres ont un peu la langue à terre, sans dire qu’ils sont à bout de souffle, car effectivement, la période des fêtes a été plus courte que d’habitude. De manière générale, les cours ont repris le 3 janvier », indique Jean Beauchesne, p.-d.g de la Fédération des cégeps qui a parlé à la plupart des directeurs généraux des 14 cégeps les plus touchés par la grève avant d’accorder cette entrevue.
La grève et les abandons
Si les étudiants de retour en classe semblent bien déterminés à réussir leurs cours, plusieurs se sont égarés sur le chemin de la grève.
« Pour la session d’hiver 2012 terminée à la fin septembre après la suspension de la session par la loi, des 60 000 étudiants des 14 cégeps sévèrement touchés par la grève, 2400 avaient demandé un abandon de tous leurs cours, indique M. Beauchesne. Si 3000 l’ont fait pour un ou quelques cours, ils sont 600, les cas les plus préoccupants, qui étaient en situation générale d’échec. Cela signifie qu’ils n’ont tout simplement pas donné signe de vie. Ces chiffres sont supérieurs à la normale des années. On peut donc dire qu’un étudiant sur dix dans ces collèges a été directement affecté par la grève. »
On attendait toujours les chiffres pour la dernière session au moment de la rédaction de cet article, mais Jean Beauchesne a observé des tendances.
« Si on excepte les 600 qui étaient en situation générale d’échec, la plupart des autres étudiants touchés sont revenus au cégep. C’est la tendance lourde et c’est un excellent signal », indique-t-il.
Le p.-d.g. de la Fédération des cégeps affirme qu’on a l’intention de relancer les 600 étudiants en situation générale d’échec. « Ont-ils plutôt décidé de faire un diplôme d’études professionnelles ? C’est possible et c’est très bien. Par contre, on ne veut pas échapper les autres qui n’ont pas poursuivi leurs études et nous ferons des efforts pour les localiser et pour qu’ils puissent venir continuer leur parcours collégial », affirme-t-il.
Au cégep du Vieux-Montréal, en revanche, Jean-Marc Petit est plus inquiet.
« Bon an mal an, à la session d’automne, il entre de 6000 à 6500 étudiants. Cette année, 550 ne se sont pas présentés. C’est près de 10 % de moins que d’habitude. On ne connaît pas encore les chiffres de la fin de la session, mais c’est certain qu’on en aura perdu plus en cours de route, notamment en raison de la modification du calendrier scolaire qui a donné lieu à des journées de cours allongées et à quelques samedis de cours, en plus d’augmenter le niveau de difficulté », indique-t-il.
Financement
Le financement est aussi une grande source d’inquiétude dans les cégeps frappés de plein fouet par la grève.
« Le coût du conflit avec l’ajout de ressources pour les étudiants a coûté 30 millions et l’entente avec le gouvernement prévoyait un remboursement total. Avec le changement de gouvernement, on nous garantit maintenant un remboursement de 15 millions. Cela laisse un trou énorme pour les collèges », affirme Jean Beauchesne.
Il faudra aussi digérer les compressions budgétaires des établissements postsecondaires annoncées pour cette année et l’an prochain par le gouvernement du Québec.
« La gestion financière des collèges concernés par la grève est donc très difficile », précise M. Beauchesne.
Malgré les difficultés, Jean Beauchesne souligne qu’il ne faut pas perdre de vue l’essentiel, qui demeure la qualité de l’enseignement offert aux étudiants.
« Est-ce qu’une session de 12 semaines entrecoupée par un long conflit est l’idéal ? Non, affirme-t-il, mais je pense qu’à travers toutes les difficultés et les contorsions financières, l’ensemble des objectifs de tous les cours donnés ont été atteints. Mais c’est certain que l’idéal aurait été de suivre une session de 15 semaines dans une relative paix sociale. »
Toutefois, les professeurs n’ont pas fini de subir les contrecoups des coupes budgétaires.
« Avec le coût du conflit et les compressions annoncées par le gouvernement, il y aura moins d’argent pour embaucher des profs, et en plus, le financement des cégeps est proportionnel au nombre d’étudiants inscrits aux cours, explique M. Petit. Si on a eu 10 % d’étudiants de moins, on perdra 10 % du financement pour l’embauche des profs pour les années à venir. Ce sera surtout les professeurs en situation de précarité qui écoperont et les jeunes profs permanents. De plus, on s’attend à ce que le nombre d’étudiants revienne à la normale en septembre, donc on aura autant de travail que d’habitude, mais nous serons moins de profs. »
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