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    Des Idées en revues - Fernand Dumont pour mieux relire Hannah Arendt

    Les thèses du sociologue québécois sur l’éducation et la culture permettent de rouvrir et de relancer une réflexion ouverte par la philosophe sur la crise de l’éducation

    15 janvier 2013 | Alain Kerlan - Professeur à l’Université Lumière (Lyon 2) et directeur de l’Institut des sciences et des pratiques d’éducation et de formation | Éducation
    Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’une revue d’idées afin qu’ils présentent leur perspective sur un sujet qui les préoccupe ou dont ils traitent dans les pages du dernier numéro de leur publication. Cette semaine, un extrait de la deuxième livraison des Cahiers Fernand Dumont (en librairie aujourd’hui), consacrée à « la crise de l’éducation » et dirigée par Danièle Letocha et Frédéric Parent. Le directeur des Cahiers est Serge Cantin.
    Le diagnostic d’une « crise de l’éducation » est peut-être bien le seul propos d’apparence consensu elle qui puisse être tenu aujourd’hui au sujet de l’éducation et de l’école contemporaines. Mais le consensus révèle bien vite son caractère essentiellement rhétorique, et se défait aussitôt qu’il s’agit de répondre précisément à cette question : de quoi la « crise de l’éducation » est-elle au juste la crise ?

    La lecture « pédagogiste » des choses de l’éducation, ou, si l’on préfère, la foi pédagogique qui anime ses tenants, ont un temps dissimulé la nécessité de cette interrogation : la « crise » y était perçue comme la conséquence d’une pédagogie inappropriée, et donc susceptible d’un dépassement lui-même d’ordre pédagogique.


    Hannah Arendt, dans son célèbre article de 1961, fut l’une des premières à penser la crise de l’éducation dans toute son envergure comme crise de la culture, et plus encore comme crise inhérente à notre modernité. La postérité de cette analyse est aujourd’hui telle que les thèses de Hannah Arendt règnent à peu près sans partage dans le champ des pensées de la crise, et que son texte The Crisis in Education est devenu quelque chose comme la Bible critique de la modernité éducative […].

     

    Embarras intellectuel


    Lecteur assidu de Hannah Arendt depuis fort longtemps, je n’ai jamais pu sortir de mes lectures de La crise de l’éducation sans éprouver un profond embarras intellectuel : j’oscille invariablement entre la force et l’évidence du diagnostic arendtien et l’insatisfaction d’être comme pris par ce diagnostic même dans une situation sans issue. La crise de l’éducation, au terme des analyses de Arendt, devrait être rapportée à la faillite des réponses que la pédagogie a tenté d’apporter aux défis de la démocratie. Mais comment ne pas voir que le diagnostic de cette faillite laisse entier le problème ? C’est en ce point, au lieu même de l’embarras et du cercle dans lequel m’enferme l’analyse de Hannah Arendt, que je voudrais faire pénétrer ma lecture des thèses de Fernand Dumont.


    La contribution proposée au numéro des Cahiers Fernand Dumont consacré à « la crise de l’éducation » aura donc pour objet central l’étude comparative de ces deux analyses de la crise. En quoi les thèses de Dumont portant sur l’éducation et la culture peuvent-elles permettre de rouvrir et de relancer une réflexion ouverte par Hannah Arendt mais que le succès même des thèses de l’auteure aura paradoxalement refermée ? […]


    Fernand Dumont, une autre analyse de la crise


    Si Arendt et Dumont s’accordent sur le diagnostic d’une imputation de la crise de l’éducation à la crise de la culture inhérente au monde moderne, les deux penseurs divergent quand il s’agit de définir les contenus et les raisons de la crise de la culture et de ses effets […] Pour Arendt, le noyau de la crise dont les effets ébranlent la tâche éducative dans ses fondements est à chercher du côté de l’autorité et de la tradition : la crise de l’éducation doit être interprétée comme la conséquence inéluctable […] d’une crise de la culture comprise comme crise de la tradition, sapant du même coup les fondements de l’autorité éducative.


    L’angle d’analyse de Fernand Dumont diffère : la crise de l’éducation, en tant qu’elle procède d’une crise de la culture, serait une crise de la médiation, du passage, de la migration, de la « reprise ». Comment faut-il l’entendre ? Une bonne piste peut être trouvée dans le passage de « Raisons communes » consacré aux humanités classiques. Il fait d’ailleurs écho aux analyses du Lieu de l’homme. En effet, dans ces pages comme dans celles du Lieu de l’homme, Fernand Dumont considère la valeur éducative des humanités classiques moins à l’aune de la valeur du passé qu’à celle de leur fonction structurelle : « C’est leur valeur de paradigme qui importe », écrit-il. Aussi peut-il avec quelque crédibilité défendre l’idée d’un « humanisme nouveau », ou d’« humanités nouvelles ».


    Il y a là, à mes yeux, une brèche décisive dans le cercle de l’autorité de et par la tradition, cercle où Hannah Arendt, ou du moins les lectures dominantes de Crisis in Education, ont tendu à enclore une question éducative qui est bien en effet la question décisive de notre monde, pour notre monde. Briser le cercle, ouvrir une brèche, donc. C’est précisément à cette tâche nécessaire que peuvent aider les perspectives que développe Fernand Dumont. Y aider, j’y insiste : je ne prétendrai pas qu’une lecture attentive du Lieu de l’homme, du Sort de la culture, ou de Raisons communes suffirait à relever les défis inhérents à la tâche de l’éducation contemporaine. Je tiens seulement qu’elle peut s’y saisir de quelques clés précieuses. En quoi consiste donc la brèche ? […]


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