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    Les pénitenciers ferment l’accès au collégial

    Les cours ont déjà été supprimés à Leclerc et à Joliette, et d’autres établissements sont menacés

    5 décembre 2012 | Lisa-Marie Gervais | Éducation
    Les cours de cégep ont été coupés dans deux prisons du Québec: l’Établisssement Leclerc, à Laval, qui doit de toute façon fermer d’après une décision du fédéral, et la prison pour femmes de Joliette (notre photo), qui ne comptaient pas suffisamment d’étudiantes.
    Photo : La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Les cours de cégep ont été coupés dans deux prisons du Québec: l’Établisssement Leclerc, à Laval, qui doit de toute façon fermer d’après une décision du fédéral, et la prison pour femmes de Joliette (notre photo), qui ne comptaient pas suffisamment d’étudiantes.
    L’école a de moins en moins sa place dans les prisons. Des coupes budgétaires du fédéral mettent en péril une entente permettant au Collège Marie-Victorin d’offrir de la formation de niveau collégial dans les pénitenciers, a appris Le Devoir.

    Déjà, les cours de cégep ont été coupés dans deux prisons fédérales du Québec : l’Établissement Leclerc, à Laval, qui doit fermer d’après une décision du gouvernement conservateur, et la prison pour femmes de Joliette, qui ne compteraient pas suffisamment d’étudiantes. Les deux programmes ainsi abolis ne sont pas déménagés ailleurs.

    Le Collège Marie-Victorin a confirmé au Devoirqu’il négociait actuellement avec les services correctionnels pour sauver le programme qui est menacé dans d’autres pénitenciers. « Pour le reste, on est en négociations », a indiqué Nathalie Baumgartner, porte-parole du cégep, ne niant pas qu’au moins un autre établissement carcéral pour hommes pourrait perdre son programme de formation collégiale. « On est en train de reformuler les ententes ».


    Le cégep, qui refuse d’en dire plus pour ne pas nuire aux négociations, souligne toutefois que les « changements » qui surviennent découlent du budget fédéral déposé en mai dernier. En effet, selon le dernier budget, le ministère fédéral de la Sécurité publique a subi une ponction de 179 millions, dont près de la moitié (85,5 millions) est puisée à même le budget des services correctionnels.


    En vertu d’une entente fédérale-provinciale, le Collège Marie-Victorin offre une formation collégiale dans les pénitenciers fédéraux depuis 40 ans. Les cours donnés actuellement permettent l’obtention d’un diplôme d’études collégiales (DEC) en sciences humaines (sans maths), un DEC technique en informatique et une Attestation d’études collégiales (AEC) en informatisation des petites entreprises. Service correctionnel Canada (SCC) confirme qu’il n’y aurait plus que quatre établissements carcéraux au Québec (Archambault, Cowansville, Drummond et le Centre fédéral de formation) qui offrent de l’enseignement collégial.


    Une « erreur »


    Pour Christian Braën, qui a enseigné aux détenus dans le cadre du programme de Marie-Victorin, abolir ces programmes d’enseignement est une « erreur ». « J’en ai vu quelques-uns obtenir des DEC et je sais que dans plusieurs cas, c’est grâce à ça qu’ils ont pu se trouver un emploi. Ça a changé leur vie », a dit cet enseignant de français.


    Paul Bélanger, professeur à l’UQAM et président du comité scientifique de la Chaire UNESCO de recherche appliquée pour l’éducation en prison du Cégep Marie-Victorin, juge « dramatique » le retrait de la formation collégiale dans les pénitenciers. « C’est d’autant plus bizarre qu’au même moment, un des États américains les plus conservateurs, le Texas, vient de faire une évaluation qui conclut que la formation dans les prisons est la meilleure façon de diminuer de façon durable les récidives », a-t-il noté.


    Selon Jean-Pierre Simoneau, directeur des opérations de la Chaire UNESCO, les programmes de formation scolaire, qui mène à la réinsertion sociale d’un détenu au terme de sa peine, sont des « incontournables ». « Au Québec et au Canada, la grande majorité des 15 000-20 000 détenus vont sortir dans les premiers 48 mois. Il faut absolument faire quelque chose pour assurer la sécurité du public et c’est pourquoi il faut dès le début faire quelque chose pour favoriser la réinsertion », a-t-il soutenu.


    Des raisons idéologiques


    Il doute que le gouvernement Harper fasse de grandes économies en coupant dans la formation puisque, selon lui, 95 % du budget d’une prison est consacré à la sécurité et 5 % aux opérations et programmes. « Ça ne coûte pas très cher de maintenir un programme de formation dans un pénitencier », avance-t-il. Selon lui, c’est plutôt garder un individu entre quatre murs 24 h sur 24 h, 365 jours par année qui coûte cher.


    Le criminologue Jean-Claude Bernheim, ne se dit pas surpris par l’abolition de la formation collégiale dans les prisons. « Depuis des années, on coupe par étapes. Et avec le gouvernement conservateur, c’est loin d’être étonnant que ça se poursuive », a-t-il dit en soulignant que les programmes universitaires ont été enlevés des centres de détention dans les années 1990. « À mon avis, ils installent tout un contexte afin de mettre en place un pénitencier de style américain avec 2000 ou 3000 détenus. »


    Selon lui, le but du gouvernement n’est pas de faire des économies d’argent, mais plutôt de servir une idéologie. « Le but est purement électoraliste. C’est pour dire aux gens : « Vous qui êtes pauvres et qui devez emprunter pour étudier, soyez assurés qu’on ne va pas permettre aux détenus qui ont commis des crimes d’étudier », a-t-il noté. S’il faut économiser, pourquoi ne pas offrir une formation à distance, via Internet ? suggère-t-il. « La technologie Internet est interdite dans les pénitenciers, mais pourtant, en Israël, les détenus ont accès à Internet, même les Palestiniens y ont accès », a fait remarquer M. Bernheim.


    Par ailleurs, les services correctionnels ont également annoncé que dès 2014, tous les repas des pénitenciers fédéraux du Québec allaient être cuisinés à partir de la prison de Sainte-Anne-des-Plaines. Selon le journal Le Guide de Cowansville, cette décision, en plus d’affecter une centaine de postes d’employés permanents et non permanents, privera les détenus d’une formation en cuisine qui leur permettait d’obtenir un diplôme professionnel.

     
     
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