McGill: le protocole visant à encadrer les manifs est sévèrement critiqué

La version « améliorée » du Protocole provisoire visant à encadrer les manifestations à l’Université McGill est toujours inacceptable aux yeux des étudiants et des syndicats d’enseignants qui considèrent qu’il viole la Charte québécoise des droits et libertés. Ceux-ci ont signifié à l’administration leur profond désaccord avec cette nouvelle version qui, à peu de chose près, reprend l’énoncé de la première, publiée en février dernier, et restreint considérablement le droit de manifester.

Une lettre signée par les trois grands syndicats regroupant des enseignants et du personnel de soutien (AGSEM, MUNACA et AMUSE selon les acronymes en anglais) condamne de façon on ne peut plus forte ce nouveau protocole transmis à la communauté de McGill pour approbation. « Dans sa forme actuelle, le Protocole confond “simple dérangement” avec “perturbation violente” et empêche les membres de la communauté de McGill de manifester, ne serait-ce que dans sa plus faible expression, sa dissidence politique. Ce faisant, le Protocole contrevient à la Charte québécoise des droits et libertés qui protège explicitement la liberté de tous les citoyens à s’engager dans une manifestation non violente », peut-on lire dans la lettre diffusée sur Internet.


Le Protocole provisoire ne permet en effet les manifestations que si elles se tiennent dans des endroits qui sont généralement accessibles à tous les membres de l’Université, permettent le libre accès à tous les locaux et ne perturbent pas la tenue des cours. Il précise aussi les responsabilités des manifestants qui pourraient écoper de sanctions disciplinaires s’ils refusaient, par exemple, de baisser le ton, de décliner leur identité ou de quitter un lieu à la demande du service de sécurité.


Jonathan Mooney, président de l’Association des étudiants de cycles supérieurs de McGill (PGSS), s’est dit déçu du peu de changements apportés au Protocole et rencontrera l’administration le 10 décembre prochain pour y proposer une série d’amendements.


Une première version de ce Protocole provisoire a été élaborée par la rectrice de McGill, Heather Munroe-Blum, et ses conseillers au lendemain d’une occupation de cinq jours des bureaux de l’administration (James building) de McGill en février dernier.


Dès sa diffusion, ce premier protocole avait été vertement critiqué, ce qui avait forcé l’administration à revoir ses méthodes. « Le problème, c’est qu’il n’avait pas eu de discussion avec la communauté. On voulait que tous les membres […] puissent en débattre », a indiqué M. Mooney.


McGill a donc mandaté Christopher Manfredi, doyen de la Faculté des arts, pour produire un rapport après avoir consulté toute la communauté universitaire. Somme toute bien reçu, le Rapport sur la Tribune libre sur la liberté d’expression et les réunions pacifiques déposé le 8 octobre dernier définit notamment ce que serait une manifestation pacifique acceptable, soit l’endroit (elle ne doit pas se tenir dans un lieu à accès restreint) et la durée (elle ne doit pas durer longtemps). « On n’est pas d’accord avec les critères. Une manifestation peut durer longtemps tout en étant pacifique, a insisté M. Mooney. Il faut se demander si elle viole les droits d’autrui, pas si elle a lieu dans un endroit à accès restreint ou si elle dure longtemps. »


En vertu du rapport Manfredi, le Protocole provisoire a donc été modifié et soumis pour approbation aux membres de la communauté universitaire… et ne réussit visiblement toujours pas le test.

3 commentaires
  • Pierre Germain - Inscrit 4 décembre 2012 06 h 57

    McGill=Entreprise et Étudiants=Unités de production

    L'université McGill n'est plus un haut lieu du savoir mais est devenue une machine à faire de l'argent et à générer des salaires et autres avantages faramineux à ses hauts cadres. En ce sens, il s'agit maintenant d'une entreprise comme une autre où ses étudiants, en plus d'être des clients, sont des unités de production dont le comportement ne doit pas affecter le bon fonctionnement de sa mission lucrative.

    • Nicolas Blackburn - Inscrit 4 décembre 2012 10 h 40

      On dit ça, mais selon les classements canadiens, l'université McGill est considérée comme l'une des premières sinon la première université. En nombre de publications scientifiques, j'imagine que cela se traduit par une quantité assez importante, donc un impact non négligeable sur l'ensemble du savoir de la communauté scientifique. Disons qu'on peut dire qu'elle reste un haut lieu de savoir.

      En même temps, j'écris cela et je suis en train de boire mon café dans une tasse à l'effigie de McGill. Un nuage me traverse l'esprit. Et si mon estime pour cette université n'était qu'un immense coup de marketing?

      En toute sincérité, je pense qu'effectivement, l'université McGill est gérée comme une entreprise, dont l'un de ses obectifs est la mission lucrative, tout en restant un haut lieu du savoir. Est-ce mal, est-ce bien? Ça, j'ai de la misère à me prononcer là-dessus.

    • Martin Girard - Inscrit 4 décembre 2012 16 h 02

      N'oubliez pas que l'université McGill est l'une des plus subventionnées par les gouvernements et par ses anciens membres. L'entreprise privée fonctionne drolement bien quand vous lui fournissez de l'argent.