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    Financement universitaire - Pour une démonstration rigoureuse du sous-financement

    30 octobre 2012 |Daniel Zizian - Président-directeur général, Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) | Éducation
    Daniel Zizian
    Photo: CREPUQ Daniel Zizian
    Dans une lettre ouverte publiée récemment dans les pages du Devoir, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), Mme Martine Desjardins, accuse l’ensemble des recteurs d’avoir triché et d’avoir menti aux étudiants et à la population. Le dénigrement élevé au rang de stratégie n’aide en rien à créer un climat serein, propice aux échanges et à la collaboration, dont nous aurons besoin si l’on veut assurer le succès du prochain Sommet sur l’enseignement supérieur. On peut légitimement avoir des opinions divergentes sur différents sujets, mais ne pourrait-on pas tous convenir de discuter dans le respect ?

    La méthodologie « tendancieuse » dénoncée par la présidente de la FEUQ a été construite par un groupe de travail auquel participait le ministère de l’Éducation, pour ce qui est de l’étude de 2002, et le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations, pour ce qui est de l’étude de 2010. Les données utilisées sont celles de l’Association canadienne du personnel administratif universitaire, données dont personne ne conteste la validité.


    L’existence même du sous-financement a été amplement discutée au cours des dernières décennies et reconnue à plusieurs reprises par des commissions parlementaires en 2004, 2007 et 2011. Tous les partis politiques et de nombreux organismes en ont reconnu la réalité, ainsi que toutes les associations étudiantes, dont la FEUQ elle-même, à plusieurs reprises et aussi récemment qu’en mars 2010.


    Les contestations de la validité des études concluant au sous-financement des universités québécoises reposent sur un même argument : lorsque l’on additionne les budgets d’immobilisation et de recherche aux budgets de fonctionnement, les universités québécoises reçoivent plus d’argent que la moyenne canadienne. C’est exact, mais cela donne un portrait faussé de la réalité. Voici pourquoi.

     

    Il faut exclure les budgets de recherche


    Aucune université, ni même le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, ne peut prendre la décision de transférer de l’argent du budget de recherche au budget de fonctionnement pour la bonne raison que la quasi-totalité de ce budget n’appartient pas à l’université, mais plutôt aux chercheurs à qui des fonds ont été octroyés par les organismes subventionnaires externes.


    Lorsqu’un chercheur obtient une subvention pour un projet de recherche, celle-ci est versée à son établissement sous réserve qu’elle soit utilisée uniquement par le chercheur et spécifiquement pour la réalisation du projet de recherche pour lequel il a obtenu la subvention. En conséquence, cet argent ne peut aucunement être utilisé pour assumer les coûts liés à l’enseignement ou au fonctionnement de l’université.


    Le Bulletin statistique de l’éducation de 2011 du ministère de l’Éducation repose sur cet amalgame inapproprié et reconnaît qu’« il aurait été souhaitable de présenter des données distinctes pour la dépense de fonctionnement (sans les dépenses relatives à la recherche et aux immobilisations)…». C’est ce qu’a fait le ministère des Finances du Québec dans le document L’avenir des universités et leur contribution au développement du Québec (décembre 2010), document qui met en évidence un financement de l’enseignement moins élevé par étudiant pondéré au Québec par rapport au reste du Canada, soit 17 454 $ contre 19 688 $.


    Enfin, cet argument laisse entendre qu’il serait acceptable de déshabiller la recherche pour habiller l’enseignement. Ce n’est pas ainsi que l’on construira un Québec fort et prospère ! Les professeurs chercheurs et les étudiants des cycles supérieurs qui bénéficient de ces budgets seraient les premiers à en payer le prix.

     

    Il faut exclure les fonds d’immobilisation


    Pour ce qui est des budgets d’immobilisation et des projets immobiliers, ils sont consacrés à des fins spécifiques. Le nombre d’EETP (étudiant en équivalence au temps plein) dans les universités québécoises a augmenté de 30,6 %, soit de près de 50 000, au cours des dix dernières années. Par ailleurs, les établissements construits il y a 40 ans, 50 ans, et parfois depuis beaucoup plus longtemps, vieillissent ; les édifices doivent être rénovés et les équipements, modernisés. C’est en reconnaissance de ces incontournables réalités que le gouvernement, après une validation sérieuse des besoins, accorde aux universités des budgets d’immobilisation. Ces investissements, faut-il le rappeler, serviront à plusieurs générations.


    Les études de la CREPUQ sur le sous-financement sont rigoureuses. Elles sont publiques et facilement disponibles (crepuq.qc.ca). Quiconque ayant des questions à l’égard de ces études est invité à nous en faire part. Nous les recevrons avec ouverture et nous y apporterons toute l’attention requise.


    Le Sommet sur l’enseignement supérieur doit être un succès. Il doit être l’occasion d’un nouveau pacte social entre la société québécoise et ses universités. Pour qu’il soit un véritable succès, il devra apporter une solution viable et permanente au problème du sous-financement des universités et renforcer l’accessibilité aux études universitaires. La CREPUQ entend collaborer avec tous les partenaires qui voudront travailler dans cette voie.

    Daniel Zizian Martine Desjardins
     
     
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