Hausse des droits annulée - Québec ne sait pas combien il versera aux universités
« On est en train de faire les calculs et de voir quel est le mode à utiliser. Mais […] il y a eu des coûts importants liés au fait que le gouvernement Charest a laissé pourrir une situation […], des coûts économiques mais aussi sociaux. On va attendre d’avoir le portrait d’ensemble, et on pourra avancer ensuite. »
C’est ce qu’a indiqué vendredi le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, en marge d’une conférence prononcée par la principale sortante de l’Université McGill, Heather Munroe-Blum, devant un parterre du CORIM (Conseil des relations internationales de Montréal).
Le « lourd héritage » avec lequel les péquistes doivent composer laisse dans son sillage de cruciales questions sans réponse, le temps que soient connues la hauteur de la facture à payer et l’ampleur des ressources disponibles. En attendant, le ministre Duchesne enjoint aux universités de « bien s’occuper de leurs étudiants » et de leur « rembourser la hausse de droits de scolarité qui n’a pas été versée », certains établissements l’ayant exigée avant l’annulation.
Autre dossier sur lequel le ministre est en attente et qui sera l’objet de débats lors du prochain Sommet sur l’enseignement supérieur : la nature exacte du sous-financement des universités, chiffré par celles-ci à 620 millions de dollars mais fortement remis en question, voire nié, par des étudiants. « Sur le sous-financement, je demande à ce qu’on me montre les chiffres, a affirmé le ministre. Ce n’est pas parce qu’on a répété la chose pendant des années que c’est un fait accompli. J’ai appris cela de mon ancien travail de journaliste… »
En perte de vitesse
Devant le ministre Pierre Duchesne, qu’elle rencontrait pour la première fois, la principale de McGill, Heather Munroe-Blum, venait pourtant de livrer un vibrant plaidoyer en faveur d’un soutien accru aux universités, histoire de ne pas leur faire perdre davantage de terrain. « Si la performance du Québec en matière de recrutement, d’innovation et de productivité reste inchangée, nous ne serons plus de la partie », a indiqué la principale, qui quitte McGill fin juin après l’avoir dirigée depuis 2003. Elle en veut pour preuve la diminution des enveloppes de recherche destinées aux universités québécoises, indice percutant de sa compétitivité chancelante. Ou la diminution de sa part du nombre d’étudiants étrangers, perçus pourtant par McGill, dont c’est une population importante, comme « essentiels à la prospérité du Québec ».
La principale Munroe-Blum avait bâti l’entièreté de son discours autour des « mythes et réalités » entourant McGill. Elle s’est appliquée à fracasser tous les préjugés selon lesquels l’université montréalaise accueille des cerveaux de l’étranger qui prennent des places convoitées par des Québécois ; ou qu’ils sont formés aux frais de la princesse pour mieux quitter la province ensuite (« la moitié des diplômés de McGill habitent le Québec ») ; ou qu’ils intéressent l’établissement uniquement parce qu’ils sont « payants », leurs droits de scolarité étant nettement plus élevés que ceux exigés des Québécois et des Canadiens des autres provinces.
En réalité, seule une petite portion de cet argent reste dans les coffres de McGill, qui doit retourner 55 millions par année à Québec en vue d’une redistribution dans l’ensemble du système. Voilà des années que McGill demande la fin de ce régime qu’elle trouve injuste, mais en vain.








