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    Libre opinion - Empêcher le krach des compétences

    17 octobre 2012 |Irina Bokova - Directrice générale de l’UNESCO | Éducation
    Le monde n’a jamais été aussi jeune - la moitié de la population de la planète a moins de 25 ans - et pourtant, les jeunes manquent des compétences minimales qui leur permettraient d’exploiter les occasions que le monde peut leur offrir.

    Il y a aujourd’hui dans le monde 250 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire qui ne savent ni lire, ni écrire, ni compter. C’est plus que toute la population du Brésil. Une génération perdue grandit sous nos yeux. Environ 71 millions d’adolescents quittent l’école secondaire sans la moindre qualification. Pour enrayer ce fléau, nous devons les ramener, tous, sur les bancs de l’école et surtout nous assurer qu’ils acquièrent les compétences de base. Il nous faut faire la révolution de l’éducation de qualité, comme condition d’accès pour tous ces jeunes à un emploi décent, à une vie décente. Si nous échouons, il n’y aura ni stabilité, ni paix durable, ni développement humain possible.


    La situation n’est pas seulement dramatique - elle est dangereuse, et l’ampleur du phénomène est alarmante. Dans le monde arabe, 28 millions de jeunes âgés de 15 à 25 ans n’ont pas terminé l’école primaire. C’est le dixième de la population de la région, dont un tiers a moins de 25 ans. En Afrique subsaharienne, 56 millions de jeunes sont dans le même cas, soit un tiers des jeunes de la région. Dans le monde, un jeune sur huit est au chômage.


    Un travailleur sur quatre s’échine pour à peine 1 dollar par jour. Les jeunes filles sont les plus durement touchées. Dans cette situation déjà précaire, un véritable krach des compétences se prépare, qui nourrit déjà l’analphabétisme des adultes : 775 millions d’hommes et les femmes ne sachant ni lire ni écrire.


    La question n’est pas de savoir si ces jeunes sont marginalisés de la société - le problème est que sans changement radical, les sociétés de demain seront façonnées par ces jeunes sans qualifications. Des spécialistes ont beau annoncer que le XXIe siècle aura besoin de sociétés du savoir, fondées sur les compétences, où chacun disposerait des outils intellectuels pour évoluer dans un monde qui change… Dans une grande partie du monde, c’est une chimère.


    Le prix à payer pour les sociétés est inacceptable. C’est une violation de la dignité humaine et des droits de la personne qui vient hypothéquer tout espoir de développement. Une société sans qualifications vivra sous la menace permanente de troubles, de la violence civile nourrie par le chômage et les inégalités.


    L’UNESCO publie le rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous et veut alerter les consciences sur cette crise en gestation. Consacré au thème des compétences et de « l’éducation au travail », ce rapport montre qu’environ 200 millions de jeunes ont besoin de retourner sur les bancs de l’école apprendre à lire, écrire et compter. Les gouvernements en sont souvent conscients - mais doivent faire davantage pour s’assurer que chaque enfant obtienne la formation dont ils ont besoin. Cela veut aussi dire aider les enfants à atteindre le secondaire.


    Cela veut dire aussi rapprocher l’école et le monde du travail, donner aux enfants l’expérience d’un bon départ. Nous devons également concevoir de nouveaux partenariats entre le secteur public et le privé, un nouveau pacte avec des droits et des devoirs pour chacun. Nous avons besoin de davantage de programmes de rattrapage pour les jeunes qui ont quitté l’école trop tôt - et ce doit être l’objet d’une solidarité internationale forte, voire d’une diplomatie éducative à inventer.


    Cela veut dire aussi du financement supplémentaire. Nous savons tous que le climat économique actuel n’est pas fameux ; et pourtant, investir dans les compétences est le meilleur investissement d’avenir. Chaque dollar dépensé dans l’éducation d’un enfant rapport entre 10 et 15 dollars de croissance économique au cours de la vie active de cette personne. Tout le monde y gagne.


    L’UNESCO estime qu’il manque environ 16 milliards par an pour assurer l’éducation primaire universelle dans le monde d’ici 2015 et un montant supplémentaire de 8 milliards par an pour faire de même au niveau secondaire. Cela peut sembler beaucoup. Comparativement au montant des dépenses miliaires mondiales - 1740 milliards de dollars en 2011 -, l’investissement paraît modeste. Et les efforts pour contenir le krach des compétences annoncé ne contribueront pas moins à la stabilité du monde.


    Le principe veut que « lorsqu’on ne sait pas ce qu’il faut regarder, on ne le voit pas ». Maintenant on sait, et on voit. L’avenir passe par une révolution des compétences pour chaque jeune, et vu l’ampleur du phénomène, mieux vaut commencer maintenant.

     
     
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