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    La boîte à surprises

    13 octobre 2012 |Michel David | Éducation
    Mon fils fréquente une école de la Commission scolaire de Montréal qui offre un cours d’immersion en anglais au troisième cycle du primaire. Pendant un semestre, il étudie presque exclusivement l’anglais. L’autre semestre est consacré aux matières de base, qui sont enseignées en français.

    Pour être admis, il a dû passer un examen afin d’évaluer sa capacité d’assimiler les matières deux fois plus vite que normalement. Un de ses amis, qui éprouve des difficultés d’apprentissage, a été refusé. Ils étaient aussi déçus l’un que l’autre.


    Si les écoles privées se voient refuser le droit d’imposer des examens d’entrée, comme l’a proposé en entrevue au Devoir la nouvelle ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, il faudrait en toute justice les interdire également aux écoles publiques, aussi bien au primaire qu’au secondaire.


    Je ne pense pas que l’école de mon fils serait en mesure d’offrir le même cours s’il n’y avait aucune sélection. Il serait certainement dommage de renoncer à une formule qui donne de bons résultats, mais je n’en ferais pas une maladie. Tout en reconnaissant les mérites de l’école privée, je suis également tout disposé à me contenter de la même qualité d’enseignement que dans les autres provinces canadiennes, où le financement public des écoles privées est très inférieur, voire inexistant.


    Cela fait trop longtemps qu’on laisse le privé écrémer les meilleurs élèves. Les plans de lutte contre le décrochage se sont multipliés sans donner de résultats probants, à moins de tripoter les statistiques. Avant de bazarder un système qui a indéniablement des qualités, il serait sans doute possible d’envisager des solutions alternatives, par exemple d’imposer aux écoles privées un certain quota d’élèves en difficulté, mais la situation actuelle est devenue intenable pour le système public.

     

    ***


    Ce qui est le plus agaçant, c’est cette impression qu’on ne nous avait pas tout dit. À entendre Mme Malavoy, sa proposition ne devrait étonner personne. Celle-ci a été « longuement débattue » au moment de déterminer la plateforme péquiste, a-t-elle expliqué. Un instant ! S’il est vrai que le PQ discute depuis longtemps de la nécessité d’amener les écoles privées à assumer une part du fardeau, la proposition de la ministre est totalement inédite.


    La plateforme péquiste prévoyait simplement de « modifier le financement des écoles privées afin qu’elles soient tenues, comme les écoles publiques, d’intégrer et de soutenir les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage ». Entre « modifier » le financement et l’abolir carrément, il y a plus qu’une nuance et il n’avait jamais été question d’interdire toute sélection. Il y a des limites au décodage qu’on peut demander aux électeurs.


    La cachotterie semble être la façon normale de faire les choses pour ce gouvernement. Selon le ministre des Finances, Nicolas Marceau, il avait toujours été clair que les hausses d’impôt qui devaient remplacer la taxe santé seraient rétroactives, alors que personne n’en avait entendu parler.


    Lors de son passage au Devoir durant la dernière campagne électorale, on avait demandé à Pauline Marois de préciser ses intentions relativement à l’école privée, mais elle était restée très vague. Mme Malavoy reconnaît pourtant qu’il s’agirait d’une véritable « révolution » dans le monde de l’éducation. Cela aurait certainement mérité qu’on en débatte durant la campagne électorale.

     

    ***


    En ce qui concerne l’enseignement de l’anglais dès la première année du primaire, il n’y a aucune surprise. La plateforme péquiste était muette sur le sujet, mais Pauline Marois avait déjà promis d’y mettre fin durant la campagne de 2008. Elle ne s’est jamais dédite depuis, et aucun document du PQ n’a apporté la moindre nuance à cet engagement.


    On n’a pas eu la même transparence dans le cas de l’enseignement de l’histoire. Dans une entrevue au Soleil, Mme Malavoy a expliqué que le clivage entre souverainistes et fédéralistes doit être mieux compris par les élèves du secondaire. Selon elle, « on a un peu noyé le poisson de la souveraineté ».


    Là encore, la plateforme électorale du PQ était nettement moins explicite. Le parti s’engageait à « renforcer l’enseignement et la recherche de l’histoire à tous les niveaux, de l’école primaire à l’université, en privilégiant la connaissance de l’histoire nationale du Québec et de ses institutions ».


    Mieux enseigner l’histoire nationale est une chose ; chercher à utiliser l’école pour faire la promotion de la souveraineté en est une autre. On peut certainement déplorer les « biais » qui ont été introduits dans les cours d’histoire au fil des ans, mais cela ne justifie pas de les remplacer par d’autres.


    Si Mme Malavoy avait tenu les mêmes propos durant la campagne électorale, elle aurait mis son parti dans un sérieux embarras. Jean-Marc Fournier n’attendait que cette occasion pour crier à l’intolérance et au « détournement politique des écoles ».


    Il est vrai que le chef intérimaire du PLQ a toujours eu l’indignation facile, mais les électeurs n’aiment pas les boîtes à surprises et cela commence à faire beaucoup.

     
     
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