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    Ultimatum de Québec aux écoles privées

    «Si vous acceptez tout le monde, vous êtes financés. Si vous voulez faire votre sélection, vous ne l’êtes plus.»

    12 octobre 2012 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
    La nouvelle ministre de l'Éducation, Marie Malavoy
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La nouvelle ministre de l'Éducation, Marie Malavoy
    Québec cessera de financer les écoles privées qui font de la sélection. Les établissements, qui sont subventionnés à 60 % par le gouvernement, devront « accepter tout le monde » s’ils veulent continuer à bénéficier du financement, a soutenu la ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, en entretien au Devoir. « Oui, la pression est immédiate. Si vous acceptez tout le monde, vous êtes financés. Si vous voulez faire votre sélection, vous ne l’êtes plus », a-t-elle déclaré.

    Selon la ministre, il faut que la répartition de la population étudiante soit plus équitable. « L’école publique a hérité de tous les enfants en difficulté. Notre régime privé, avec les modes de sélection qu’il a, fait en sorte que les élèves qui aboutissent dans le privé sont ceux qui ont de grandes capacités et peu de problèmes. Le poids sur le réseau public de tous ces élèves qui ne passeraient pas ce genre de sélection est énorme », a-t-elle noté.


    L’idée voulant que le financement des écoles privées soit « lié » à la sélection est l’une des orientations du Parti québécois avec laquelle Mme Malavoy se dit « très à l’aise ». « Je trouve honnêtement que c’est une position qui se justifie très bien, a-t-elle insisté. On parlait des élèves en difficulté dans le réseau public… si on veut améliorer le sort du réseau public, il faut mettre à contribution le privé. »


    La nouvelle ministre reconnaît que cette position a été « longuement débattue » au moment de déterminer la plateforme du PQ, en 2011. « Il y a beaucoup de gens qui font pression pour qu’on cesse de financer l’école privée. J’ai des pressions de cette nature tout le temps. Plusieurs se demandent pourquoi on finance les écoles privées alors que ce n’est pas le cas en Ontario », a-t-elle dit. Elle reconnaît que si certains de ces établissements privés font des choses « remarquables » pour les élèves handicapés et en difficulté d’apprentissage (appelés EHDAA dans le jargon), ils ne sont pas nombreux.


    Il n’y a pour l’instant pas d’échéancier à ce contrat que Québec pourrait conclure avec les écoles privées. On souhaite d’abord les consulter. « Il faut être capable de mesurer l’impact [d’une telle mesure] et ce serait discuté avec les écoles privées. Mais elles le savent, a souligné la ministre. Dans la mesure où on donne 60 % de notre financement aux écoles privées, c’est un financement important, celles-ci doivent accepter tout le monde. Sinon, on paye d’un côté pour les meilleurs élèves et ceux qui ont des difficultés, on les a tous dans notre secteur [public]. »

     

    Intégrer le plus possible


    Que pense-t-elle, justement, de l’intégration des élèves en difficulté ? « Je suis à l’aise avec l’idée d’avoir une politique qui intègre le plus possible les élèves dans la mesure où on est capable d’avoir de l’accompagnement. Je ne veux pas revenir à une époque où, au Québec, on avait des classes complètement à part. Cela existe dans des cas sévères et ça doit demeurer. […] Sinon, dans la mesure du possible, les enfants doivent être intégrés dans la classe régulière », a dit Mme Malavoy.


    Ce discours contraste néanmoins avec la tendance au retour aux classes spéciales ou « répits », comme les avait appelées l’ancienne ministre de l’Éducation, Line Beauchamp. À la demande du milieu, une entente a été signée avec les différents syndicats d’enseignants notamment pour que les enfants avec des difficultés diagnostiquées soient parfois retirés de la classe pour un suivi avec un enseignant spécialisé. « Je ne connais pas l’impact de ces mesures répits, a dit Marie Malavoy. Je verrai ce que ça donne dans les faits. Il faut se demander si ça remplit les missions. »


    Outre le resserrement des critères à l’admission, la ministre de l’Éducation est persuadée que c’est dans l’accompagnement des élèves, et par conséquent d’une aide supplémentaire accordée aux enseignants, que la profession sera revalorisée. Environ 600 professionnels de l’éducation seront embauchés dans le réseau, soit 150 pour l’année 2013-2014. « C’est une mesure importante. Quand on parle aux enseignants, et j’ai suivi leur réaction par rapport à certaines promesses et certains engagements du côté de la CAQ [Coalition avenir Québec], ils nous disent qu’ils ne veulent pas d’abord de l’argent, mais de l’air dans leurs classes pour respirer », a-t-elle avancé.


    Enfin, Mme Malavoy a réitéré son soutien aux commissions scolaires, même si elle reconnaît qu’elles auront à réaliser un rigoureux exercice d’auto-examen. « Il y a un coup de barre à donner, c’est sûr. On ne peut pas juste maintenir la tête des commissions scolaires hors de l’eau alors qu’elles sont attaquées de toutes parts, a-t-elle admis. Au lieu de leur dire de passer à la caisse et d’essayer de préserver les services aux élèves, je souhaite un examen en profondeur de ce qu’elles sont, de leur façon de fonctionner et bien entendu, de ce que ça coûte. » Et sur leurs budgets alloués, son message est bien clair : « On n’est pas en mode augmentation de quoi que ce soit. »

    ***
     

    Plan de match de la ministre

    Formation professionnelle : améliorer le passage de la formation professionnelle à la formation technique au cégep

    Éthique et culture religieuse : procéder à l’évaluation du cours

    Histoire : réformer le cours au secondaire pour faire plus de place à la question nationale

    Anglais : reporter l’anglais intensif en 6e année et abolir les cours obligatoires d’anglais au premier cycle du primaire

    Démocratie : tenir les élections scolaires en même temps que le scrutin municipal en 2013

     
     
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