Technologie à l’école: les étudiants sont moins enthousiastes que leurs professeurs

L’enseignement à l’aide d’outils technologiques d’apprentissage est davantage valorisé par les enseignants que les étudiants.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’enseignement à l’aide d’outils technologiques d’apprentissage est davantage valorisé par les enseignants que les étudiants.

Au-delà des idées reçues. À l’heure où le monde de l’éducation cherche lui aussi à trouver sa place dans les mutations sociales et technologiques en cours, le constat est troublant : les étudiants universitaires du Québec semblent davantage valoriser un mode d’éducation classique, reposant sur des cours magistraux, entre autres, alors que les enseignants penchent massivement pour une plus grande présence des outils technologiques d’apprentissage, de communication ou de socialisation dans les classes. Paradoxalement. C’est en tout cas ce que vient de faire ressortir une vaste étude des perceptions de la technologie en milieu scolaire menée au Québec dans les derniers mois, étude qui souligne au passage que pour ces jeunes, peu importe le canal de diffusion utilisé, l’important serait le contenu et la stimulation intellectuelle qu’il peut induire.

« Le portrait est assez étonnant », résume Vivek Venkatesh, professeur au département d’éducation de l’Université Concordia et un des auteurs de cette étude financée en partie par la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). « Selon notre analyse, les étudiants apprécient davantage les méthodes d’enseignement traditionnelles et sont même moins enthousiastes face à la technologie que les enseignants. Les nouveaux outils d’apprentissage, ce n’est pas ce que les étudiants demandent en priorité. Ce qu’ils veulent, ce sont des professeurs inspirants et stimulants intellectuellement ».

Entre mars et février 2011, près de 15 000 étudiants et 2500 professeurs ont été sondés par l’entremise d’un questionnaire électronique envoyé dans 12 universités de la province. Dans les grandes lignes, cette mesure de la perception montre que pour près de la moitié des étudiants, le numérique peut s’inscrire de manière positive dans le milieu scolaire, peut-on lire, alors que les enseignants sont 86 % à le croire.

Par ailleurs, lorsque vient le temps de numériser leur pratique, les enseignants sont davantage habiles avec les applications utilitaires, alors que les étudiants, eux, le sont davantage avec les outils de partage, d’échange en réseau et de travail collaboratif, met en lumière cette enquête.

Autre constat : même s’ils sont de grands consommateurs de technologies et de grands utilisateurs d’ordinateurs, les étudiants de niveau universitaire se plaisent encore à s’exposer à des cours magistraux, surtout s’ils sont intéressants, indiquent les auteurs. « La technologie a beau se présenter comme une nouvelle façon de concevoir l’éducation, on constate que c’est encore et toujours le contenu qui prime », a indiqué mardi au Devoir Magda Fusaro, professeure au département de management et de technologie de l’UQAM et coauteure de l’étude. Selon elle, si le coup de sonde était envoyé d’ailleurs dans le milieu du secondaire ou du primaire, il donnerait des résultats similaires.

« Nous allons continuer à explorer, pour mieux la comprendre, cette différence dans les perceptions entre élèves et professeurs, dit M. Venkatesh. Le cours magistral est apprécié aujourd’hui peut-être parce que la transposition des méthodes classiques d’enseignement d’un univers à un autre n’arrive pas à convaincre les élèves. » Dans certaines classes, d’ailleurs, note Mme Fusaro, le tableau blanc interactif (TBI), qui commence à s’exposer aux enfants du primaire, confirmerait d’ailleurs la tendance. « Dans une école de Montréal, on a constaté que l’enseignante est très enthousiaste devant cette technologie en ce moment, dit-elle. Les élèves, par contre, expriment en choeur un bof », un « bof » lancé, tout comme cette étude, à la face de la modernité et de ses préjugés.

14 commentaires
  • Georges Washington - Inscrit 10 octobre 2012 02 h 26

    Il m'apparaît évident que la différence de perception est largement due au fait que les étudiants ne sont pas en mesure de juger de l'apport que peut avoir à l'éducation l'utilisation des technologies d'apprentissage.

    Et évidemment, tout dépend aussi de quelles technologies il est question. Que penseraient-ils de pouvoir recevoir les cours des professeurs les plus inspirants au Québec par des moyens de diffusion en temps réel ou différé dans les matières qui constituent leur curriculum sans égard à l'université où le professeur enseigne? Donner le privilège à l'étudiant d'avoir accès aux meilleurs professeurs dans les matières donnés. Et meilleurs professeurs dans le sens pédagogique, pas seulement les meilleurs dans leur domaine d'expertise. Certains professeurs sont de très bons chercheurs et de mauvais enseignants.

    Et que penseraient-ils d'avoir accès aux meilleurs professeurs au monde? Chose impossible de façon classique. Que penseraient-ils d'interagir avec des classes composées d'élèves de partout dans le monde? Si pour certaines matières cela a peu d'incidence, dans d'autres cas, cela pourrait ouvrir de nouveaux horizons et permettre de meilleurs apprentissages.

    Mais, c'est certain que si les nouvelles technologies se limitent au TBI, disons que c'est vraiment une piètre utilisation des capacités aujourd'hui disponibles.

  • François Dugal - Inscrit 10 octobre 2012 07 h 11

    Est-ce vraiment surprenant?

    Est-ce surprenant que des étudiants préfèrent du contenu intéressant à des technologies vides de sens? Ne prenons pas nos élèves pour des «caves» et proposons-leur, dès le primaire, des cours intéressants plutôt que des écrans colorés.

  • Luciano Buono - Abonné 10 octobre 2012 07 h 53

    Passivite

    J'enseigne depuis 14 ans dans le milieu universitaire et je peux vous dire que les étudiants sont souvents les moins bien placés pour savoir ce qui est bon pour eux. Et ça s'applique aussi à moi lorsque j'étais étudiant.

    Un prof divertissant et stimulant est beaucoup moins fatigant que d'avoir à s'exprimer devant ses pairs, résoudre un problème en classe ou faire une réflection en groupes. Certains outils technologiques facilitent la création d'activités d'apprentissage où l'étudiant doit s'impliquer et ceci vient secouer la passivité intrinsèque de plusieurs étudiants. Ca prend pas mal d'effort pour combattre cette force d'inertie, mais lorsque la roue se met à tourner, ça donne des résultats intéressants, et des étudiants reconnaissants.

  • ROCH AMYOTTE - Inscrit 10 octobre 2012 08 h 35

    Chaleur humaine

    Lorsque l'étudiant se présente en classe, les dernières choses dont il a besoin, c'est des réseaux sociaux virtuels et de l'accès à la connaissance immédiate par l'entremise des moteurs de recherche. Ce qu'il recherche avant tout, c'est le contact humain, à travers l'ensemble de ses sens. Voir en 3D, entendre à travers une fréquence humaine; ne pas toucher par l'entremise d'un clavier ou d'un écran; sentir l'odeur d'une classe bondée ou tout simplement goûter directement, sans intermédiaire, à la connaissance bien préparée par le grand chef - le maître de classe. Une expérience qu'aucune technologie ne peut, pour l'instant du moins, apporter. Jamais l'art d'enseigner n'aura eu autant d'importance.

    • Georges Washington - Inscrit 10 octobre 2012 10 h 43

      Je pense que vous avez oublié de mentionner qu'il veut aussi marcher 10 km dans la neige pour se rendre à ses cours comme ça se faisait dans votre temps, ce qui donnait un sens profond à l'éducation obtenue au mépris des éléments hostiles qui faisaient rage dehors.

  • Christian Fleitz - Inscrit 10 octobre 2012 09 h 22

    les faits sont têtus

    L'utilisation des techniques d'apprentissage sont des outils et ne sont que des outils. Ceux-ci sont utiles, mais ne peuvent remplacer la qualité des argumentations issues de cours magistraux et c'est bien. Il ne faut pas croire que l'outil remplacera toujours la pensée, ni la dialectique qui s'établit dans les relations humaines, et c'est réconfortant.
    Les étudiants donnent une preuve d'une plus grande sagesse que les ayatollah de la mode «moderne».