Des oeuvres enfin reconnues
Ils sont neuf chercheurs venus d’ici et d’ailleurs
Elle déborde d’enthousiasme, cette chercheure qui professe une nouvelle approche économique. « Un grand honneur, un privilège, une belle surprise ! Obtenir ce prix, c’est à la fois une reconnaissance extraordinaire de mon travail et une distinction que je reçois avec beaucoup d’humilité, étant donné ce que représente M. Dansereau au Québec comme chercheur, comme militant, comme homme d’action. »
Marguerite Mendell est depuis 20 ans la directrice de l’Institut Karl-Polanyi à l’Université Concordia et c’est en mai dernier, dans son cas, qu’on lui a remis ce prix nommé à la mémoire d’un ancien professeur de l’UQAM, décédé l’an dernier à la veille de fêter un centième anniversaire. « L’Acfas est une instance crédible dans le milieu universitaire. Qu’elle décerne un prix à une personne comme moi prouve que nous, les chercheurs-praticiens, faisons partie intégrante du milieu scientifique. Que nous ne sommes pas des gens bizarres qui vont sur le terrain en bénévoles. C’est une reconnaissance de la validité de notre méthodologie, de notre langage, de notre choix de travailler avec des acteurs de terrain, de notre façon de comprendre les problèmes, d’identifier les enjeux, de chercher des solutions, tout simplement de jouer notre rôle en tant que scientifiques. »
D’ailleurs
Et, mardi soir dernier, la grande soirée des prix avait lieu : huit autres personnalités voyaient elles aussi leur travail reconnu. Et, outre la diversité des champs de recherche, il fallait aussi constater que le Québec universitaire est une terre d’accueil. Mohamad Sawan est né au Liban mais, guerre impose, c’est à Sherbrooke qu’il poursuit des études qui vont justifier de lui attribuer un prix consacré à la recherche multidisciplinaire. Avant d’arriver à l’École polytechnique, il avait « entrepris des études de génie électrique. Et, comme le génie biomédical fait partie du génie électrique, ça m’a paru particulièrement intéressant, puisque cette discipline me rapprochait du domaine qui m’intéressait - la médecine - et qui faisait tant plaisir à mes parents ! »
Un autre parcours atypique sera aussi celui de Masoud Farzaneh, qui a quitté la terre d’Iran pour se retrouver dans un autre ancien « royaume », celui du Saguenay. Après des études en génie à Téhéran, il passera par Detroit et Toulouse avant d’assumer, entre autres directions, celle de la Chaire de recherche CRSNG -Hydro-Québec -UQAC sur le givrage atmosphérique des équipements des réseaux électriques (CIGELE), à l’Université du Québec à Chicoutimi. Et, souvenir du temps, lui qui se donne pour mission d’isoler du froid ces fils électriques, il observe la fleur de lotus pour découvrir comment rendre hydrophobes et glaciophobes les conducteurs et isolateurs : « La fleur de lotus est naturellement hydrophobe, c’est-à-dire qu’elle ne permet pas à l’eau de la mouiller. »
D’ici
Qu’il y ait de l’ailleurs dans la recherche québécoise, plus d’un lauréat d’un prix de l’Acfas en fait la preuve. Jean Grondin, ce spécialiste des oeuvres de Gadamer et Ricoeur, n’a-il point obtenu son doctorat à l’Université de Tübingen, lui qui deviendra titulaire l’an prochain de la Chaire de métaphysique Étienne-Gilson à Paris ?
Et Alain Fournier est allé de Sherbrooke à Calgary, puis aux États-Unis, avant de se retrouver à l’INRS, où il travaille en collaboration avec des laboratoires français en vue de travailler sur les propriétés des peptides.
Mais tout ne se passe pas ailleurs. André Roy fréquente ainsi toujours notre bon vieux fleuve Saint-Laurent, auquel il adjoint, dans ses recherches en géomorphologie, science dont il est un des pionniers, la rivière Nicolet.
Et Charles Morin a un rêve simple : que la ville de Québec ait à tout le moins une clinique du sommeil, domaine dont il est un spécialiste. « On ne reconnaît pas encore l’importance du sommeil, alors qu’on passe le tiers de notre vie à dormir ! On le tient pour acquis, mais plusieurs choses peuvent dérailler au cours de la nuit. »
Maintenant
Mais dormir, il ne faudra pas en recherches toutefois le faire. Julien Doyon est neurologue et psychologue : « On peut étudier ce qui se passe dans le cerveau d’un sujet lorsqu’il fait des exercices donnés avec les doigts et qu’il apprend des séquences motrices. Dans mes recherches, je me suis intéressé à essayer de voir quels sont les circuits du cerveau qui sont mobilisés dans les différentes phases de l’apprentissage et quels sont les mécanismes en jeu. »
Et s’il est le directeur scientifique de l’Unité de neuro-imagerie fonctionnelle du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, le docteur Doyon a aussi des priorités qui débordent des laboratoires : il veut que le Québec demeure le leader qu’il est en bio-imagerie, au Canada à tout le moins.
Demain
Car, si cette semaine on récompensait des chercheurs, cela était possible parce que des efforts et des investissements avaient dans le passé eu lieu. Et, lors de ces soirées de remise de prix, il y a ainsi un discours sous-jacent à toute réception. Bien sûr, on remercie les collègues, les organismes subventionneurs, la famille également, mais aussi on laisse entendre que, récession ou pas, ralentissement économique ou imprévisible reprise, s’il est une chose à ne pas faire, c’est de sacrifier l’avenir du savoir au nom d’un slogan néolibéral qui impose une politique dite du nécessaire déficit zéro.
Dans le monde universitaire, il n’y a pas qu’un débat qui importe, celui qui aurait pour objet l’accessibilité aux études. Il faut aussi garantir l’accessibilité et le maintien d’une recherche de pointe.
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Ce texte a été modifié après publication









